Bonjour, en forme ? Le jeune homme qui m'accompagne pour un tour à vélo semble enthousiaste. Pédaler le long de la côte sud de l'île a tout d'une expérience délicieuse. Ici et là, on aperçoit des barques de pêcheurs échouées à l'ombre des palmiers. Les eaux peu profondes de l'océan reflètent les nuages qui viennent de déverser une courte averse tropicale. C'est beau comme un tableau! Nous poursuivons notre route jusqu'à un gros rocher offrant une vue sur une montagne, Le Morne, véritable balise dans le paysage de Maurice. Plus de 300 esclaves se sont jetés du haut des 550 mètres de cette falaise, juste au moment où on allait proclamer la fin de l'esclavagisme, en 1835. Un bien triste récit qui esquisse d'emblée l'histoire mouvementée de cette île exotique.
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Bonjour, en forme ? Le jeune homme qui m'accompagne pour un tour à vélo semble enthousiaste. Pédaler le long de la côte sud de l'île a tout d'une expérience délicieuse. Ici et là, on aperçoit des barques de pêcheurs échouées à l'ombre des palmiers. Les eaux peu profondes de l'océan reflètent les nuages qui viennent de déverser une courte averse tropicale. C'est beau comme un tableau! Nous poursuivons notre route jusqu'à un gros rocher offrant une vue sur une montagne, Le Morne, véritable balise dans le paysage de Maurice. Plus de 300 esclaves se sont jetés du haut des 550 mètres de cette falaise, juste au moment où on allait proclamer la fin de l'esclavagisme, en 1835. Un bien triste récit qui esquisse d'emblée l'histoire mouvementée de cette île exotique.Dès le XVIe siècle, les Portugais, les Hollandais, les Français et les Anglais se sont accaparé l'île Maurice à tour de rôle. Ce qui a laissé des traces dans la culture, la gastronomie et les coutumes locales. On y roule à gauche, on y parle français et on y cultive le rythme africain, comme le séga, un genre musical très populaire. Les Hollandais ont planté en cannes à sucre une bonne partie de l'île, y ont importé les premiers esclaves et ont dévoré au XVIIe siècle le dernier dodo, l'oiseau mauricien légendaire. Les Anglais, eux, ont importé de la main d'oeuvre bon marché d'Inde et de Chine, deux groupes de populations qui ont notablement influencé la cuisine locale.Dans la capitale, Port Louis, s'élèvent une mosquée, une pagode chinoise, une cathédrale et un temple hindou. Le Bazar Central, un marché couvert, est un véritable creuset de cultures. Les fruits tropicaux, les épices et les plantes aromatiques ou médicinales exhalent un entêtant parfum d'exotisme.La partie sud de l'île est restée verte et sauvage, avec ses réserves naturelles et ses paysages spectaculaires. Le luxuriant Parc national de Rivière Noire est non seulement le poumon vert de l'île, mais aussi son joyau le plus pur. Depuis le sommet d'une falaise haute de 825 mètres, j'admire une série de pics recouverts de verdure, ponctués de volcans éteints et de bouquets de forêts tropicales. Au fil des 60km de sentiers pédestres serpentant entre les papyrus, les tamarins et plus de 300 espèces végétales, dont beaucoup ne poussent qu'ici, je remarque l'abondance des oiseaux. S'y ajoutent des cerfs, des sangliers et des singes.On peut descendre à flanc de montagne, jusqu'à rivière Noire, district serti tel un joyau au fond d'un sombre écrin. Au moment de devoir choisir entre une randonnée aux 7 Cascades et la chute d'eau de Chamarel, j'opte pour cette dernière, qui se jette d'une hauteur de 83 mètres et jouxte un autre phénomène naturel, les Terres des 7 Couleurs. Ce sont le fer et l'aluminium contenus dans le sol, suite aux nombreuses éruptions volcaniques, qui donnent leur nom à ces terres. La nature n'est-elle pas l'artiste le plus prodigieux qui soit? Pour s'en convaincre, direction le Jardin de Pamplemousse. C'est le botaniste français, Pierre Poivre qui l'a planté voici trois cents ans, introduisant sur l'île une série de variétés nouvelles.Le nord de l'île, moins vallonné, regorge de champs de canne à sucre. Les rhumeries en font toujours grand usage. Je me rends dans celle de Chamarel, où l'on m'invite à faire une dégustation. Je me vois offrir un délicieux mojito avant de goûter des rhums arrangés, soit des rhums au goût de banane, de citron ou de café... Le thé fait aussi partie de mes boissons de prédilection. À Bois Chéri, je m'offre la visite de l'usine et du musée du thé, sans oublier un bon repas pour une délicieuse dégustation.D'adorables petits singes m'accueillent à Ganga Talao (le Grand Bassin), un lac de cratère. Une note de gaieté dans ce sanctuaire qui voit déferler, chaque année, des milliers d'Hindous. Il s'agit pour eux d'un des temples les plus importants hors des frontières de l'Inde. La légende veut que le dieu Shiva ait sorti du Gange un récipient rempli d'eau. Lors de son passage au-dessus de l'île Maurice, quelques gouttes s'en seraient échappées et auraient formé ce lac, considéré comme presque aussi sacré que le Gange lui-même. Le lac est entouré de pagodes, de petits temples et de statues représentant les principaux dieux hindous. Non loin de là, on découvre une sculpture de Shiva haute de 33 mètres, flanquée d'un lion hilare, à l'évidence imaginé par quelqu'un qui n'en avait jamais vu...L'océan indien déploie cinquante nuances de bleu. Je comprends pourquoi on dit ici "nou la mer, nou la trésor": la mer est notre trésor. Les vagues viennent se briser contre les récifs coralliens bordant l'île. Au nord se déploie la populaire Grande Baie, le Saint-Tropez mauricien, où se rendent de nombreuses célébrités. Les villages de pêcheurs sont nombreux, tels Grand Gaube et Cap Malheureux. La Pointe au Piments abrite de nombreuses tortues de mer, protégées par un récif corallien.Le Trou aux Biches est l'un des meilleurs endroits pour faire du snorkeling, avec Flic & Flac, la plus longue plage de l'île. Mais je préfère passer ma dernière journée à buller sur la plage du resort Lux Le Morne, avec vue imprenable sur la montagne légendaire. L'un des pêcheurs de l'hôtel remonte sous mes yeux des oursins que je déguste, ultra frais. Tandis que je fais glisser du sable entre mes orteils, allongée sur un transat, une coupe de champagne à la main, dans l'éclat du soleil couchant, je me dis que l'écrivain Mark Twain, qui pensait que Maurice a été créée en premier, le paradis après, avait bien raison.