L'accroissement des écarts a été particulièrement marqué en Europe de l'Est, où les revenus sont toujours nettement plus faibles.

Cette région, qui était la plus égalitaire au temps des régimes communistes, "a aujourd'hui rejoint les niveaux d'inégalités de l'Europe de l'Ouest et du Sud", d'après ce travail sur 38 pays réalisé à partir de données fiscales et d'enquêtes publiées en libre accès sur WID.world.

Les effets de la crise de 2007-2008 ont été différents selon les régions: en Italie, en Grèce et dans certains pays de l'ex-Yougoslavie, "la hausse des revenus des plus riches est allée de pair avec une baisse du revenu moyen" de la moitié la plus pauvre de la population.

D'une manière générale, on a un "rattrapage partiel à l'Est, un décrochage au Sud, donc des résultats sur la convergence qui sont en demi-teinte depuis 20 ans", a résumé Lucas Chancel, l'un des trois auteurs de l'étude avec Thomas Blanchet et Amory Gethin, lors d'une présentation à la presse de cette étude qui doit permettre d'éclairer les débats politiques avant les élections européennes du 23 au 26 mai prochain.

Il ressort de ce travail que la redistribution par les impôts et les aides sociales est la plus faible en Europe de l'Est, où elle réduit l'écart entre les 10% les plus riches et les 50% les plus pauvres de seulement 15%, contre 29% en Europe de l'Ouest et 23% en Europe du Sud et du Nord.

En Europe, le revenu moyen avant impôts des 50% les plus modestes a progressé de 37% depuis 1980, alors qu'il a quasi stagné aux Etats-Unis, avec une hausse de seulement 3%.

Les auteurs montrent par ailleurs que les transferts entre pays européens au bénéfice des régions les moins développées de l'Est sont très largement compensés par les versements effectués aux détenteurs de capitaux.

"Ces transferts coûtent 0,3 point de produit intérieur brut (PIB) aux pays de l'Ouest, mais ces derniers vont récupérer 2 à 3 points de PIB du fait des revenus étrangers nets" générés par leurs investissements, explique M. Chancel.

L'économiste regrette qu'"aujourd'hui on opère ces transferts sans aucune réflexion sur comment ils sont redistribués à l'intérieur du pays".

Pour contenir à l'avenir la hausse des inégalités, le Laboratoire sur les inégalités recommande au niveau européen "la mise en place de politiques fiscales communes afin d'arrêter la course à la régressivité (sic) de l'impôt dans laquelle se sont lancés les Etats membres depuis trois décennies".

Ces politiques se caractérisent notamment pour une baisse des taux de l'impôt sur les sociétés, dont le taux maximal a été divisé par deux depuis 1980, et une hausse de la TVA, qui pèse davantage sur les consommateurs et parmi eux davantage sur plus pauvres, qui ne peuvent pas épargner.