Mariés depuis cinquante-trois ans, Roland Giraud et Maaike Jansen (78 ans tous les deux) se sont connus dans un cours d'art dramatique. Après " Le technicien" ou encore "Joyeuses Pâques", ils jouent à nouveau ensemble au théâtre. Le couple, aussi charmant qu'attachant, était de passage, à Bruxelles, à l'occasion de la tournée de la comédie à quiproquos multiples " Hate letters ".
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Mariés depuis cinquante-trois ans, Roland Giraud et Maaike Jansen (78 ans tous les deux) se sont connus dans un cours d'art dramatique. Après " Le technicien" ou encore "Joyeuses Pâques", ils jouent à nouveau ensemble au théâtre. Le couple, aussi charmant qu'attachant, était de passage, à Bruxelles, à l'occasion de la tournée de la comédie à quiproquos multiples " Hate letters ".Quel est le pitch de la pièce ?Roland : Un mari et sa femme ont des gros problèmes apparemment et ils s'envoient des lettres au moment où ça va le plus mal. Il y a un divorce dans l'air mais pas vraiment et chacun se défend avec ses arguments. Un jour, elle dit: "Je te quitte ! ". Il ne comprend pas. Impensable. C'est d'un grand machisme ! Il lui demande : " Mais qu'est-ce que je t'ai fait?". Maaike : Et je lui réponds: "Mais rien justement ! ". Je n'ai rien à lui reprocher! Ma façon de voir est assez féminine : souvent, les femmes sont avec leur mari pendant de nombreuses années puis d'un seul coup, c'est l'ennui, elles ont envie d'autres trucs, de booster la routine et l'homme se trouve complètement désarçonné.Dans la vraie vie, vous pourriez vous quitter?M. : Impossible ! Trop de gens ne savent pas s'aimer jusqu'au bout et cassent au premier problème venu. Quoi qu'il arrive, nous, c'est pour le meilleur et pour le pire.R. : Bientôt, ça sera le pire car un des deux va calancher! (rires) A mon avis, ce sera moi. En général, c'est souvent l'homme qui part le premier. Les femmes sont plus solides. M. : Mais arrête...Pas de souci de routine ?M. : Ben non, grâce à ce métier et au fait d'avoir vécu séparément. Nous avons eu la chance d'acheter un petit appartement sur le même palier que notre grand appartement, à Paris. Au départ, c'était pour notre fille mais ça ne lui plaisait pas. Voilà le secret de la longévité de notre couple: ne pas habiter tout le temps dans le même appart mais il faut que ce soit tout près sinon ce n'est pas marrant ! Je souhaite à tous les couples de ne pas être confinés dans le même truc, à s'énerver comme ça. Mais c'est un luxe, j'en conviens. Maintenant, nous n'avons plus que le petit appartement mais nous sommes très souvent dans notre maison à la campagne, dans l'Yonne, où chacun a ses aises.R. : Oui, cette maison est immense donc ce n'est pas un problème d'y vivre ensemble même si Maaike me dispute tout le temps, pour des bêtises ! Nous occupons notre petit appartement parisien uniquement quand c'est nécessaire, pour des répétitions notamment.Vous arrive-t-il de vous lancer des gros mots comme dans " Hate letters " ?M. : Je n'ai jamais traité Roland d'enfoiré comme je le fais dans la pièce mais il m'arrive quand même de lui dire "Tu m'emmerdes ! ". Toi aussi, ça t'arrive, hein ?R. : Oui, mais moi je ne le pense pas...M. : Ah mais moi non plus ! C'est la meilleure ! (rires)R. : Moi, j'oublie dans la minute qui suit. Elle est plus rancunière que moi !Et de vous écrire des lettres comme dans vos rôles ?M.: Je reçois une lettre d'amour chaque matin depuis plus de cinquante ans. Avec des coeurs et des vers de temps en temps... Trop mignon ! Je les conserve toutes.R. : J'aime beaucoup écrire. Ces petits mots consolident en permanence quelque chose d'indestructible. Puis, c'est dans l'espoir de la faire rire un petit peu quand même car j'y mets des choses drôles.Comment se passent les répétitions ensemble ?R. : C'est chaud ! (rires) Je me fais disputer énormément même sur scène mais le public ne le voit pas. Parfois, je me permets des petites libertés et alors elle me lance de ces regards mais je ne lui en veux pas. C'est un dictateur, de très bonne qualité !M. : Oui, c'est chaud ! J'aime un travail propre et bien fait, c'est mon côté nordique (Maaike est d'origine néerlandaise, ndlr). Il faut se tenir au texte de l'auteur. Mais Monsieur adore improviser: il dit trois ou quatre trucs en plus. Pourquoi ne pas enlever sa culotte aussi tant qu'on y est pour faire rire, hein ? Mais j'y suis habituée...Avez-vous toujours le trac sur scène ?R. : Avec le temps, ma mémoire est moins bonne donc le trac a grandi ! (rires) Contrairement à Maaike, j'ai un peu plus de mal à apprendre. Au cinéma, les plans sont courts, c'est beaucoup plus facile.M.: Oui, j'ai le trac mais pas plus qu'avant. En fait, le trac, c'est de l'égo : j'ai peur de ne pas plaire, de ne pas être à la hauteur, d'avoir un trou... C'est moi je, je, je ...Est-ce que jouer constitue un moyen, aussi infime soit-il, de surmonter la perte de votre fille Géraldine, assassinée en 2004 ?R. : A mon avis, c'est la pire épreuve d'un couple mais on n'a pas le droit d'arrêter notre vie, ce n'est pas une solution... Comme nous sommes très croyants, nous continuons à vivre dans l'espoir de se retrouver un jour et je sais qu'on se retrouvera ! La vraie vie, c'est dans les épreuves, pas dans le succès. Jouer m'a aidé mais on vit avec...M. : Moi, c'est la foi qui m'a vraiment aidée. Jouer, c'est une béquille mais la béquille fait quand même boiter. On pense tout le temps à notre fille...Quels sont vos loisirs ? Aller au théâtre ?M. : Nous y allons un peu moins parce que nous sommes tellement fous de campagne. J'ai une passion absolue pour le jardinage, voir pousser les choses... Une graine de digitale, par exemple, c'est plus petit qu'une chiure de mouche et, au bout de deux ans, c'est une grande plante magnifique, bourrée de fleurs. La magie de la création !R.: Bon, cela n'a aucune poésie mais moi j'aime beaucoup bricoler avec mes mains. Jouer la comédie ne me suffit pas, j'ai besoin de réparer, d'arranger les choses et aussi d'arranger les gens entre eux, des fois ! (rires)Quel regard portez-vous sur votre parcours ?R. : On dit que la chance n'existe pas. Alors nous avons eu le résultat de nos efforts. Nous avons toujours essayé de faire le mieux possible, de ne jamais nous décourager. L'incident majeur de notre vie nous a armés et réarmés... Perdre un enfant nous a soudés encore plus alors que d'autres ça les sépare...Auriez-vous rêvé d'une autre carrière ?M. : La nôtre me convient parfaitement ! Nous n'avons pas eu le temps de prendre la grosse tête. Ça a commencé à 40 ans, marche après marche, lentement et sûrement.R. : Franchement pas, parce que dans une vie de comédien on peut représenter tous les métiers du monde, avoir toutes les aventures du monde, tout en étant payé pour. Génial ! C'est vrai que je voulais être chanteur au début. Mais mes parents souhaitaient que je sois médecin comme mon frère... J'étais incapable de faire ça, les études à ce niveau-là ne m'intéressaient pas. Moi je soigne les gens en les faisant rire !Songez-vous à la retraite ?R. : Ah non, pas du tout! La retraite, c'est s'organiser pour avoir autant de plaisir en travaillant moins peut-être. Nous voulons rester en bonne santé pour continuer à exercer notre métier. Pourvu que ça dure !M. : Au théâtre et au cinéma, on a toujours besoin de rôles de grand-mère, de grand-père, de vieille ramasseuse de patates... Donc, nous sommes là pour le faire ! Ça, c'est formidable dans notre métier !Des projets après cette pièce ?R. : Pas au niveau du théâtre. J'en ai un au cinéma que je ne peux pas encore dévoiler... Vos lecteurs vont sans doute être déçus mais notre projet c'est... faire une cure ! (rires) Nous devons un peu soigner notre corps.M. : Oui, ce sera la première fois. Après la tournée de " Hate letters ", nous nous offrirons une cure pour nous reposer, pour nous faire chouchouter !Que diriez-vous à nos lecteurs pour qu'ils viennent voir " Hate letters " ?M.: Certains s'y reconnaîtront, se diront "Tiens, nous avons frôlé ça " ou alors "Tant mieux, ça nous est arrivé ! ". Il y a à manger et à boire pour tout le monde ! Du rire, de l'émotion...R. : Faire rire les gens, ou les intéresser en tout cas, c'est formidable. Pendant 1h30 ils s'évadent de leurs problèmes.Aimeriez-vous mourir sur scène ?M. : Non, j'aimerais mourir en toute connaissance de cause.R. : Ah non, non ! Quoique ce serait un numéro exceptionnel, les gens se lèveraient pour applaudir. Enfin... j'espère ! (rires)