Jambes lourdes, gonflées, qui se rappellent douloureusement à nous. Un manque d'activité physique favorise la stagnation du sang dans le bas du corps, exposant à l'insuffisance veineuse. Cette pathologie fréquente pourtant reste méconnue.

Insuffisance veineuse ne rime pas toujours avec varices

Contrairement à une idée fausse, la maladie veineuse ne se signale pas systématiquement par la présence de varices. Visibles parce qu'elles touchent généralement les veines superficielles, les varices résultent d'une déficience des valvules, ces petits clapets qui se ferment pour empêcher que le sang chassé vers le coeur ne retombe.

Leur suppression peut être recommandée pour éviter des complications cutanées: les veines malades ne drainant plus suffisamment la peau, l'épiderme peut devenir ocre, dur, et générer des démangeaisons ou des ulcères. Le traitement des varices s'effectue désormais de plus en plus souvent par l'injection d'un produit sclérosant ou en chauffant leur paroi pour la détruire (laser, radiofréquence). Ce geste n'entame pas le capital veineux: les varices sont des vaisseaux malades, qui ne fonctionnent quasiment plus, et c'est le réseau des veines profondes (intramusculaires) qui assure 90% du retour du sang vers le coeur. Cependant, on peut souffrir d'insuffisance veineuse sans varices si les clapets de nos veines ne sont pas abîmés. Le sang paresse seulement dans les jambes, entraînant une sensation d'inconfort, des fourmillements ou des crampes nocturnes. Ces symptômes suffisent à justifier une consultation. Un échodoppler, examen indolore réalisé par un angiologue, permet alors de vérifier l'état des veines.

La phlébite n'arrive pas par hasard

L'enjeu est d'éviter les complications parfois dramatiques de l'insuffisance veineuse. Chaque année, de nombreuses personnes sont victimes d'une phlébite, c'est-à-dire de la formation d'un caillot (ou thrombus) dans une veine. La jambe est enflée, douloureuse au mollet ou à la cuisse. Le muscle est tendu car engorgé de sang. Ce symptôme impose de consulter rapidement.

En effet, ce caillot est susceptible de se détacher pour aller obstruer l'artère pulmonaire: c'est la fameuse embolie pulmonaire, responsable de décès chaque année. "Plus le caillot est petit, plus il va atteindre la périphérie du poumon, occasionnant une douleur thoracique brutale; plus il est gros, plus le patient sera essoufflé - même sans effort - et en danger", précise le Pr Patrick Carpentier, du service de médecine vasculaire du CHU de Grenoble. Heureusement, la plupart des premières embolies sont petites, ajoute-t-il, rassurant. Le scanner permet de visualiser le caillot, qui peut alors être dissous par l'injection d'un produit thrombolytique, comme après un infarctus. Souvent, le patient est simplement mis quelques mois sous anti-coagulant. Une nouvelle génération de ces médicaments est arrivée sur le marché. Plus faciles à manier que les traditionnels anti-vitamine K, ils ne nécessitent plus de prises de sang répétées.

Les facteurs de risque

Il peut arriver que l'on ait une phlébite sans même s'en rendre compte! D'où l'importance de connaître les facteurs de risque de la pathologie veineuse. Il y a ceux contre lesquels on ne peut rien (prédisposition familiale, âge, métier imposant le port de lourdes charges) et ceux sur lesquels on peut agir: le surpoids, la prise d'hormones féminines (THS) et l'immobilisation prolongée.

C'est pour éviter des accidents que les médecins prescrivent des médicaments anticoagulants avant certaines opérations, voire avant des longs voyages, et encouragent à se lever rapidement après une intervention. Les veinotoniques, désormais déremboursés, soulagent douleurs et gonflements.

Mais, pour agir à la source du problème, il faut surtout conjuguer compression médicale et exercice physique. Le sport idéal? La marche dans l'eau, qui exerce une double pression sur la cheville et protège en même temps des varices touchant les veines profondes, fréquentes après une phlébite. Les cures thermales s'avèrent aussi très bénéfiques. On peut, enfin, se procurer des bas, collants ou chaussettes de compression en pharmacie. Le médecin les prescrit en cas d'insuffisance avérée.

Cinq conseils pour un long trajet

En voiture, en avion, et lors de toute immobilité prolongée, on peut soulager ses jambes et limiter le risque de thrombose.

  1. Éviter l'alcool et boire beaucoup d'eau.
  2. Marcher toutes les deux heures. Si ce n'est pas possible, effectuer des petits mouvements des pieds: alterner des appuis sur la pointe des orteils, puis sur le talon afin de contracter les muscles du mollet.
  3. Lever les jambes au-dessus du niveau du coeur.
  4. Porter des bas de contention.
  5. Effectuer régulièrement des massages (avec des gels à base de niaouli, mélilot ou marron d'Inde, c'est encore mieux!): assis, genou légèrement replié, encercler la cheville à deux mains et remonter en enveloppant le mollet jusqu'au genou tout en exerçant une pression du bout des doigts (cinq fois par jambe).

Auteur : Marie-Christine Colinon (NT-F.com)