Bijoux: ce qu'ils disent de vous

03/01/18 à 13:18 - Mise à jour à 13:18

Colliers, bracelets, boucles d'oreilles, montres et bagues, bien sûr, ne sont pas des objets comme les autres. Comment optimiser leur potentiel émotionnel, affectif, voire existentiel? 6 témoignages de nos lecteurs et décodage de nos experts.

Bijoux: ce qu'ils disent de vous

© Getty Images/iStockphoto

Nous les portons au quotidien ou pour les grandes occasions. Nous les avons choisis avec bonheur ou reçus en cadeau, et nous les transmettons. Avec leur valeur et leur secret.

Certains sont achetés par coquetterie et nous nous y attachons. D'autres nous sont offerts par des êtres chers ou sont transmis de génération en génération et nous accompagnent intimement, dans un peau à peau qui leur donne leur statut si particulier.

"Ils véhiculent finalement toujours quelque chose de la personne qui les a portés. Ils incarnent une histoire, ils font et défont les liens", analyse la psychanalyste Catherine Bergeret-Amselek. D'où les passions qu'ils peuvent déclencher, outre leur beauté qui aiguise la fascination et l'envie.

"Leur importance serait ainsi inversement proportionnelle à leur taille, leur poids et parfois même leur valeur marchande, reconnaît aussi la psychothérapeute Edmée Gaubert. Et il ne faut pas sous-estimer leur pouvoir."

"La montre se transmet de père en fils"

"Mon père m'a offert une très belle montre pour mon bac, que j'ai donnée à mon fils quand il est devenu père. Cela s'est passé à la maternité où je suis venu découvrir ma première petite-fille. Nous étions tous très émus." Georges, 61 ans

Décodage: Les montres font partie des rares bijoux transmis par les hommes.

"Elles peuvent symboliser un maillon de la masculinité, une sorte de passation de pouvoir. Ce qui est beau, dans l'histoire de Georges, c'est la dynamique transgénérationnelle. La montre destinée à mesurer le temps qui passe s'inscrit dans la génération à venir, comme pour mieux redonner vie à ce temps perdu", explique Catherine Bergeret-Amselek.

Le moment était donc particulièrement bien trouvé pour Georges et son fils. C'est aussi lui qui augmente la valeur de cette montre et il faudrait toujours le choisir avec soin pour réussir la transmission.

"Cette chaîne fait partie de moi"

"Je garde toujours avec moi cette chaîne discrète. Elle m'a été offerte par mon premier amoureux dont je garde un beau souvenir. Je n'ai jamais pu m'en séparer, même si par la suite j'ai aimé d'autres hommes." Isabelle, 58 ans

Décodage: Pour Isabelle, garder toujours ce bijou semble être une manière de vivre en harmonie avec toutes les étapes de sa vie amoureuse, et de préserver une certaine liberté. "Pourquoi pas, si le contact apporte de la douceur, de la joie et ne gêne pas le vécu des autres histoires d'amour", selon Edmée Gaubert.

"Le partage n'a pas été facile"

"Après un cambriolage qui a heureusement épargné mes bijoux, j'ai fini par faire le partage. Mais cela n'a pas été facile, l'une de mes filles s'étant sentie lésée. Je lui ai dit que la valeur des siens était équivalente aux autres et surtout que l'un des bijoux avait beaucoup compté pour moi. Cette parole a semblé l'apaiser." Monique, 67 ans

Décodage:"Aucune solution de partage n'est idéale et il est difficile d'éviter les tensions car l'héritage fait ressurgir des douleurs passées, des doutes sur le lien filial", reconnaît Catherine Bergeret-Amselek. Monique a su rassurer sa fille sur ce point et c'est ce que nous devrions faire avant tout au moment de la transmission. Les mots comptent plus que les objets, et l'histoire d'un bijou est toujours très importante à transmettre.

"Ce bracelet est mon porte-bonheur"

"J'ai acheté ce jonc en or avec mon premier salaire. Il a symbolisé la prise de mon indépendance et l'accès à une vie professionnelle passionnante. Quand je le porte, il me donne du courage en cas d'épreuve ou de challenge et je me sens perdue si je l'oublie ou pense l'avoir égaré." Victoire, 60 ans

Décodage: Les talismans sont souvent des bijoux et Victoire s'est inventé le sien. Il semble avoir pour elle un pouvoir protecteur et nous sommes nombreux à avoir ce genre de pensées. "C'est bien... tant qu'elles nous aident et ne nous rendent pas dépendants de leur support", prévient Edmée Gaubert. Victoire pourrait aussi réfléchir aux atouts qui sont en elle pour se sentir forte en toutes circonstances, avec ou sans son bracelet, et sans renoncer au plaisir de porter celui-ci.

"Le gage d'un avenir meilleur"

"Mon plus beau bijou, je l'ai donné à ma belle-fille à la naissance de son premier enfant. Pour ma part, je n'ai jamais été accueillie dans ma belle-famille et après mon divorce, il ne m'en est rien resté, pas même la bague de fiançailles que j'ai dû rendre. J'ai voulu parier sur un autre avenir pour mon fils en gâtant sa femme." Hélène, 72 ans.

Décodage: "Quelle belle marque de confiance et d'engagement de la part d'Hélène", reconnaît Catherine Bergeret-Amselek. Un don scelle toujours un lien qui peut, comme ici, renforcer la cohésion familiale." Toutefois, l'avenir appartient à son fil et sa belle-fille. Un bijou ne peut pas tout, surtout pour celui qui le reçoit. Mais le don pourrait bien avoir eu un pouvoir libérateur pour Hélène qui rompt ainsi avec un passé difficile.

"C'est ma petite-fille qui porte la bague"

"J'ai hérité trop tôt de la bague de fiançailles de ma mère, quand elle est décédée alors que j'avais 11 ans. Je n'ai jamais pu la porter. Et n'ayant eu que des garçons, j'ai eu grand plaisir à offrir récemment ce bijou de valeur à ma petite-fille pour ses 20 ans." Martine, 70 ans.

Décodage: L'histoire d'un bijou est parfois trop lourde à porter dans tous les sens du terme. "Cette difficulté signale que le deuil n'est pas vraiment fait ou que le sentiment de culpabilité reste trop fort. Il faut souvent du temps pour s'approprier un tel objet, analyse Catherine Bergeret-Amselek. Dans ce cas, autant le donner pour lui conférer une autre histoire plus heureuse. Et Martine semblant satisfaite de cette passation, il est probable que sa petite-fille vive bien ce don aussi." En cas de gêne durable, il n'est pas rare que les personnes imaginent une sorte de rituel, "par exemple en les trempant dans de l'eau salée, comme si elles cherchaient à purifier l'objet", rapporte aussi Edmée Gaubert. Après tout, l'essentiel n'est-il pas de se sentir bien avec un bijou?

Auteur : Sophie Viguier-Vinson (NT-F.COM)

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