"Choqué par la rapide prise du fort d'Eben-Emael par l'armée allemande en mai 1940, ce qui marqua l'entrée de la Belgique dans la Seconde Guerre mondiale, Robert Garcet, un tailleur de pierres de la région, décida de construire un bastion de pacifisme, à deux kilomètres de là", explique notre guide Corry Schoenmakers au pied de cette interpellante tour bordée d'un parc qui accueille, chaque année, une exposition d'art fantastique. L'homme pose la première pierre en 1948 dans une ancienne carrière de silex. Pendant quinze ans, alors qu'il mène parallèlement un combat pour l'objection de conscience, l'artiste autodidacte érige, avec l'aide d'amis, ce bâtiment de 33 mètres de hauteur.

Au sommet des sept étages, on aperçoit les chérubins de l'Apocalypse que Robert Garcet a modelés en béton : le taureau, le sphinx, le lion et l'aigle. Surmontant les quatre tourelles, ils invitent l'homme à s'élever, pas physiquement, mais par le biais de la connaissance... "Toutes les figurations sont tirées de la Bible qu'il connaissait par coeur mais la tour n'a pas de caractère religieux car Robert Garcet était un anticlérical", souligne notre guide, ancienne secrétaire de l'architecte décédé en 2001. "Cette tour, symbolisant la paix, porte le nom d'Eben-Ezer en référence à un lieu éponyme en Palestine où une pierre commémorative a également été dressée à la suite d'une bataille." Lors de chaque solstice de printemps, une bannière flotte ici au sommet de la tour, sur laquelle on lit : "... et l'on n'apprendra plus la guerre... "

. © Olivia Van de Putte

Une évocation de l'humanité

Absolument rien n'est laissé au hasard dans cet édifice. Le premier niveau est consacré à la devise de la tour : aimer, penser, créer, liberté, égalité, fraternité, soit les droits et devoirs de l'humanité. Plus impressionnant, le deuxième étage, généreusement décoré, où les quatre chérubins, prêts à s'envoler, sont adossés pour former un pilier. On y trouve aussi, sculptée contre une paroi, la bête de l'Apocalypse qui côtoie une Bible géante ouverte. "Cette bête représente la bêtise humaine, toutes les formes de guerres et de violences : chaque détail, en relief et coloré, témoigne de faits marquants de l'Histoire." Il y a des épées, des chars, des missiles, des slogans... On peut rester scruter l'oeuvre pendant un bon moment ! Une halte au cinquième niveau s'impose ensuite pour observer les photos et visionner la vidéo consacrées à la construction de la tour pour notamment apprendre que Robert Garcet y intégrait des événements d'actualité. L'étage supérieur nous entraîne dans l'univers du Crétacé où on peut voir les silex à leur formation et leurs utilisations au cours de l'histoire, des fossiles et autres fragments sortis de terre et répertoriés par l'artiste.

Reste à grimper au sommet de la Tour d'Eben-Ezer pour admirer de près les chérubins qui dominent la vallée du Geer. On y arrive par un escalier débouchant juste sous le ventre du lion. De là-haut, une vue imprenable et encore un tas de symboles, d'inscriptions et de dessins sur les pierres. Certains sont évidents comme un fusil brisé évoquant le pacifisme ; d'autres plus compliqués à déchiffrer à moins d'être aussi passionné par la Bible que l'architecte. "Dans notre histoire tout est symbole. A nous de les comprendre", disait Robert Garcet. A méditer...

. © Olivia Van de Putte

Tour d'Eben-Ezer, 9 Haie de Wonck 9, 4690 Bassenge. Prix : 6,5 €. Possibilité de visite guidée. Infos : 04 286 92 79 www.musee-du-silex.be

A voir dans les environs :

Le fort d'Eben-Emael : Construit entre 1932 et 1935, ce colosse comprend dix-sept bunkers, deux étages souterrains, cinq kilomètres de galeries et une caserne permettant d'héberger 1.200 soldats. Réputé imprenable, il fut attaqué le 10 mai 1940.www.fort-eben-emael.be