Dans notre minuscule cabane d'affût, seule la langue des signes est autorisée pendant les 18 prochaines heures. Les consignes sont claires : ouvrir le thermos de thé sans faire de bruit, se déplacer sur la pointe des pieds, faire silence pour tromper l'ouïe et l'odorat particulièrement fins des ours. Tout est prêt pour rester éveillé : biscuits, chocolat, vin. Si besoin est, il est possible de dormir un court moment dans le seul et unique lit de la cabane, à tour de rôle. Mais rien de tel les premières heures. La forêt finlandaise grouille de vie. Les écureuils sautent d'un arbre à l'autre, des mouettes perdues animent le ciel, les oiseaux vont et viennent. Il ne manque que les ours. Nos téléobjectifs sont fin prêts, nous aussi.
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Dans notre minuscule cabane d'affût, seule la langue des signes est autorisée pendant les 18 prochaines heures. Les consignes sont claires : ouvrir le thermos de thé sans faire de bruit, se déplacer sur la pointe des pieds, faire silence pour tromper l'ouïe et l'odorat particulièrement fins des ours. Tout est prêt pour rester éveillé : biscuits, chocolat, vin. Si besoin est, il est possible de dormir un court moment dans le seul et unique lit de la cabane, à tour de rôle. Mais rien de tel les premières heures. La forêt finlandaise grouille de vie. Les écureuils sautent d'un arbre à l'autre, des mouettes perdues animent le ciel, les oiseaux vont et viennent. Il ne manque que les ours. Nos téléobjectifs sont fin prêts, nous aussi. En Carélie finlandaise, à l'est du pays, vivent plus de 1.500 ours bruns, regroupés essentiellement dans la région de Kuhmo, près de la frontière russe. C'est là qu'on a le plus de chance d'en observer. L'ours fait partie des fameux Big Five de Finlande, au même titre que l'élan, le loup, le lynx et le carcajou, également appelé glouton. Kuhmo attire donc les amateurs de faune sauvage mais aussi de nature vierge. La taïga est une région d'immenses forêts encore intactes dont l'homme est pour ainsi dire absent. En été, le soleil ne disparaît qu'un court moment derrière l'horizon, sans laisser le temps à la lune de prendre possession du firmament. La nuit n'est donc pas synonyme d'obscurité... Au moment où nous relâchons notre attention, quelque chose bouge dans le lointain : nous distinguons la tête d'un ours adulte. Trois oursons grimpent à toute vitesse dans un arbre. Notre appareil photo les mitraille en rafale. La mère semble nous tenir à l'oeil, elle fixe le téléobjectif avec méfiance. Nous retenons notre souffle parce qu'un ours brun pèse plus de 250 kilos. D'après Sabrina, notre guide, elle peut réagir de façon agressive quand elle vadrouille avec sa progéniture. Nous avons beaucoup de chance et tant que nous restons dans la cabane, nous n'avons rien à craindre. Les oursons se donnent en spectacle mais, de plus en plus suspicieuse, maman ours disparaît avec sa progéniture dans la forêt de bouleaux. Une demi-heure plus tard, ils réapparaissent, cette fois près de la cahute. Les oursons facétieux et leur mère offrent un spectacle haut en couleur. Après ce moment d'exaltation, l'attente reprend. Vers minuit, un ours passe au loin. Au petit matin, un carcajou pose sur un rocher, juste devant la cabane. Un splendide animal... aux dents acérées. Malgré sa modeste taille (un mètre de longueur maximum), le carcajou n'hésite pas à s'attaquer aux élans et aux ours mais ce sont les rongeurs et les oiseaux qui constituent l'essentiel de son alimentation. Le voilà qui fonce à la rapidité de l'éclair sur un malheureux écureuil dans un arbre. Fin du spectacle. Nous quittons prudemment notre cabane à six heures du matin. Cuisiner en plein air, fumer son saumon, dormir dans une hutte, plonger dans l'eau fraîche du lac après le sauna, tout cela semble parfaitement naturel au bout d'une semaine de pérégrinations. À Kuhmo, nous séjournons pour la première fois à l'hôtel. Avec vue imprenable sur le lac de Lammasjärvi, un des 190.000 que compte la Finlande, qui mérite amplement son surnom de Pays des Mille Lacs. Dans le mökki (chalet authentique), la vie à la finlandaise s'écoule lentement : grand air, sauna, alimentation saine, détente complète dans un cadre magnifique de vastes espaces boisés. Les Finlandais goûtent aux plaisirs de la vie généralement vêtus d'une chemise à carreaux mais même sans cet accessoire, le plaisir est au rendez-vous. Préparer son café sur un feu de bois est un must car les Finlandais passent pour les plus gros buveurs de café du monde. Nous ne rentrons à la chambre que pour dormir. Ce qui n'est pas évident car la nuit, les meutes de loups prennent un malin plaisir à hurler et les oiseaux donnent leur premier concert à deux heures du matin. La nuit se termine déjà alors qu'elle a à peine commencé. Pendant les très longues journées, on a tout le temps de vaquer à tout ce dont on a toujours rêvé : observer les animaux, faire du canoë, pécher, nager, profiter de la vie... Ce soir, Sabrina nous emmène faire un safari " élans ". Elle a quitté sa France natale pour s'installer dans la taïga finlandaise, une décision qu'elle n'a jamais regrettée. La faune sauvage de la région n'a plus de secrets pour cette biologiste spécialiste des animaux. L'observation des élans n'est pas facile en été étant donné la brièveté des moments d'obscurité et que ces animaux s'activent surtout de nuit. L'été, c'est aussi la saison où ils ont des jeunes, ce qui les rend méfiants. Mais pour se nourrir, ils s'enhardissent parfois à sortir de la forêt, ce qui permet de les apercevoir. Le safari élans n'est pas fondamentalement différent du safari classique. Il faut éviter les gestes brusques, ne pas ouvrir la porte de la Jeep et surtout, ouvrir l'oeil et le bon. Mâles et femelles portent des bois palmés : l'animal aux bois les plus imposants se situe en haut de la hiérarchie. Quand les mâles perdent leurs bois après la période des chaleurs, ce sont les femelles qui prennent le dessus, jusqu'à ce qu'elles les perdent également. Dommage car se sont parfois de véritables chefs d'oeuvre pouvant peser plus de 20 kilos. Bien que de la famille des cervidés, les élans sont beaucoup plus grands que les cerfs, précise Sabrina. Ils peuvent mesurer jusqu'à 2,2 mètres de hauteur. Dans un étrange crépuscule, la lune et le soleil s'éclairent mutuellement. Notre patience est mise à rude épreuve mais au moment où nous étions prêts à renoncer, nous apercevons deux élans. Aussi surpris que nous, ils déguerpissent sans nous laisser le temps de les admirer. Une trentaine de minutes plus tard, la chance nous sourit à nouveau : une mère et ses deux rejetons croisent notre chemin avant de s'enfoncer dans la forêt. Un jeune mâle porteur de bois s'offre à nos yeux. Contrat rempli ! La lune, qui a à peine eu le temps de se montrer, cède la place au soleil qui se lève déjà. Nous faisons un arrêt près d'un marécage pour nous imprégner de cette incroyable luminosité entre chien et loup, d'une beauté à couper le souffle, rendue quasi mystérieuse par le brouillard ambiant. La scène est tellement magnifique qu'on en oublie la fatigue.