"Il ne fait aucun doute qu'une polypill fonctionne. Néanmoins, une approche sur mesure basée sur des données précises offre encore plus d'avantages", souligne le cardiologue Dr Thomas Vanassche (UZ Leuven et Ligue Cardiologique Belge).

Les résultats de la nouvelle étude sur l'effet de la polypill cardiovasculaire sont remarquables. Sur une période de 5 ans, quelque 7 000 Iraniens de 50 à 75 ans ont participé à l'étude. La plupart d'entre eux vivaient dans des zones rurales. Avant le début de l'étude, environ 10 % d'entre eux devaient faire face à des maladies cardiovasculaires. La grande majorité était donc des personnes en bonne santé, âgées de plus de 50 ans. Les volontaires ont été divisés en deux groupes, mais chacun recevait des informations sur un mode de vie sain. Lors de l'étude, il a été demandé au premier groupe de prendre une polypill quotidiennement, tandis que l'autre groupe devait se passer de thérapie. Tout au long de la recherche, les médecins vérifiaient régulièrement leur santé et si quelqu'un souffrait d'hypertension artérielle, la personne recevait les médicaments nécessaires.

Incidents

Dans le groupe des polypills, il n'y a "seulement" eu "que" 202 incidents tels qu'une crise cardiaque, un accident vasculaire cérébral ou un décès sur une période de cinq ans. Dans l'autre groupe, il y a eu 301 incidents. Les participants qui ont fidèlement avalé leur polypill quotidienne et n'ont jamais sauté un jour se sont avérés être de loin les mieux protégés. Selon les chercheurs, les résultats indiquent que l'administration quotidienne de polypills sains aux personnes de plus de 50 ans peut contribuer à une prévention efficace des maladies cardiovasculaires.

Aspirine

"La réduction des incidents a été importante et le concept de la polypill a clairement fait ses preuves ", reconnaît le Dr Thomas Vanassche. "Mais il faut traiter 30 personnes par jour pendant 5 ans pour prévenir un seul événement (comme un infarctus ou un décès). De plus, la mortalité totale du groupe des polypills n'était pas inférieure à celle de l'autre groupe. La composition de la polypill testée n'est plus non plus idéale. En plus des réducteurs de tension artérielle et d'un inhibiteur de cholestérol, il contient également de l'aspirine à faible dose comme anticoagulant. Depuis, nous avons abandonné ce dernier médicament chez les personnes en bonne santé."

Cette approche "taille unique", - grâce à laquelle chacun, indépendamment de sa santé cardiovasculaire ou de son mode de vie, recevrait la même pilule préventive -, est attrayante en raison de sa simplicité, dit le Dr Vanassche. "Cela peut être intéressant dans les pays où il est beaucoup plus difficile pour les gens d'avoir accès à des soins de santé adéquats. Dans des pays comme le nôtre, où l'accès à de bons soins de santé est facile, un traitement sur mesure peut offrir encore plus d'avantages. Après tout, en donnant à tout le monde la même pilule, vous risquez de mal soigner certaines personnes à risque élevé et de surmédicaliser un très grand nombre de personnes à risque faible.

En mesurant la tension artérielle, le cholestérol et d'autres facteurs de risque, puis en s'y attaquant individuellement, le traitement est beaucoup plus efficace pour chaque individu. S'il s'avère que les gens bénéficient d'un traitement médicamenteux, nous nous efforçons maintenant de combiner ces médicaments autant que possible en un seul comprimé. Une telle combinaison sur mesure, dans laquelle les réducteurs de tension artérielle, les anticoagulants et les inhibiteurs de cholestérol vont de pair, est une bonne idée. Moins une personne doit prendre de pilules, meilleure est l'observance et l'efficacité de la thérapie. Et de cette façon, vous pouvez aussi mieux réagir aux effets secondaires possibles. Par exemple, nous utilisons les avantages de la stratégie de la polypill : un traitement simple, mais nous l'adaptons à chaque personne."

Style de vie

Un autre point sensible de l'approche de la polypill est qu'elle pourrait être perçue par beaucoup de gens comme une sécurité, malgré un mode de vie malsain. "Nous savons, d'après des études antérieures, que certaines personnes réagissent de cette façon et perdent la motivation d'essayer de mener une vie plus saine. Par exemple, le tabagisme est l'un des plus grands facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Si les changements de style de vie ne sont pas suffisants, une polypill peut certainement aider. Nous savons bien que même avec un mode de vie sain, les médicaments peuvent parfois être utiles pour réduire (d'autant plus) le risque de maladies cardiovasculaires. Néanmoins, il faut motiver les gens à adopter un mode de vie sain. C'est, et cela reste, la première étape dans la prévention des problèmes cardiovasculaires. En même temps, nous devons également veiller à ne pas faire sentir aux personnes en bonne santé qu'elles deviendront des "patients" parce que nous leur donnons une polypill".

Une telle polypill pourrait-elle être utile à l'avenir ? "Avec l'avènement des grandes bases de données et des nouveaux algorithmes en cours de développement, il est fort possible que les polypills évoluent et puissent jouer un plus grand rôle dans cette prévention générale. Aujourd'hui, en tant que personne en bonne santé de plus de 50 ans, il est préférable de faire de la prévention sur mesure en faisant vérifier votre tension artérielle et votre cholestérol au moins une fois par an. "