L'année passée, Vienne a été élue pour la dixième fois consécutive ville la plus agréable du monde pour vivre. Ce qui la rend si agréable pour les Viennois - ses espaces verts, ses musées sublimes et ses salles de concert bien sûr! - fait aussi le bonheur des touristes.
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L'année passée, Vienne a été élue pour la dixième fois consécutive ville la plus agréable du monde pour vivre. Ce qui la rend si agréable pour les Viennois - ses espaces verts, ses musées sublimes et ses salles de concert bien sûr! - fait aussi le bonheur des touristes."Vienne est la ville européenne de la musique par excellence", se réjouit le professeur Johannes Meisl, violoniste et enseignant à la MDW (Académie de musique et des arts du spectacle). Nous nous sommes donné rendez-vous dans le très cosy café Tirolerhof du musée Albertina. "Vous ne trouverez pas deux villes qui ont autant à offrir: deux opéras avec plusieurs salles, des salles de musique plus confidentielles, des clubs de jazz, des chorales d'amateurs qui chantent des messes classiques, des concerts de musique de chambre... Si Vienne a un son qui lui est propre, c'est celui de la diversité: de Beethoven à la folk, via Schönberg et le jazz: voilà le son de Vienne." La ville bourdonne à sa façon. Dans les couloirs du métro, un violoncelliste joue, les yeux fermés, dans certains cafés de petits orchestres animent les valses du dimanche, entre thé, café et gâteaux et chaque première à l'opéra est un événement. La saison des bals bat son plein. Dans une école de danse, des jeunes couples en pleine répétition, respectent un code immuable: le soir, les femmes en robe longue et les messieurs en smoking sirotent un verre au Zum Schwarzen Kameel (au Chameau noir), avant de se rendre à la Hofburg pour le Kaffeesiederball, le bal des propriétaires de cafés.Chaque année, Vienne s'anime au son de plus de 450 bals, soit quelque 2.000 heures de danse et autant d'heures de musique par saison. Même les pâtissiers et les haltérophiles ont leur propre bal! Non que les Viennois soient un peuple frivole, mais ils ont bien compris que, dans la vie vient toujours un moment pour faire la fête. Et la musique reste importante jusque dans l'au-delà: ici, on peut même s'assurer un service funéraire chanté. Selon le tarif, vous aurez droit à la présence d'un ou de plusieurs Friedhofsänger. Mais comment faire pour arriver à trouver une place dans ces merveilleuses salles de concert, alors que Vienne compte déjà tant d'amoureux de la musique? Nous retrouvons notre ami viennois Stephan pour un verre d'avant-concert dans le décor tout de bois sombre du bar Art déco de l'hôtel Bristol, voisin du Staatsoper. Nous mettons ensuite le cap sur le Musikverein pour un concert de Beethoven, le seul pour lequel les places étaient réservées. Mais Stephan nous rassure: on trouve des fauteuils à tous les tarifs, et il en reste bien souvent quelques-uns de libres juste avant le concert. Vienne est la seule ville à proposer des places debout, vendues très bon marché. L'idée est d'arriver le plus tôt possible le jour même, dès l'ouverture du guichet, d'acheter un billet, de choisir sa place et d'accrocher un foulard à la balustrade pour signaler que l'emplacement est occupé. Un système D qui fonctionne à merveille! Le lendemain, au Staatsoper, il nous suffit de faire la queue pendant une demi-heure pour assister à une représentation d'un opéra de Donizetti, et notre emplacement marqué par le foulard est, en effet, resté libre. Stephan, journaliste spécialisé dans le vin et grand mélomane, chante tous les dimanches avec sa chorale à la Jesuitenkirche (église des Jésuites). Il connaît comme sa poche la moindre salle de concert et le moindre club de jazz, comme les théâtres et les cinémas d'art et essai. C'est pour la musique que Stephan a quitté la Suisse et s'est installé à Vienne. Le Musikverein et sa grande salle sont impressionnants. Imaginez un palais solennel, en plein centre-ville, croulant sous le bois doré et débordant d'amateurs de musique. Dès que s'élèvent dans la salle le son du piano et du violon, on a l'impression de quitter terre... Jusqu'à ce que les applaudissements et les vivats éclatent à la fin du concert, tandis que les lustres en cristal se rallument et que les spectateurs reprennent le chemin de la sortie. Cette magie est due à l'acoustique exceptionnelle de la salle et à la qualité d'écoute du public. Les concertos de Beethoven joués ce soir-là résonnent encore à mes oreilles, alors que nous traversons Heiligen- stadt, un quartier plus champêtre de Vienne, où Beethoven s'était installé sur les conseils de son médecin. A l'époque, l'endroit était un lieu de cure. Le compositeur espérait y soulager ses problèmes d'ouïe qui le rendaient dépressif. "C'est précisément parce qu'on se trouve limité par ses sens que la seule solution consiste à vivre pour l'Art", écrit-il dans son journal. Le musée Beethoven, dans la Probusgasse, expose les cornets acoustiques et l'aide auditive que le grand homme plaçait sur son piano. On jurerait qu'il est encore présent, à un jet de note des vignobles où poussent les cépages donnant deux vins, le Gemischter Satz et le Grüner Veltliner. Au Theater an der Wien, j'assiste à Egmont de Beethoven, une production émouvante sur une partition irrésistible. Un Egmont qui doute et un magnifique choeur scandant des formules magiques qui semblent sortir tout droit d'un carnet de Freud. " Kein Engel, kein Alles, kein Ich." Egmont balance entre rêve et cauchemar, et nous, le public, le suivons. Emus mais heureux, nous partons à la recherche du nouveau Ludwig Bar dans lequel on entre par l'hôtel Beethoven. Le décor chic et sombre s'accorde maginfiquement bien à l'après-concert. Pour notre dernière soirée, place à l'ambiance du Porgy & Bess jazz club. Mercredi soir, c'est la tête pleine de musique que je reprends le train de nuit qui me ramène tout droit de la gare centrale de Vienne à Bruxelles. Même les roues du train qui grondent semblent composer leur propre musique...