A l'affiche dans les cinémas, le documentaire I am Greta décrit le parcours de la militante suédoise Greta Thunberg, 17 ans aujourd'hui. Il permet de mieux comprendre comment le mouvement qu'elle a initié s'est développé et a trouvé écho sur la planète entière. Sa soeur d'armes néerlandophone Anuna De Wever y tient un rôle de premier plan. Nous avons rencontré l'étudiante sur le campus de la VUB. Son dynamisme et sa confiance en soi nous feraient presque oublier qu'elle à peine 19 ans.
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A l'affiche dans les cinémas, le documentaire I am Greta décrit le parcours de la militante suédoise Greta Thunberg, 17 ans aujourd'hui. Il permet de mieux comprendre comment le mouvement qu'elle a initié s'est développé et a trouvé écho sur la planète entière. Sa soeur d'armes néerlandophone Anuna De Wever y tient un rôle de premier plan. Nous avons rencontré l'étudiante sur le campus de la VUB. Son dynamisme et sa confiance en soi nous feraient presque oublier qu'elle à peine 19 ans. êtes-vous satisfaite de ce documentaire?J'en suis très contente et même un peu émue. Il montre que nous ne sommes absolument pas extrémistes ou radicaux. Il donne la parole aux scientifiques, fait prendre conscience de catastrophes naturelles aux conséquences dramatiques et montre la manière dont les politiciens minimisent les choses, une contradiction qui est omniprésente. Greta et vous êtes-vous amies?Nous sommes en contact tous les jours et nous travaillons ensemble en permanence. Greta a lancé le mouvement, mais les premières actions étaient assez modestes. En Belgique, nous avons pu mobiliser 35.000 jeunes, ce qui représente tout de même un fameux soutien. Nos rencontres sont toujours très gaies mais nous n'avons pas trop le temps de bavarder de choses futiles car l'urgence est là.Le coronavirus n'a-t-il pas freiné votre action? Il n'est évidemment plus possible d'envisager des manifestations de masse pour l'instant. Mais nous ne sommes pas inactifs pour autant. Nous avons profité de cette période pour évaluer notre action et nous sommes arrivés à la conclusion que le public reste insuffisamment informé et que c'est sur l'information que doivent porter tous nos efforts. Si les gens comprenaient réellement pourquoi il est si urgent d'agir, ils ne nous traiteraient certainement pas d'extrémistes. Alors qu'elle devrait être au centre de toutes les priorités, la question du climat est régulièrement reléguée au second plan. Le réchauffement climatique entraînera très vraisemblablement la multiplication d'agents pathogènes comme le Covid-19. Nous savons que les glaciers retiennent prisonniers des virus inconnus et ils fondent! Cette pandémie n'est qu'un avant-goût de ce qui nous attend. Il est faux de croire que les politiques se préoccupent sérieusement du climat. Le Green Deal de l'UE peut donner cette impression, mais c'est très loin d'être suffisant et nous l'avons fait savoir aux chefs d'état et de gouvernement dans une lettre ouverte que nous leur avons adressée. Les politiques vous prennent donc au sérieux. Madame Merkel nous a accordé un entretien d'une heure et demie, ce qui est bien plus qu'une poignée de main polie. D'ailleurs, si nous le souhaitons, nous pouvons parler à presque tout le monde. Mais il apparaît quasi à chaque fois que les politiques n'ont pas du tout le même sens de l'urgence que nous. La réponse est systématiquement la même: nous faisons ce que nous pouvons pour le climat mais nous ne devons pas mettre l'économie en péril. Mais si aucune mesure n'est prise, la situation sera telle qu'il n'y aura plus d'économie du tout! Quelles seraient les trois mesures les plus urgentes? Réduire les émissions. Boiser et reboiser. Protéger les océans, les poumons bleus de la Terre. La crise du Covid-19 démontre que, quand il le faut, nous sommes capables d'agir. On nous dit souvent qu'il n'est pas possible de prendre des mesures radicales parce qu'il n'y a pas de soutien populaire, pas d'argent. Mais la crise actuelle nous démontre clairement le contraire! Les gens acceptent des mesures radicales lorsqu'on prend le temps de leur expliquer correctement les tenants et aboutissants. La crise climatique est bien pire que le Covid-19 mais si les politiques ne cessent de la minimiser, ils font eux-mêmes obstacle au soutien indispensable. Si, à l'image de Marc Van Ranst, le climatologue Jean-Pascal Van Ypersele venait expliquer tous les soirs à la télévision pourquoi nous devons agir, je peux vous assurer que le soutien à la cause climatique serait plus important. Mais on constate que, même pour le Covid-19, rien n'est facile. Il existe de grandes différences entre le Covid-19 et le réchauffement climatique. La lutte contre le réchauffement climatique n'impose pas de confinement, ne va pas faire s'effondrer l'économie. Nous nous battons simplement pour une meilleure économie, une économie plus verte, un avenir sans pollution atmosphérique qui tue des centaines de milliers de personnes tous les ans. Nous voulons simplement un monde meilleur. Et les efforts pour y parvenir ne représentent pas la moitié de ceux qu'exige la lutte contre le coronavirus. Comment expliquer qu'il y ait autant de résistance? Parce que notre société est construite sur un système capitaliste pour lequel la croissance économique est un dogme sacré. Mais nous disons: nous faisons partie de la nature et nous ne pouvons pas l'exploiter sans retenue. S'il est si difficile pour beaucoup de gens de renoncer à l'idée de croissance débridée et de capitalisme, c'est que cela les obligerait à renoncer à la religion à laquelle ils ont cru toute leur vie. Vous êtes soupçonnée de conspiration, avez déjà reçu des menaces de mort et été agressée physiquement. Oui, mais j'essaie de ne pas y penser. Greta aussi reçoit des menaces et elle non plus n'a pas peur. Nous sommes l'une et l'autre tellement concentrées sur nos objectifs que le reste passe au second plan. L'an dernier j'ai été agressée physiquement lors du festival Pukkelpop. J'ai entendu des gens crier: "Où est Anuna? On va la tuer!". J'ai été secouée sur le moment mais ce n'est que les jours suivants que j'ai réalisé que cela aurait pu très mal tourner. Votre combat révèle aussi un conflit générationnel. Vous reprochez aux générations qui vous ont précédé de ne pas en avoir fait assez. Nous savons que les générations précédentes ignoraient les problèmes qu'entraîneraient leur mode de vie. Pour nos parents, le climat n'était pas un problème. Dans leur jeunesse, ils s'inquiétaient surtout des armes nucléaires. Mais aujourd'hui qu'ils savent, leur responsabilité est grande.Collaborez-vous avec Les Grands-parents pour le Climat? Tous les jours! Toutes nos actions sont menées en coopération avec cette association et nous sommes très reconnaissants de son soutien. Nous avons remarqué, du moins au début, que notre crédibilité était plus grande face aux politiques quand nous étions accompagnés d'adultes. Il est essentiel que les politiques ne nous considèrent pas comme des adolescents rebelles. Notre mouvement n'est pas seulement transnational il est aussi transgénérationnel. Vos opposants les plus acharnés sont "les hommes blancs de plus de 60 ans". (Rires) Effectivement. Je pense que cela tient au fait qu'ils ont baignés longtemps - et avec bonheur - dans le système capitaliste. Ils ont du mal à admettre que ce système soit remis en question par les jeunes et, qui plus est, des jeunes filles. Je comprends que ce doit être très confrontant. Le mouvement pour le climat est effectivement mené par des filles très jeunes. Rassurez-vous, il y a aussi beaucoup de garçons. Mais ce sont les filles qui l'ont initié. C'est peut-être dû à notre éducation, à l'idée que les hommes doivent se montrer durs. Se préoccuper de la nature, prendre du recul, est peut-être trop doux à leurs yeux. Vos parents vous soutiennent-ils? Ils sont à 100% avec moi. Toute petite, ils m'emmenaient dans des manifestations. Quand mes copines jouaient à la poupée, mes parents me parlaient de la Seconde Guerre mondiale et du fascisme. Ils n'essayaient pas d'orienter mon opinion mais de m'informer sur ce qui se passait dans le monde. Dès mon plus jeune âge, j'ai été sensibilisée au fait que je suis une privilégiée. Le simple fait d'être née en Europe, dans une famille de la classe moyenne où je n'ai pas à me soucier de mes besoins fondamentaux est un privilège. Mais j'estime que ce privilège impose une responsabilité. Mes parents m'ont toujours dit: nous souhaitons que tu sois heureuse mais aussi que tu essaies de faire quelque chose pour le monde.Comment voyez-vous votre avenir? En politique? Je resterai une activiste, que ce soit en politique ou dans une organisation internationale. Ce que je veux, c'est juste avoir un impact et continuer à me battre pour la planète.