Pour la petite histoire (très résumée), c'est en 1752 que le comte François-Philippe Franeau d'Hyon décida de démanteler l'ancienne forteresse médiévale afin de la remplacer par l'actuel château de plaisance de style néo-classique. Son fils, François-Ferdinand, chambellan à la cour de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, aménagea l'intérieur en style Louis XV. Les lieux accueillirent à plusieurs reprises la fille préférée de l'impératrice, l'archiduchesse Marie-Christine (1742-1798), gouvernante des Pays-Bas autrichiens, qui venait assister à des parties de chasse.

Une chapelle médiévale

La visite du château commence par le hall d'entrée où un petit oratoire se dissimule dans une armoire en arrondi. "Probablement la pierre de l'autel était-elle déjà à cet endroit du temps du château fort car, à l'époque, c'était un sacrilège de démolir des lieux consacrés. Cette chapelle n'a jamais été désacralisée. On a d'ailleurs baptisé nos petits-enfants ici", raconte la propriétaire des lieux, Bénédicte De Meester qui réside au château d'Attre depuis son mariage, il y a 50 ans, avec Baudouin De Meester.

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Salons et chambre

Au rythme du craquement du parquet multicentenaire, nos pas nous mènent au "salon des Archiducs". Accroché au mur, un portrait de Marie-Thérèse d'Autriche, mère de 16 enfants nés d'un mariage d'amour, fait rare à l'époque... La pièce est recouverte des premiers papiers peints à la planche selon une technique d'assemblage de feuilles carrées. Le parquet constitue d'ailleurs aussi un puzzle à lui seul ! Les décorations murales, les chaises, la table bouillote, les assiettes en porcelaine de Tournai ou encore deux meubles, offerts en cadeau par Marie-Christine lorsqu'elle venait séjourner au château... Tout est là depuis plus de 250 ans ! Juste à côté, le "salon chinois" aux murs couverts de soies importées d'Asie. Magnifique ! Comme dans les autres pièces du château, on retrouve les tissus du mobilier assortis au mur. Au sol, le parquet en trois bois différents donne une impression de 3D. Plus loin, dans le "grand salon" du château, notre regard ne peut que se tourner vers les murs et le plafond décorés d'extraordinaires stucs représentant des plantes et des animaux. On se glisse ensuite dans la chambre, au décor assez féminin, de Marie-Christine : son portrait au mur, son lit dans une alcôve, des grands vases à parfum et un boudoir... "Le château est toujours resté dans la même famille, ce qui explique l'excellente conservation des meubles et de la décoration !"

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Le promontoire de chasse

Nous poursuivons la visite dans le parc paysager anglais de 17 hectares avec Baudouin De Meester (né dans ce château !) pour aller découvrir le promontoire de chasse, créé en 1788, en l'honneur de l'archiduchesse. C'est un chemin longeant un colombier du XVIIe siècle et la Dendre qui nous emmène dans les bois où on emprunte un petit tunnel pour arriver dans une sorte de cratère. "On est à l'époque de la découverte des ruines de Pompéi ; les volcans fascinent, d'où cette architecture des lieux. C'est en tout cas une hypothèse..." Cet immense rocher artificiel, colonisé par la végétation, a aussi pu servir de lieu initiatique à la franc-maçonnerie, selon des historiens. "Il aura fallu huit ans pour empiler tous ces blocs et réaliser ce promontoire de 33m de haut à partir du niveau de l'étang. Un travail de fous !" Le rocher d'une taille unique en Europe, comprend quatre couloirs souterrains en tournant, donc volontairement noirs, pour créer une intrigue... Défi réussi ! En période de chasse, l'archiduchesse Marie-Christine se rendait donc à cet observatoire. "Il se dit que des lapins blancs étaient discrètement lâchés au pied du promontoire afin de s'assurer que l'archiduchesse aperçoive du gibier!"

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Un air de Pairi Daiza

On quitte ce bel écrin de verdure, classé jardin exceptionnel de Wallonie, et le château, monument exceptionnel de Wallonie, par un petit pont et quatre colonnes provenant de la toute proche ancienne abbaye de Cambron, autour de laquelle s'est développé Pairi Daiza. En effet, au décès de François-Ferdinand, le château d'Attre est passé aux mains de sa soeur qui a épousé Constant Duval de Beaulieu. Cette famille, propriétaire de l'abbaye, construisit là, en 1852, un château semblable à celui d'Attre. Il sera réhabilité en aquarium géant lors de la création du parc animalier en 1994 par Eric Domb.

Château d'Attre, 8 avenue du Château, 7941 Attre. Prix : 7,50 €. Infos et réservations : 068 45 44 60. Exposition "Impression de P'art Être au Siècle des Lumières". Jusqu'au 25/8.https://www.visitwapi.be/expo-impression-de-part-etre-au-siecle-des-lumieres#

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