" Oh, by the way... " Au moment de remettre les clés, l'air de rien, le réceptionniste de l'hôtel précise négligemment qu'une des chambres est hantée. Pas de quoi s'inquiéter, ajoute-t-il immédiatement devant nos yeux ronds : le spectre, celui d'une " fille-mère " cloîtrée dans sa chambre par des parents richissimes, n'a jamais fait de mal à personne et serait plutôt bienveillant. Sur les carreaux de ladite chambre, on trouve encore les mots de désespoir laissés par la demoiselle du XIXe siècle, gravés dans le verre à l'aide du diamant de sa bague. Nous arrivons à peine et, déjà, le ton est donné : les Midlands, en plein centre de l'Angleterre, sont terres de légendes toujours bien vivantes. Durant notre séjour, du chauffeur de taxi à l'hôtelier, en passant par les tenanciers de pub, chacun ira de sa petite anecdote. Et, loin de jouer les incrédules, on aura presque toujours envie de les croire sur parole ! C'est que le décorum des Midlands se prête particulièrement bien à cette atmosphère chargée de mystère.
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" Oh, by the way... " Au moment de remettre les clés, l'air de rien, le réceptionniste de l'hôtel précise négligemment qu'une des chambres est hantée. Pas de quoi s'inquiéter, ajoute-t-il immédiatement devant nos yeux ronds : le spectre, celui d'une " fille-mère " cloîtrée dans sa chambre par des parents richissimes, n'a jamais fait de mal à personne et serait plutôt bienveillant. Sur les carreaux de ladite chambre, on trouve encore les mots de désespoir laissés par la demoiselle du XIXe siècle, gravés dans le verre à l'aide du diamant de sa bague. Nous arrivons à peine et, déjà, le ton est donné : les Midlands, en plein centre de l'Angleterre, sont terres de légendes toujours bien vivantes. Durant notre séjour, du chauffeur de taxi à l'hôtelier, en passant par les tenanciers de pub, chacun ira de sa petite anecdote. Et, loin de jouer les incrédules, on aura presque toujours envie de les croire sur parole ! C'est que le décorum des Midlands se prête particulièrement bien à cette atmosphère chargée de mystère.Nous quittons l'hôtel au milieu des landes à moutons, sur lesquelles courent des kilomètres de murs en pierres sèches. Ci et là, quelques bouquets d'arbres, aux branches tortueuses et trempées par la bruine, abritent des tapis de perce-neige. Notre guide Janette nous emmène à Dovedale, " l'un des sites naturels préférés des Anglais ", fréquenté par les romantiques depuis l'époque victorienne. Difficile de ne pas être charmé par ces falaises perdues dans la brume, encadrant la rivière Dove. Le paysage a quelque chose de familier, ce qui n'a rien d'anormal : il est régulièrement employé comme cadre pour des films historiques (Robin Hood, Jane Eyre, Deux soeurs pour un roi...).Mais le grandiose est pour après : nous rejoignons le Peak District, le plus ancien parc national anglais. Avec sa végétation d'un vert presque noir et ses roches tout aussi sombres, le bien nommé Black Peak domine les bruyères et offre au marcheur une vue à couper le souffle. Ici, pas de balises, ni de sentiers, rien que la nature : on se repère aux collines, aux cours d'eau en contrebas... ou au GPS. A moins d'être familier des parcours d'orientation, mieux vaut donc se faire accompagner pour ne pas se perdre ! Durant notre randonnée, nous n'avons pas rencontré âme qui vive, si ce n'est quelques béliers silencieux. Selon la légende, Robin des Bois se serait caché là, dans une caverne à flanc de falaise, afin de voir arriver ses ennemis de loin. Il va falloir s'y habituer : nous sommes à proximité de la forêt de Sherwood et de Nottingham. L'homme aux collants verts est la star locale et il est décliné à toutes les sauces ! (voir encadré)Le visage rougi par le vent piquant, nous nous arrêtons brièvement dans une auberge so British (le propriétaire-dandy est affublé d'un costume de tweed à la coupe impeccable... et égayé d'un foulard fluo pour chien), avant de nous rendre à l'ancienne gare d'Hassop. Il s'agit du point de départ du Monsal Trail, un chemin de fer désaffecté et transformé en piste cyclable. Sur des kilomètres, celle-ci se déroule à travers des paysages bucoliques. A dire vrai, la région entière regorge de panoramas photogéniques. Lors de notre transfert vers Nottingham, nous voyons au loin Chatsworth House, château baroque qui n'est pas sans rappeler celui de la série Downton Abbey et dans lequel plusieurs scènes du film The Duchess ont été tournées. Pour la petite histoire, il aurait également inspiré Jane Austen pour l'écriture de son roman Orgueil et préjugés. Pas le temps de nous y arrêter, malheureusement, mais nous faisons une halte un peu plus loin, à Haddon Hall : toujours occupé par la famille du Duc de Rutland, ce manoir du XVIe siècle mélange les styles dans un joyeux capharnaüm architectural. Il est aussi empli d'histoires tragiques, de récits de fêtes décadentes, bien loin de la sérénité qui se dégage de son jardin assoupi par l'hiver.A l'opposé des ors de la noblesse, notre visite de Nottingham débute par les culs-de-basse-fosse et les geôles de l'ancien palais de justice. Après un simulacre de procès, nous voici emprisonnés et emmenés au XVIII et XIXe siècle, époque où de nombreux vagabonds et repris de justice furent incarcérés ici avant d'être déportés en Australie, alors pénitencier à ciel ouvert. Face aux acteurs (doués) qui jouent le rôle du juge, du shérif et des geôlières, difficile de ne pas esquisser un sourire, mais l'émotion finit par poindre. Comment ne pas plaindre ces condamnés, parfois enfants, dont la seule trace se limite souvent à un nom écrit sur un mur ? Nous quittons le parcours de ces infortunés à leur arrivée dans les colonies australiennes, pour sortir du musée et revenir dans le Nottingham contemporain.Enfin, pas si contemporain que cela... Nous terminons notre périple dans Ye Olde trip to Jerusalem, le plus vieux pub d'Angleterre, en service depuis 1189. A moitié bâti, à moitié creusé dans la roche, l'établissement bas de plafond laisse entrevoir un dédale de salles. Dans l'une d'elle, une vieille maquette de galion mise sous verre attire toutes les attentions : couverte de poussière, elle serait maudite et condamnerait à une mort certaine quiconque oserait l'épousseter. Plutôt que de faire le ménage, nous préférons donc nous concentrer sur notre pinte de brown ale. Avec toutes ces histoires incroyables entendues durant notre séjour, un peu de prudence s'impose !