Cet été, je suis partie en Géorgie. Cet état, entremêlé entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan est stratégiquement lové entre la mer Noire et la mer Caspienne, la Russie au Nord et la Turquie au Sud. Joyau du Caucase scintillant aux confins de la Route de la Soie, majoritairement orthodoxe, c'est un haut lieu d'histoire dans un écrin de nature préservée.
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Cet été, je suis partie en Géorgie. Cet état, entremêlé entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan est stratégiquement lové entre la mer Noire et la mer Caspienne, la Russie au Nord et la Turquie au Sud. Joyau du Caucase scintillant aux confins de la Route de la Soie, majoritairement orthodoxe, c'est un haut lieu d'histoire dans un écrin de nature préservée. Huit heures de vol et j'arrive à Tbilissi, la capitale. La nuit s'avance et la ville s'illumine dévoilant partout d'élégantes arabesques. L'alphabet géorgien, cette écriture si délicate (14 lettres) tout droit sortie d'un conte des mille et une nuits, fait chavirer mon coeur. Le dépaysement est instantané...Le fleuve Mtkvari qui traverse la ville est strié d'un grand nombre de ponts dont le dernier-né en 2010, dit " de la Paix " évolue telle une chenille hypnotique plongeant dans le parc Rike. Tout autour, on aperçoit des monts sur lesquels les maisons semblent s'empiler dans la nuit, balcon sur balcon... le tout, dans un festival éclatant de couleurs que je découvre le lendemain, à la lumière du jour. Sous un ciel d'azur, de drôles de dômes et de coupoles sont enturbannées de volutes de fumeroles. Tbilissi est née et tire son nom des sources d'eau chaude sulfureuse qui émaillent son paysage. Le pays en compte plus de 2.400 et quelque 104 Resorts de Spa. Sur les hauteurs, j'aperçois une vieille forteresse sur un éperon rocheux et un peu plus loin l'imposante statue de Kartlis Deda, une femme l'épée à la main toujours prête à défendre la ville. Juste à côté des bains, une très belle mosquée et vers le fleuve, des églises orthodoxes.L'Art nouveau, des blocs soviétiques et des structures modernistes s'entremêlent sans logique. Les gens ont le verbe fier, les hommes ce type caucasien, racé, fort. Si le divorce avec l'Union Soviétique n'a que vingt-cinq ans et que la plupart des 3,8 millions d'habitants parlent bien sûr russe, la langue géorgienne est également partout, mélodie chantante... La grande statue rutilante d'or de la Place de la Liberté est mon repère. J'aime prendre la petite rue à droite vers les maisons de bois XIXe mi-baroques, mi-rococo du vieux centre. Entre les boutiques à souvenirs, il y a plein de vieilles marchandes de churchkhela, des éclats de noix trempés dans du jus de raisins. Ils pendent comme des cierges et les variantes de jaune, rose, bordeaux éveillent la convoitise de mes papilles. Puis comme par hasard, j'arrive nez à nez sur la sculpture de Tamada, une réplique en bronze d'une statuette de 7,5 cm datée aux alentours du VIIe avant J.-C., représentant un personnage assis brandissant la corne destinée à boire le vin. Un témoin de la civilisation de l'ancienne Colchide et de la tradition du banquet géorgien dont le Tamada était le chef qui invitait à porter un toast... À ses pieds, s'étalent en corolle des ruelles pleines de jolies boutiques et surtout, de restaurants avec d'immenses terrasses colorées aux sièges confortables. Autant d'invitations à la fête, une fois la nuit tombée... Au confluent des fleuves Kura et Aragvi, on trouve Mtskheta, ancienne capitale du royaume d'Ibérie (IIIe siècle av. J.-C. - Ve siècle). Tbilissi n'est qu'à 25 km, mais cette ville sainte fait soudain reculer les aiguilles du temps. J'avance parmi des petites maisons de bois et de pierres taillées lovées autour de ce qui ressemble à un château fort à cause de son imposante muraille. Ses créneaux abritent la plus importante cathédrale du pays, Svetitskhoveli, listée sur les trésors de l'Unesco. C'est là, en 326 après J.-C., que les Géorgiens commencèrent à se convertir au Christianisme. Pendant des siècles, rois et nobles s'y faisaient enterrer et leurs dalles de marbre forment au sol un patchwork de blasons sur lesquels on retrouve ce qui fait toujours la fierté des Géorgiens, une représentation de la sainte tunique du Christ durant son Calvaire. Elle reposerait ici dans la crypte. L'édifice que l'on admire aujourd'hui date du XIe siècle. À l'intérieur, d'immenses et somptueuses fresques polychromes datent essentiellement du XVIIe.Une petite chapelle carrée a été ajoutée au XVe, réplique du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Comme dans d'autres églises visitées plus tard, il y a des petites portes dérobées et de fausses cloisons qui ont permis pendant des siècles à ces Chrétiens d'échapper aux persécutions des envahisseurs, tour à tour, Perses, Romains, Byzantins, Arabes, Mongols et Ottomans... Leur rage de vaincre semblait ne jamais les quitter et de cette époque date leur étrange manière de dire bonjour en criant Victoire ! En sortant, sous les brumes du soleil couchant, impossible de manquer sur la colline d'en face, le monastère orthodoxe de Djavi d'où la vue sur le confluent scintille comme une icône. Une petite heure de route plus tard, nouvel arrêt pour admirer la forteresse d'Ananouri qui surplombe le lac artificiel de Jinvali. L'ensemble se compose de deux églises et d'un monastère orthodoxe. Le paysage est absolument spectaculaire sous les lumières cristallines. La route vers la frontière russe se poursuit à travers le Caucase et ses monts lunaires qui cèdent, ici et là, leur place à des pics acérés. On dépasse la station de sports d'hiver Gudauri, puis au détour d'un ravin se dresse un sublime monument à la gloire de l'Amitié Russo-Géorgienne (1983). Notre destination finale est encore une église. Mais quelle surprise ! Celle qu'on nomme la Trinité de Guerguéti ressemble de loin à un cierge planté sur un talus. Mais plus on s'en approche, plus la magie du lieu se révèle. Nous sommes à 2.170 mètres d'altitude. Des chevaux gambadent en liberté. Puis on s'approche encore et on le voit soudain, ce glacier Gazbeti coiffé de blanc en cette fin de l'été. L'église avec ses briques ocres et rouges ressort et c'est mystique, juste beau à pleurer. Le Tamada me l'avait déjà soufflé à l'oreille, la viticulture en Géorgie est l'une des plus anciennes du monde, les premières traces de vinification remontant à près de huit mille ans. D'Ouest en Est, six grandes régions viticoles s'étendent sur des plaines dont les terroirs uniques ont donné leurs noms à plus de 500 cépages authentifiés. Parmi les plus connus, j'essaie de retenir les G ourdjaani, Tsinandali, Tsolikauri (pour les vins blancs), Napareuli, Mukuzani et M zane (pour les vins rouges). Peut-être pour la beauté de ses paysages, c'est dans la région - proche de Tbilisi - de Kakhétie que je fais mon initiation d'oenologie géorgienne. La propriété de Twins Wine Cellar est un vrai passage obligé. Outre ses vignobles, son restaurant et son hôtel, elle possède un musée où l'on apprend comment les vins d'ici sont produits en Qvevri. Ils sont réalisés dans de grandes jarres de terre cuite enfouies dans le sol jusqu'au col, ce qui assure une température constante lors de la fermentation. Autre particularité, on y met les raisins en grappes à peine foulées sans le moindre ajout pour une fermentation naturelle qui se poursuit tout l'hiver. Après six mois de filtration, on récupère le jus avec une calebasse et on le transvase dans une autre qvevri pour une conservation plus ou moins longue (souvent deux ou trois ans). La méthode est laborieuse, pourtant sur les 100.000 hectares de vignes que compte la Géorgie, la plus grande partie des vins est toujours vinifiée selon cette méthode ancestrale. Lorsque vient enfin le moment de déguster, c'est bien sûr un grand moment de bonheur. Le rouge est gouleyant, mais le blanc, toujours sec, prend parfois des teintes d'un or intense et le goût, vraiment surprenant, laisse un voile de douceur sur le palais... Après un déjeuner mémorable à Telavi, on se dirige vers le domaine de Shilda né en 2015. Ici, on mélange tradition et méthode moderne occidentale pour produire des vins d'excellence qui valent leur pesant d'or. Les dégustations se succèdent et nos hôtes nous retiennent captifs. Ils ont même organisé un atelier pour nous apprendre à fabriquer quelques spécialités culinaires comme le churchkhela, mais aussi le pain traditionnel cuit sur la pierre d'un four en forme de puits au fond duquel rayonnent les braises de rafles de raisin. Toute fière, je fais des brochettes de fromage et des Khachapuri, sorte de pizza, qui se marient si bien avec les breuvages de la maison. Les étoiles s'allument sur une voûte saphir et nous descendons un dernier verre de Tchatcha, marc traditionnel de plus de 40%, clair et fort, issu des fonds de Qvevri après leur première fermentation. L'ode à la vigne est total, tout est utilisé et tout est bu...