Lorsque je marche du parking vers l'entrée de l'hôpital, je me prépare au rideau de fumée que je dois affronter quotidiennement. Fumée émise par des membres du personnel et des patients qui, ac-cros à la nicotine, sont repoussés à l'extérieur tels des parias pour fumer leur cigarette ou e-cigarette. Je retiens ma respiration jusqu'à ce que je sois arrivé dans le hall d'entrée. Une fois à l'intérieur, je respire profondément tout en songeant aux bienfaits d'un air pur, riche en oxygène.
...

Lorsque je marche du parking vers l'entrée de l'hôpital, je me prépare au rideau de fumée que je dois affronter quotidiennement. Fumée émise par des membres du personnel et des patients qui, ac-cros à la nicotine, sont repoussés à l'extérieur tels des parias pour fumer leur cigarette ou e-cigarette. Je retiens ma respiration jusqu'à ce que je sois arrivé dans le hall d'entrée. Une fois à l'intérieur, je respire profondément tout en songeant aux bienfaits d'un air pur, riche en oxygène.L'oxygène : nous ne pouvons pas vivre sans. Il est indispensable au métabolisme cellulaire. Tout manque d'oxygène mène irrémédiablement à l'asphyxie d'une série de tissus et, finalement, à la mort. On fait grand usage de bonbonnes d'oxygène en médecine, particulièrement dans les cliniques et les hôpitaux, mais certaines personnes en ont besoin à domicile, en général à cause de problèmes respiratoires chroniques. L'oxygène est donc un médicament et, comme la plupart des médicaments, il a deux visages. Côté face, des avantages ; côté pile, des inconvénients. D'une part, ce gaz est essentiel à la vie ; d'une autre, il peut aussi être néfaste. Dans certains cas, l'oxygène peut s'avérer toxique pour les poumons et pour le système nerveux, par exemple s'il est inhalé à trop forte concentration sous une pression accrue, comme dans une chambre hyperbare ou lors d'une plongée sous-marine. Des phénomènes rares... Il n'en reste pas moins que l'oxygène est un gaz inflammable, et même explosif. Une étincelle suffit à provoquer une flamme ou une explosion.Le soir, quand je quitte la clinique, je traverse à nouveau le rideau de fumée. J'aperçois, dans un coin, une dame assise dans son fauteuil roulant, profitant du coucher de soleil. Je la reconnais : voilà une semaine, elle faisait partie de mes patients aux soins intensifs, arrivée à bout de souffle en raison d'une récidive de bronchopneumopathie chronique obstructive, une forme d'affection pulmonaire. À ma grande joie, elle semble aller mieux, même si elle a toujours besoin d'oxygène : un appareil qui lui insuffle de l'oxygène via un tuyau placé dans le nez est en effet fixé à son fauteuil roulant.Elle me fait signe, l'air ravie, avec un rien de triomphe dans le regard : n'a-t-elle pas surmonté une énième crise de bronchopathie ? Je lui rends son salut, avec un pouce levé. Mais mon sourire se fige. À ma grande horreur, j'aperçois une cigarette entre ses lèvres. Une cigarette allumée, le bout rougeoyant à quelques centimètres du tuyau qui conduit l'oxygène à son nez. Je fonce vers elle en ayant l'impression d'être un démineur sur le point d'éteindre la mèche d'une bombe en puissance. Une bombe en fauteuil roulant.