La France est un pays étrange. Le gouvernement annonce une réforme, puis les gens protestent et ensuite... on discute. Plus étrange et franchement choquant : ce sont les "prolétaires de luxe" qui descendent dans la rue en jouant les victimes. Car si on a vu les blouses blanches battre le pavé, comme en Belgique, pour défendre la qualité des soins de santé, ce sont les cheminots qui ont mené le mouvement en paralysant le pays au moment des fêtes. Alors que les conducteurs de train peuvent partir en retraite à 52 ans, avec une pension de 2.636 ? pour une carrière complète. Aux co...

La France est un pays étrange. Le gouvernement annonce une réforme, puis les gens protestent et ensuite... on discute. Plus étrange et franchement choquant : ce sont les "prolétaires de luxe" qui descendent dans la rue en jouant les victimes. Car si on a vu les blouses blanches battre le pavé, comme en Belgique, pour défendre la qualité des soins de santé, ce sont les cheminots qui ont mené le mouvement en paralysant le pays au moment des fêtes. Alors que les conducteurs de train peuvent partir en retraite à 52 ans, avec une pension de 2.636 ? pour une carrière complète. Aux conducteurs du métro parisien, il est même possible d'arriver à 3.705 ?. Travail pénible et grosse responsabilité ? Sans doute, mais que dire des infirmières et aides-soignantes, aux horaires bien plus éprouvants? Ou des profs faisant face à des ados rebelles dans les quartiers " difficiles "? Que certains syndicats défendent les premiers en ignorant les seconds laisse sans voix, d'autant que le public ne s'en offusque même pas. Étrange...Cela étant, il n'est pas étonnant que la France veuille réformer son système de pension: confronté au même défi démographique que le reste de l'Europe, le pays est globalement fort généreux.À en croire l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques, réputée pour ses études internationales), dans les pays occidentaux, c'est au Danemark puis en France que le risque de pauvreté des pensionnés est le plus bas. C'est aussi en France que les retraités éprouvent le moins le besoin de travailler : les revenus du travail y représentent 5 % à peine des revenus totaux des seniors, contre 10 % environ en Belgique et aux Pays-Bas, 15 % en Allemagne et en Grande-Bretagne, ou encore près de 20 % en Espagne et en Italie, mais aussi en Suède et en Norvège. Ces pays scandinaves, qui ne passent pas vraiment pour des enfers sociaux, indiquent que ce travail des seniors ne procède pas nécessairement d'une pure nécessité financière. Tel pourrait par contre être le cas des États-Unis et du Japon, où le travail constitue respectivement un bon tiers et près de 40 % des revenus des pensionnés.Une autre statistique de l'OCDE révèle que ce sont les Français qui bénéficient le plus longtemps de leur retraite : 23,6ans en moyenne pour les hommes, contre 21,3 ans en Belgique, 19,5 ans en Allemagne et 17,2 ans à peine aux États-Unis. Privilège identique pour les femmes. De ce point de vue, notre pays ne serait guère à plaindre. Sauf que le niveau des pensions y est fort maigre. Toujours selon l'OCDE, le Belge touche en net 66 % de son dernier salaire. C'est mieux que l'Allemand (51 %), mais beaucoup moins bien que le Français (75 %), le Luxembourgeois (88 %) ou le Néerlandais (101 %)! Les pensionnés belges doivent-ils descendre dans la rue? Contrairement aux cheminots français, ils ne peuvent pas paralyser le pays...