Se ménager du temps à ne rien faire est devenu très compliqué. Je veux dire, vraiment ne rien faire. Même lorsqu'on a l'impression d'être oisif, on est en réalité toujours dans l'action, penché sur son smartphone, sur un livre, sur l'itinéraire de balade à suivre ou un problème à résoudre. Voilà la pensée qui m'assaille alors que je suis assis sur un rocher, face à une petite cascade qui rythme le cours paisible de la Lesse, quelque part dans la forêt près de Daverdisse. Cela fait dix minutes que je me laisse aller à la contemplation de l'eau, bercé par les clapotis, le bruissement des feuilles et le chant des oiseaux. Je ne fais rien... et cela fait un bien fou ! Je laisse encore mes pensées vagabonder quelques instants, avant qu'on ne vienne me rechercher. C'est que cette halte au bord de l'eau n'était qu'une étape de ma première séance de "sylvothérapie", aussi appelée "bain de forêt".

Née sous sa forme moderne au Japon, la sylvothérapie part du principe - en partie prouvé scientifiquement - que se promener dans les bois a un impact bénéfique sur notre santé mentale et physique (voir encadré). Mais pour en ressentir un maximum de bienfaits, estiment les aficionados des "bains de forêts", encore faut-il réapprendre l'art de la promenade, de se déconnecter pour mieux se reconnecter à soi, via la nature environnante. Ce genre de propos a généralement tendance à me braquer : j'ai toujours regardé d'un oeil circonspect les activités dans lesquelles on parlait d'énergie ou de reconnexion aux choses essentielles... J'y vois le plus souvent des croyances empreintes de superstition, pour ne pas dire du bla-bla à destination des plus crédules. Autant dire que mes aprioris étaient nombreux en rencontrant Patrice Deguelte, qui propose des "bains de forêt" depuis quelques mois dans les forêts d'Ardenne.

Quels bienfaits ?

A en croire les partisans de la sylvothérapie, la liste des bienfaits de la forêt sur l'organisme est longue. Si une promenade en milieu boisé ne peut pas faire de mal, il faut toutefois noter que certaines allégations sont scientifiquement infondées ou sont contestées : l'idée selon laquelle la forêt serait par exemple emplie d'ions négatifs et que ceux-ci auraient un impact positif sur la santé ne repose sur rien de concret. Tout n'est cependant pas faux :

  • Par rapport à celui des milieux urbains ou ruraux, l'air des milieux forestiers est plus riche en dioxygène, en huiles essentielles et en phytocides, des antibiotiques secrétés par la végétation pour se protéger des agressions bactériennes. A contrario, l'air ambiant y contient relativement moins d'aérosols polluants, captés par les mousses et les lichens, et de microbes.
  • La marche dans environnement calme et verdoyant pourrait entraîner une baisse du taux de cortisol dans l'organisme. Or, le cortisol est considéré comme l'une des principales hormones du stress.
  • Une étude japonaise menée auprès de 500 personnes laisse entendre que les promenades en forêt - et plus précisément sous la forme d'un "bain de forêt" - diminueraient les sentiments d'ennui ou de dépression, et doperaient au contraire ceux de bien-être et de vitalité.

Pas gourou, ni thérapeute

Au temps pour moi : l'homme n'a rien d'un "allumé" et la sylvothérapie ne se résume pas, comme beaucoup le croient, à câliner un tronc d'arbre. Aujourd'hui sommelier, Patrice Deguelte a eu un parcours de vie atypique : marcheur passionné, il a énormément bourlingué au cours de sa vie, se frottant à de nombreuses cultures à travers le monde. "On pourrait définir la sylvothérapie comme une marche méditative, ou plutôt une méditation marchée, explique-t-il d'emblée. Même si elle emprunte aux sagesses anciennes, je prends bien soin d'en ôter tout aspect religieux ou chamanique : je suis animateur en sylvothérapie, facilitateur si vous préférez, pas gourou ni thérapeute. La seule thérapeute ici, c'est la forêt !".

Nous débutons notre parcours en prenant une poignée d'humus odorant. "La forêt nous expose à des milliards de micro-organismes, des huiles essentielles en suspension dans l'air. Le simple fait de rentrer en contact avec eux est bénéfique, certains boostent l'immunité, d'autres ont un effet anti-dépresseur... Mais ce n'est pas tout : la forêt permet aussi de revenir à l'essentiel. Et l'essentiel, c'est ce que nous percevons."

Photo d'illustration

Forêt-miroir

Tout au long du chemin, l'animateur propose des ateliers pour redécouvrir nos différents sens, un à un. Il me suggère ainsi de fermer les yeux ou de simplement relever la tête : sans m'en rendre compte, comme à peu près tout le monde, j'ai tendance à regarder mes pieds en marchant. Lever les yeux vers la canopée tout en avançant donnerait presque un sentiment de douce ivresse... "Cela se rapproche un peu de la pleine conscience : grâce à la forêt, on oublie quelques instants ses problèmes et on reprend contact avec le ici et le maintenant. Quelque part, la forêt nous renvoie une image-miroir de nous-mêmes..."

La séance se termine par un contact avec un arbre, le fameux "câlin" avec lequel on caricature souvent la sylvothérapie. Pour certains, il s'agit là d'un moment d'intense émotion. De mon côté, je l'avoue, je ne me voyais pas enlacer un tronc : je me contente de m'installer contre lui, avec le corps et les mains. Un simple contact qui, combiné au reste de la séance, se révèle apaisant, à l'origine d'un agréable sentiment de bien-être. Pour Patrice Deguelte, trois balades guidées sont nécessaires avant de pouvoir se lancer seul dans les bains de forêt. Je ne suis pas sûr que j'irai jusque-là mais, à coup sûr, j'aborderai différemment ma prochaine promenade dans les bois !

Pratique

La commune de Tenneville développe actuellement un pôle de sylvothérapie, proposant plusieurs activités à destination de différents publics. Agenda disponible via lapage Facebook, lesite de la communeou au 061 61 30 10

Ecosophia Ardenne Sylvothérapie, Patrice Deguelte. www.ecoguide-sylvotherapie.com ou 084 31 36 00. Compter 20 € la séance.