Nous avons rencontré Arun Gandhi, 83 ans, dans un hôtel de Francfort. La ressemblance physique avec son grand-père est frappante. Il n'avait que 12 ans quand ses parents l'ont conduit à l'Ashram où Mahatma Gandhi s'est chargé de son éducation avant de mourir en 1948. Arun a fait le déplacement des États-Unis vers l'Europe pour partager ce qu'il a appris du philosophe et activiste social qui a oeuvré pour l'indépendance de l'Inde, l'homme si affectueux qu'était son grand-père. Il a retracé son expérience dans son dernier livre The Gift of Anger.
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Nous avons rencontré Arun Gandhi, 83 ans, dans un hôtel de Francfort. La ressemblance physique avec son grand-père est frappante. Il n'avait que 12 ans quand ses parents l'ont conduit à l'Ashram où Mahatma Gandhi s'est chargé de son éducation avant de mourir en 1948. Arun a fait le déplacement des États-Unis vers l'Europe pour partager ce qu'il a appris du philosophe et activiste social qui a oeuvré pour l'indépendance de l'Inde, l'homme si affectueux qu'était son grand-père. Il a retracé son expérience dans son dernier livre The Gift of Anger.Parce que la violence est omniprésente dans le monde actuel. Mes publications et mes conférences ont pour but d'inciter les hommes à penser autrement. La non-violence était une des lignes de force de l'enseignement prodigué par mon grand-père. La non-violence est souvent considérée comme une façon de résoudre les conflits mais c'est bien plus qu'une simple tactique. C'est une philosophie de vie. La violence est inscrite au plus profond de nous, selon certains. Je ne suis pas d'accord. Sinon pourquoi créer des écoles militaires? La colère, par contre, habite en chacun de nous.La colère est aussi puissante et utile que l'électricité. Elle nous fait avancer et nous donne la force de changer les choses. Mais la colère conduit aussi à la violence.À cause du matérialisme. Nous vivons dans une société matérialiste propice à la spirale de la violence. Chacun s'efforce de posséder toujours plus et mesure son succès à ses avoirs. Tout commence par l'éducation. Nous inculquons aux enfants, dès leur plus jeune âge, le goût du succès, l'ambition de se hisser au sommet mais nous ne leur apprenons pas à penser aux autres. Nous semons l'égoïsme : nous apprenons aux enfants à penser à eux-mêmes. Les écoles sont des usines qui façonnent les enfants pour le marché du travail. Mais qui sommes-nous réellement ? Comment gérer nos relations avec autrui ? Cela ne s'apprend pas à l'école ! L'exploitation de l'homme par l'homme pour grimper toujours plus haut, tel est notre moteur. C'est ainsi que naît la culture de la violence censée défendre notre façon de vivre et nos possessions.Le pouvoir, le succès, l'argent sont les étalons de la société actuelle. Nous passons notre vie à poursuivre ces objectifs mais ils ne nous rendent pas plus heureux. Ils n'enrichissent pas nos relations. Au contraire, le matérialisme met la famille et les relations familiales sous pression. On n'est pas obligé d'adhérer à cette culture du toujours plus. Elle détruit notre santé mentale. Comment lui échapper ? Montrez que vous pouvez vous satisfaire de moins, que le temps passé avec la famille et les amis vous rend heureux. Le matérialisme est inversement proportionnel à la moralité : plus on est matérialiste, moins on est moral. Le matérialiste est prêt à tout pour s'enrichir : mentir, tromper, exploiter. Il faut trouver un équilibre et décider jusqu'où on est prêt à aller dans sa quête d'argent et de possessions. Telle est en tout cas ma conclusion quand j'observe ce qui se passe aux États-Unis. Le constat n'est peut-être pas aussi accablant en Europe.Quand mon père est décédé en 1956, nous vivions en Afrique du Sud. J'avais alors 21 ans. J'ai emmené son urne funéraire en Inde pour disperser ses cendres dans le Gange. Je séjournais dans ma famille. Victime d'une péritonite, j'ai été hospitalisé et je suis tombé amoureux de mon infirmière. J'ai voulu retourner en Afrique du Sud avec ma jeune épouse mais la loi me l'interdisait. Nous sommes donc restés en Inde...Ensemble, nous avons lancé plusieurs projets pour aider les enfants défavorisés à accéder à une certaine autonomie. Nos projets ont suscité l'intérêt des Américains, qui nous ont proposé d'effectuer des recherches sur le racisme à l'Université de Mississippi. J'en connaissais un bout après toutes ces années passées en Afrique du Sud. Ma mission ne devait durer qu'un an mais les médias ont commencé à s'intéresser au petit-fils de Mahatma Gandhi, ce qui m'a valu d'être très souvent invité à prendre la parole. A tel point que je n'avais plus de temps à consacrer à mes recherches. Cela fait trente ans que je réside aux États-Unis.Comme moi, je pense : il faut inciter les hommes à penser autrement par le biais du travail social. Mon grand-père n'avait pas de grandes ambitions. Il savait qu'il ne pouvait pas changer la face du monde. Mais il espérait induire un début de changement avec l'aide de quelques disciples. Il avait toujours de l'espoir. J'ai la même attitude. Je suis un un fermier de la paix, comme l'indique ma carte de visite. Je vais sur les terres, je sème et j'espère une bonne récolte. Je persiste à labourer malgré les tempêtes, les sécheresses, les calamités en tous genres. Si j'arrive à susciter une certaine réflexion chez 1 personne sur les 100 auxquelles je m'adresse, je suis heureux.Il s'efforcerait de considérer le problème dans sa globalité plutôt que les faits séparément. Les actes de destruction nous révoltent mais l'injustice dans le monde nous laisse assez indifférents. Quels efforts faisons-nous pour comprendre les autres cultures ? Les préjugés ont la vie dure. Je sais de quoi je parle. Aux États-Unis, je suis souvent assimilé à un musulman à cause de ma couleur de peau et de ma barbe. Le nationalisme et le patriotisme font un retour en force. D'où cette indifférence par rapport au reste du monde et le sentiment de pouvoir exploiter les autres au nom du progrès économique. Ce qui finit par engendrer violence et terrorisme. La stabilité d'un pays, quel qu'il soit, dépend de la stabilité du monde entier. Non pas de la quantité d'armes et de militaires. C'est une illusion créée de toutes pièces par les hommes politiques.J'espère que mes enfants et mes petits-enfants se souviendront de moi comme d'un homme bon, créateur d'harmonie, modeste, toujours disposé à donner le meilleur de lui-même. Le plus important, pour moi, est d'entretenir des relations respectueuses. J'espère avoir semé les bonnes graines et que quelqu'un reprendra le flambeau. Je suis très heureux que mes enfants et petits-enfants continuent sur la même voie. Mon petit-fils est avocat. Plutôt que de mener une carrière lucrative dans un cabinet privé, il a choisi d'oeuvrer pour une ONG qui lutte contre la traite des êtres humains.Ce que je vois ne me rend pas heureux et m'incite à faire ce que je fais. Mais ce que je suis, ma famille et mes amis me rendent très heureux.