Intitulée "État de santé et qualité de vie", l'enquête de Sciensano, longue de 50 pages, se concentre sur l'état de santé de la population belge mais aussi sur l'impact de la santé sur la vie de tous les jours. Commanditée par les autorités compétentes en la matière, l'enquête est le sixième opus réalisé par l'Institut belge, après ceux sortis périodiquement en 1997, 2001, 2004, 2008 et 2013.

Selon l'étude, 23% de la population qualifie son état de santé de "mauvais", ce qui signifie que 77% de la population estime donc son état de santé "bon à très bon". Cela situe la Belgique au-dessus de la moyenne européenne (70% en 2016).

Dans le détail, l'étude montre que de plus en plus de personnes souffrent de plusieurs maladies simultanément. Ainsi, le nombre de personnes atteintes de multimorbidité (au moins deux des six maladies suivantes: diabète, maladie respiratoire chronique, maladie cardiaque, cancer, problèmes articulaires et hypertension) est passé de 8,9% en 1997 à 15,2% en 2018.

De plus, les maladies et affections chroniques les plus fréquentes continuent leur progression. "Le pourcentage de la population souffrant d'hypertension, de problèmes au niveau du dos, de problèmes au niveau du cou, d'arthrose, de diabète, de troubles thyroïdiens n'a jamais été aussi élevé depuis la première enquête de santé", constatent les experts de Sciensano dans leur rapport.

23% des plus de 65 ans considérés comme "fragiles"

Pour la première fois, des informations sur la "fragilité" des personnes âgées ont par ailleurs été recueillies. Ce terme, traduit de l'anglais "frailty", désigne le manque de réserve physiologique qui empêche les personnes âgées de faire face aux problèmes auxquels elles sont confrontées, comme une chute accidentelle ou un séjour à l'hôpital. Près de 23% des personnes âgées de 65 ans et plus sont considérées comme "fragiles" et 37,3% apparaissent "pré-fragiles", c'est-à-dire présentant un risque accru de devenir fragiles, ce qui représente une "part considérable de la population âgée".

Les experts de Sciensano soulignent l'importance pour les autorités publiques d'être attentifs à l'état de fragilité des seniors car celui-ci permet de prévenir l'apparition de graves problèmes de santé associés au vieillissement, tels que les maladies chroniques, la polypharmacie et, in fine, la pression sur les soins de santé.

Cela dit, les maladies liées à la vieillesse ne sont pas les seules à avoir progressé au fil des ans. Certaines maladies et affections touchant les plus jeunes - comme l'asthme, les allergies, et la dépression - sont également en hausse. Parmi les personnes de 15 ans et plus, 23% déclarent ainsi être en mauvaise santé et 29,3% rapportent souffrir d'une maladie chronique. Ce pourcentage augmente fortement avec l'âge et est plus élevé chez les femmes, les personnes peu instruites et en Région wallonne.

Problèmes de dos en tête de liste

"Lorsque nous énumérons les maladies et affections chroniques les plus fréquentes dans la population générale, les problèmes au niveau du dos arrivent en tête de liste, tant chez les hommes que chez les femmes. Les autres maladies et affections chroniques avec une prévalence de plus de 15% dans la population sont l'hypercholestérolémie, l'hypertension, les allergies, et chez les femmes l'arthrose et les problèmes au niveau du cou", observe Sciensano.

Au-delà de 65 ans, les trois affections les plus fréquemment signalées sont l'hypercholestérolémie (le plus souvent chez les hommes), l'hypertension et l'arthrose (le plus souvent chez les femmes).

Les résultats montrent encore qu'en 2018, 40% des personnes professionnellement actives ayant participé à l'enquête de santé ont déclaré s'être absentées du travail en raison de problèmes de santé, une proportion stable par rapport à l'enquête de santé précédente.

Enfin, les résultats de l'enquête confirment le phénomène des inégalités sociales de santé, déjà établi par plusieurs études. Les personnes peu instruites restent plus susceptibles de souffrir notamment d'hypertension, d'infarctus, de problèmes au bas du dos, d'asthme, etc. Elles sont donc également plus susceptibles de souffrir de multimorbidité. Sciensano appelle les politiques à développer des mesures visant à contrer ces inégalités socio-économiques.

Face à l'augmentation croissante du nombre de personnes atteintes d'une maladie chronique ou de multimorbidité, des ressources budgétaires suffisantes devront être mises à disposition, avertit par ailleurs l'Institut de santé publique.