Année après année, le succès des émissions de téléréalité qui mettent en lumière les aptitudes de survie de candidats à l'aventure en milieu hostile ne se dément pas. "Koh Lanta", " A l'état sauvage", "The Island, seuls au monde" en sont quelques exemples marquants. Le principe reste, dans les grandes lignes, le même : plonger des candidats, préparés physiquement, dans une ambiance de bootcamp. On leur demande ensuite de réussir des épreuves censées les amener à se dépasser, tant au niveau physique que psychologique. C...

Année après année, le succès des émissions de téléréalité qui mettent en lumière les aptitudes de survie de candidats à l'aventure en milieu hostile ne se dément pas. "Koh Lanta", " A l'état sauvage", "The Island, seuls au monde" en sont quelques exemples marquants. Le principe reste, dans les grandes lignes, le même : plonger des candidats, préparés physiquement, dans une ambiance de bootcamp. On leur demande ensuite de réussir des épreuves censées les amener à se dépasser, tant au niveau physique que psychologique. Ce qui donne lieu à des émissions intenses et riches en émotions. A la fin du programme ne restent que les plus forts. De retour chez eux, ils peuvent récupérer et reprendre une vie normale. En ces temps de Covid-19, quand je repense à ce que nous avons vécu - et vivons encore parfois - aux soins intensifs, je me dis qu'on n'est pas loin du même concept. Le chemin que doit parcourir un patient gravement atteint n'a pas grand-chose à envier aux souffrances que s'infligent les participants de ces émissions. Mais ce que vivent les malades est d'un tout autre ordre. Car eux n'ont absolument pas choisi de souffrir ainsi. Et ils n'ont guère eu l'occasion de se préparer à ce qui les attendait. Ce ne sont pas des athlètes entraînés, juste des personnes, souvent d'un âge certain, avec un passé médical parfois lourd. Pourtant, ils traversent un véritable parcours du combattant, aussi rude pour le corps que pour l'esprit.Les obstacles aux soins intensifs sont divers et imprévisibles : problèmes respiratoires, embolie pulmonaire, arythmie cardiaque, blocage rénal, escarres... A quoi s'ajoutent un grave stress mental, des insomnies, des crises de délire, des douleurs multiples, des angoisses... Pour le patient X, c'est une journée particulière. Je lui fais un signe, alors qu'il va pouvoir quitter les soins intensifs cinquante jours après son admission. Il essaie de me répondre par un geste de la main mais peut à peine lever les doigts. Il est trop faible pour cela. Une faiblesse musculaire acquise au service des soins intensifs et résultant de longues semaines de maladie grave.Pour lui, la phase suivante commence, celle de la revalidation. Réapprendre à s'asseoir, à se lever et à marcher, à tousser efficacement, à manger sans s'étouffer... Le médecin du service de revalidation me dit que pour chaque jour passé aux soins intensifs, il faut compter une semaine de rééducation. Pour Monsieur X, cela fera une année entière d'efforts... Autre chose qu'un bootcamp pour la télé !