Les combinaisons de simulation de vieillesse, si cela semble être de la science-fiction, sont pourtant utilisées depuis un certain temps lors des formations des infirmières et des autres professionnels de la santé. "Cette forme de formation par simulation permet aux futures infirmières d'expérimenter par elles-mêmes pourquoi les gens réagissent plus lentement, plus maladroitement ou différemment. En donnant aux élèves une telle expérience, nous constatons que non seulement ils sont plus compréhensifs et moins contrariés ou impatients, mais qu'ils peuvent aussi chercher des solutions à une problématique de manière plus ciblée. On s'aperçoit que le plus grand effet de cet apprentissage n'a pas lieu pendant mais plutôt après la session en combinaison, quand les étudiants regardent les enregistrements que nous faisons. Ils sont étonnés de voir à quelle vitesse certaines personnes commencent à être condescendantes ou cessent de regarder les autres dans les yeux, parce que d'autres réagissent trop lentement ", explique Kathy Pletinckx, infirmière enseignante (KULeuven, Odisee).

La résidence de service française Domitys, qui a ouvert deux succursales dans notre pays, a également formé ses employés au centre d'apprentissage de l'Odisee University of Applied Sciences avec la combinaison de simulation de vieillesse. "Quand nous nous sommes revus par la suite, cela nous a ouvert les yeux ", explique le directeur Jo Dhaene. "Inconsciemment et involontairement, la communication autour d'une personne handicapée change. Automatiquement, on a tendance à moins s'adresser directement à une personne mais à davantage parler d'elle comme si elle n'était pas présente, ce qui l'isole bien sûr et la fait se sentir moins impliquée. Ce sont des choses auxquelles nous devons être très attentifs dans les soins apportés aux aînés, et qui peuvent être abordées avec des changements de comportement, même mineurs. Comme le fait de s'asseoir, pour toujours parler au niveau des yeux de notre interlocuteur. Sinon, l'autre personne doit constamment lever la tête, ce qui peut poser problème pour les articulations souvent douloureuses du cou. Ou utilisez des tasses plus grandes pour le café et le thé, ce qui facilite la tâche aux personnes qui ont des problèmes de préhension ou des tremblements."

Métamorphose

Ma métamorphose commence par l'application d'une sorte de gilet de protection d'équitation sur le ventre et le dos. Il pèse environ 30 kilos mais semble deux fois plus lourd. La pression du poids fait que les routines simples comme se retourner ou se pencher vers l'avant deviennent très difficiles. Automatiquement, je préfère donc rester assise. Puis j'ai des couvre-chaussures, pour donner un effet "bosselé" à mes semelles, ce qui me donne une impression de déséquilibre lorsque je marche avec. De plus, mon cou, mes coudes et mes poignets sont alourdis, entravés et rétrécis, et j'ai des gants qui m'empêchent de sentir et de tâtonner.

Grâce à des écouteurs, je suis également devenue malentendante. Je perçois encore des sons, mais ils semblent affaiblis et lointains, et je ne perçois plus de sons aigus. Enfin, cerise sur le gâteau, Kathy Pletinckx me met des lunettes qui imitent la vue - ou plutôt l'absence de vue - d'une personne atteinte de rétinopathie diabétique sévère.

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Solitaire

Avec un déambulateur, j'essaie de me lever du fauteuil pendant que mon corps me tire vers le bas. Un peu plus loin, l'acteur Ludo Hoogmartens est dans le même costume. Il teste la combinaison depuis ce matin et semble épuisé. "Si vous me demandez ce je ressens après avoir passer des heures dans un tel costume, je peux le décrire en deux mots : incroyablement seul. C'est ce que je ressens vraiment. C'est comme vivre dans une bulle. J'entends à peine, alors je ne peux pas suivre les conversations et j'abandonne donc très vite une conversation. Avec les lunettes à vision tunnel, je dois regarder à travers un petit trou. Pendant ces quelques heures, j'ai déjà remarqué que les gens commencent à me négliger et que je cherche aussi moins de contact moi-même, parce que c'est si difficile."

Flou

Même avec mes lunettes, je suis en constante recherche d'une bonne manière de percevoir mon environnement. Tout semble caché derrière une sorte de flou qui me ralentit. J'entends des sons, mais je ne comprends pas les conversations. Ce n'est que lorsque mon compagnon me parle directement et me regarde dans les yeux que je comprends le message. Lorsque je fais mes "premiers pas", je me sens comme un skieur avec des chaussures de ski qui vissent mes chevilles au sol. Normalement, je monte les escaliers presqu'en courant, maintenant chaque marche me semble très difficile et j'ai besoin de m'appuyer à quelqu'un.

Au restaurant - m'asseoir me prend une demi-minute - on me dit d'éplucher une pomme au couteau, que je dois être capable de sortir d'un panier posé plus loin. Juste pour ce simple mouvement de préhension, j'ai besoin des deux mains, car les gants empêchent toute prise. Je ne parviens ensuite qu'à couper des tranches de fruits. Et je me sens déjà fatiguée. Et surtout découragée. Est-ce le poids qui me presse constamment ? Ou est-ce à cause de la limitation visuelle ou le manque de son ?

Dans la vie réelle, de telles limitations physiques n'apparaissent pas soudainement, mais l'évolution est plus graduelle, de sorte que vous pouvez vous adapter. Pourtant, la découverte de ce que signifie une vie avec de telles limitations est assez dure. "C'est exact", dit Mieke Van Raemdonck, coordinatrice des soins chez Domitys. "Soudain, vous découvrez à quel point la vie quotidienne devient fatigante, avec ses nombreuses petites routines. Les choses auxquelles nous ne pensons pas, comme peler une pomme ou s'allonger sur un lit, se transforment en une véritable corvée pour certains, ce qui demande du temps et des efforts. Ce costume est en fait un excellent moyen d'enseigner à tout le monde l'importance d'avoir de la compréhension et de la sympathie pour les autres."