28/02/15 à 16:15 - Mise à jour à 16:15

Le choc du granny chic

C'est une vraie tendance. Des femmes âgées, voire très âgées, à la maturité assumée, posent pour des publicités dans le secteur du luxe. Posent pour les travaux personnels de très grands photographes. Posent pour des séries de mode dans des magazines branchés. Posent pour des blogs de mode hyper pointus. L'âge devient sublime, oeuvre d'art.

Le choc du granny chic

Tout le monde dit, écrit : c'est fantastique, on reconnaît enfin la beauté de ces femmes, l'âge devient montrable. Bancable même, puisque la publicité est là pour vendre. On dit encore: la société évolue. On s'en félicite.

Victoire ?

Ce serait une victoire, en effet, si ces femmes - car il s'agit essentiellement de femmes -, cheveux blancs, rides profondément creusées, lourdes poches sous les yeux n'offraient pas une image complètement caricaturale. Ou, au contraire, n'étaient pas outrageusement photoshoppées. La véritable avancée serait que l'âge soit perçu comme " normal ", " banal " dans le monde de la mode et que les plus de 50 ans ne soient pas brandis comme des gadgets. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Après le " porno chic " qui a trusté toutes les photos de mode, et, usé, ne choque plus personne, voilà le " granny chic ". Les plus blasés arrêtent encore leur regard sur ces photos inhabituelles dont, ne nous leurrons pas, l'objectif n'est pas de séduire les contemporains de ces modèles, mais un public jeune qui se montre sensible à la transgression, dans ce cas précis, des canons de la beauté. Raison pour laquelle d'ailleurs, les mannequins les plus en vue aujourd'hui ont une physionomie dérangeante. Visage d'alien, corps amputé, peau noire mouchetée de vitiligo. N'allez surtout pas voir la trace d'un quelconque idéalisme là où il s'agit de susciter une émotion destinée à entraîner l'acte d'achat.

L'âge est donc à la mode dans le monde de la mode. Ce serait bien si, dans les articles portant le " granny chic " au pinacle, les commentateurs s'abstenaient de parler des mannequins en des termes condescendants - des " mémés " - qu'ils ne se permettraient plus aujourd'hui pour aucune autre communauté.

Mais cette tendance aura au moins eu le mérite d'attirer l'attention sur le fait que la beauté et le charisme n'ont pas d'âge. Et peut-être demain verra-t-on des publicités où des mannequins de 70 ans vanteront " normalement " les mérites d'une voiture ou d'une poudre à lessiver sans que personne ne songe à relever leur âge.

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