Il y a quelques quelques mois, dans cette chronique, j'évoquais, Martha et Edgar*, un couple âgé. Edgar avait été admis aux soins intensifs pour une hémorragie. Il y avait eu un moment de confusion lorsque Martha avait sorti les nombreux médicaments de son mari, sans pouvoir nous dire en quelles quantités, ni à quel moment de la journée il les prenait.
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Il y a quelques quelques mois, dans cette chronique, j'évoquais, Martha et Edgar*, un couple âgé. Edgar avait été admis aux soins intensifs pour une hémorragie. Il y avait eu un moment de confusion lorsque Martha avait sorti les nombreux médicaments de son mari, sans pouvoir nous dire en quelles quantités, ni à quel moment de la journée il les prenait.À la maison, dans un environnement rassurant, le couple fonctionnait très bien depuis des années, avec stabilité et une autonomie relative. On leur livrait leurs repas chauds, leur ménage était pris en charge et la famille venait régulièrement les voir. Et surtout : malgré son âge, Martha, octogénaire encore pleine de vitalité, s'occupait elle-même de son mari devenu beaucoup moins mobile depuis une attaque, quelques années auparavant. Une aidante proche remarquable ! Du moins tant qu'aucun imprévu ne vienne perturber la routine. Car ce genre de situation est plus fragile qu'on ne le pense.Nous avions mal au coeur de voir Martha, si triste et impuissante, au chevet de son mari - son compagnon et meilleur ami depuis soixante ans -, tous deux arrachés de manière si abrupte à leur quotidien paisible. On aurait dit un confortable vieux fauteuil dont le pied vient à casser, menaçant son équilibre. Le duo inséparable en était tout bouleversé.Ni l'aide de leurs enfants, ni celle d'un travailleur social n'a pu être d'une réelle utilité. Edgar a perdu une partie de sa conscience et n'est plus en état de communiquer avec qui que ce soit - pas même avec sa femme. Lorsque Martha commence à comprendre que son mari ne survivra peut-être pas et qu'il finira ses jours en maison de repos et de soins dans le meilleur des cas, la courageuse vieille dame se met à perdre pied. Elle est désorientée : elle ne sait plus quel jour on est et ne reconnaît plus ses petits-enfants qui font les cent pas dans le couloir de l'hôpital. Le stress psychologique et de mauvaises nuits ont eu raison de ses forces. Elle pâlit de jour en jour, ne boit et ne mange quasi plus. Un matin où Edgar doit subir une opération en urgence, c'en est trop pour elle. Martha fait un malaise et est hospitalisée pour arythmie cardiaque. Elle est également à l'hôpital en tant que patiente désormais, mais en gériatrie, loin de son mari.Ce récit n'a rien d'exceptionnel. Dans un couple âgé, lorsque l'un des deux tombe sérieusement malade, le conjoint est, lui aussi, victime, non seulement au plan psychologique mais au plan physique. En général, la perturbation survient lentement, jusqu'à passer quelquefois inaperçue, mais, comme pour Martha et Edgar, ce n'est qu'une question de jours.