Il y a Marie qui aide ses parents âgés à déménager dans un logement plus petit. Qui en est chamboulée. Qui a conscience d'entamer de ce fait, elle aussi, une nouvelle phase de vie. On ne parle jamais du désarroi des enfants adultes, souvent déjà eux-mêmes parents et entrés dans l'âge mûr, lorsqu'ils doivent quitter la part d'enfance restée dans la maison où ils ont grandi. Et qui demeure un refuge, une ultime possibilité de repli, ne fût-ce que psychologique, tant que les parents l'occupent...

Après une tentative trop douloureuse, je ne suis plus jamais passée devant la maison de mes parents. Ma maison. Celle qui reste un décor récurrent de mes rêves.

Le jour où mes parents ont vendu leur maison devenue trop lourde à entretenir, un classique ! , cela a été un crève-coeur. Non pour eux, pour l'heure ravis de leur futur appartement, promesse de liberté et d'insouciance (" Maintenant, quand il y aura du vent, je dormirai sur mes deux oreilles, riait mon père. Ce n'est plus moi qui devrai grimper sur le toit pour remplacer les tuiles ! ") Mais pour moi. Il a fallu aider à faire le tri : ce qu'on garde, ce qu'on jette, ce qu'on vend... pour deux fois rien, et à condition de trouver un acheteur. Quelle trahison envers mes grands-parents si fiers de leur argenterie, tableaux, bibelots... et qui étaient persuadés de nous avoir légué un pactole. Il a fallu voir se vider la maison peu à peu des traces de ceux qui l'avaient modelée. Se faire neutre. Etrangère. Sans affect. Au dernier moment, alors que les muscles et l'esprit sont las, tomber à la cave sur une malle supposée vide, encore remplie de Barbie aux lèvres et aux paupières grossièrement maquillées au bic quatre couleurs, d'ours en peluche sans tête, de maladroits et touchants dessins de fête des mères. Se souvenir avec douceur. Jeter sans se retourner. Nourrir une colère rentrée devant ces parents si obstinément joyeux et sans regrets.

Et puis, la tristesse. Voir ces mêmes parents jouant la comédie du bonheur dans leur nouvel appartement. Personne n'avait imaginé que les clubs en cuir sombre mangeraient tout l'espace. Que l'élégante et séculaire armoire Louis-Philippe allait devenir écrasante sous une hauteur de plafond plus adaptée aux bibliothèques Ikea en stratifié. Que des voisins, ça ferait du bruit. Que des ascenseurs, ça tomberait en panne. Les voir si fatigués. Avec l'âge qui se marque et qui surprend dès qu'on les côtoie hors de leur environnement originel. Vieillis. Ils ont vieilli. Constater qu'ils entrent dans une autre phase de vie, que le compteur tourne. Le nôtre aussi. Se voir dans le miroir qu'ils nous tendent. Se dire que, cette fois, on devient vraiment adulte et qu'il faudra bien s'en accommoder.

Et puis, et puis... Comme le dit Marie, après avoir nettoyé la maison, on fait le ménage dans sa tête. Tirer les leçons de tout ça. Se dire que, nous, on n'attendra pas si tard, que, finalement un appartement n'est peut-être pas automatiquement une bonne idée comme on nous le serine. Prendre conscience que le temps passe. Et qu'il faut en profiter pleinement, avec, quoi qu'il arrive, notre coeur à jamais adolescent.

Il y a Marie qui aide ses parents âgés à déménager dans un logement plus petit. Qui en est chamboulée. Qui a conscience d'entamer de ce fait, elle aussi, une nouvelle phase de vie. On ne parle jamais du désarroi des enfants adultes, souvent déjà eux-mêmes parents et entrés dans l'âge mûr, lorsqu'ils doivent quitter la part d'enfance restée dans la maison où ils ont grandi. Et qui demeure un refuge, une ultime possibilité de repli, ne fût-ce que psychologique, tant que les parents l'occupent... Après une tentative trop douloureuse, je ne suis plus jamais passée devant la maison de mes parents. Ma maison. Celle qui reste un décor récurrent de mes rêves. Le jour où mes parents ont vendu leur maison devenue trop lourde à entretenir, un classique ! , cela a été un crève-coeur. Non pour eux, pour l'heure ravis de leur futur appartement, promesse de liberté et d'insouciance (" Maintenant, quand il y aura du vent, je dormirai sur mes deux oreilles, riait mon père. Ce n'est plus moi qui devrai grimper sur le toit pour remplacer les tuiles ! ") Mais pour moi. Il a fallu aider à faire le tri : ce qu'on garde, ce qu'on jette, ce qu'on vend... pour deux fois rien, et à condition de trouver un acheteur. Quelle trahison envers mes grands-parents si fiers de leur argenterie, tableaux, bibelots... et qui étaient persuadés de nous avoir légué un pactole. Il a fallu voir se vider la maison peu à peu des traces de ceux qui l'avaient modelée. Se faire neutre. Etrangère. Sans affect. Au dernier moment, alors que les muscles et l'esprit sont las, tomber à la cave sur une malle supposée vide, encore remplie de Barbie aux lèvres et aux paupières grossièrement maquillées au bic quatre couleurs, d'ours en peluche sans tête, de maladroits et touchants dessins de fête des mères. Se souvenir avec douceur. Jeter sans se retourner. Nourrir une colère rentrée devant ces parents si obstinément joyeux et sans regrets. Et puis, la tristesse. Voir ces mêmes parents jouant la comédie du bonheur dans leur nouvel appartement. Personne n'avait imaginé que les clubs en cuir sombre mangeraient tout l'espace. Que l'élégante et séculaire armoire Louis-Philippe allait devenir écrasante sous une hauteur de plafond plus adaptée aux bibliothèques Ikea en stratifié. Que des voisins, ça ferait du bruit. Que des ascenseurs, ça tomberait en panne. Les voir si fatigués. Avec l'âge qui se marque et qui surprend dès qu'on les côtoie hors de leur environnement originel. Vieillis. Ils ont vieilli. Constater qu'ils entrent dans une autre phase de vie, que le compteur tourne. Le nôtre aussi. Se voir dans le miroir qu'ils nous tendent. Se dire que, cette fois, on devient vraiment adulte et qu'il faudra bien s'en accommoder. Et puis, et puis... Comme le dit Marie, après avoir nettoyé la maison, on fait le ménage dans sa tête. Tirer les leçons de tout ça. Se dire que, nous, on n'attendra pas si tard, que, finalement un appartement n'est peut-être pas automatiquement une bonne idée comme on nous le serine. Prendre conscience que le temps passe. Et qu'il faut en profiter pleinement, avec, quoi qu'il arrive, notre coeur à jamais adolescent.