Cystite : une infection douloureuse mais bénigne

12/03/11 à 00:00 - Mise à jour à 00:00

La cystite aiguë est une infection urinaire particulièrement courante, qui touche essentiellement les femmes. Pourquoi survient-elle, et comment la soigner ? Et surtout, peut-on la prévenir ?

On estime qu'une femme sur deux souffre d'une cystite au moins une fois dans sa vie... Et parmi celles-ci, la moitié risque de connaître des récidives.

" Les deux principaux symptômes de la cystite sont : besoin fréquent d'uriner et sensation de brûlure pendant la miction, explique le Dr Luc Coppens, urologue au CHU de Liège. Les urines peuvent aussi être troubles. Parfois, on y constate la présence de sang. Ce symptôme inquiétant est le signe d'un état inflammatoire plus marqué, à prendre en compte. "

Le plus souvent, le responsable de l'infection est une bactérie : la bactérie Escherichia coli.

Ces bactéries pathogènes sont issues des intestins. Comment arrivent-elles jusqu'à la vessie ? " Hypothèse prédominante : de l'infection ascendante, par la contamination de la région proche de l'anus, et l'ascension puis la colonisation de l'urètre (canal d'écoulement des urines). "

Un écosystème à préserver

" Certaines personnes sont des hôtes particulièrement accueillants pour les microbes responsables des infections, parce qu'elles sont mal armées pour se défendreSi une hygiène médiocre apporte beaucoup de microbes pathogènes, une hygiène exagérée (savons et gels douche agressifs, douches intimes répétées) peut également perturber l'acidité et fragiliser les colonies de microbes sains. Par ailleurs, le diabète et certains antibiotiques détruisent aussi cet équilibre.

Il y a aussi des paramètres hormonaux. Certaines pilules contraceptives, ainsi que l'approche de la ménopause, en diminuant l'apport en oestrogènes, modifient l'équilibre local et fragilisent la flore bénéfique. Or les cellules du vagin, les tissus de l'urètre et du plancher de la vessie sont dépendants des effets bénéfiques de cette hormone.

La constipation favorise la pullulation des microbes pathogènes dans l'intestin et leur diffusion.

Quelques conseils

Il est bon de prendre de bonnes habitudes :

  • boire abondamment (1,5 à 2l/jour) pour un lavage optimal de la vessie
  • éviter la constipation, qui augmente le risque de cystite
  • aux toilettes, s'essuyer d'avant en arrière pour ne pas ramener de bactéries pathogènes vers l'urètre
  • les rapports sexuels favorisent les infections urinaires : après un rapport, aller uriner pour vidanger la vessie et l'urètre
  • l'hygiène : oui, mais pas trop. Eviter l'usage vaginal de savon agressifs et la multiplication des douches vaginales.

Les " fausses " cystites

Il arrive que les symptômes de la cystite soient présents, sans qu'il y ait toutefois de cystite. " Il y a par exemple la cystalgie à urine claire, qui ressemble à la cystite, mais il n'y a pas de microbes présents. C'est un état pseudo-infectieux, qui répondra à d'autres types de traitements, comme les anti-inflammatoires."

La cystite interstitielle est une inflammation chronique de la vessie, rebelle aux traitements classiques. " Elle peut être douloureuse au point de réduire la contenance de la vessie. "

Par ailleurs, la cystocèle mime aussi les symptômes de la cystite. Mais il s'agit d'une descente d'organe. " Avec la ménopause, les tissus de soutien de la vessie se détendent, et elle descend dans le vagin. On ressent une pesanteur, une envie d'uriner. " Le traitement consistera en une rééducation du périnée, et parfois, en un acte chirurgical.

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?

Chez la femme, l'urètre mesure environ 4cm. La distance entre l'anus, où se trouvent les bactéries pathogènes, et la vessie est donc courte, ce qui facilite le trajet des bactéries vers la vessie.

Chez l'homme, la distance entre l'anus et l'orifice du gland est d'environ 16 cm. La cystite est donc plus rare chez l'homme, où elle est susceptible de conduire à une inflammation de la prostate, infection plus sérieuse (risque de septicémie) et se soigne par antibiotiques de façon plus intensive.

Un traitement efficace

La cystite se diagnostique et se soigne facilement, mais encore faut-il consulter son généraliste...

Certaines femmes peuvent souffrir de cystite à quelques semaines ou quelques mois d'intervalle. Au-delà de trois épisodes par an, on parle de cystite récidivante. " Ces femmes apprennent à reconnaître très tôt les premiers signes de l'infection, affirme le Dr Coppens. Ce sont des besoins d'uriner fréquents, une sensation de pesanteur dans le bas-ventre, etc. On peut parfois stopper la cystite par le simple fait d'augmenter de façon significative la quantité de boisson, ce qui entraîne un " nettoyage " de la vessie. De toute façon, en cas de récidive, il faut consulter un urologue. "

Si on la laisse évoluer ou si on la néglige, la cystite évolue vers la pyélonéphrite. " C'est un état inflammatoire généralisé à tout ou partie du système urinaire, car l'urine infectée aura reflué vers le rein. C'est une complication sérieuse de la cystite. La patiente a alors de la température, ce qui n'est pas le cas pour une simple cystite, et peut se plaindre de douleurs abdominales et lombaires. " Un traitement antibiotique approprié sera mis en place rapidement. L'hospitalisation est parfois nécessaire.

Des hormones pour agir en profondeur

Après un bilan gynécologique préalable qui permet d'exclure les contre-indications, on peut faire remonter le taux d'oestrogènes constaté à la ménopause par le biais d'une supplémentation, soit par voie vaginale, soit par voie générale. " Il faut toutefois régulièrement attendre 6 à 8 semaines avant de commencer à ressentir les effets bénéfiques du traitement, précise le Dr Coppens. Le gynécologue précisera les modalités de traitement. Cette substitution apporte une amélioration à long terme en rétablissant l'équilibre vaginal, et par son effet bénéfique sur l'urètre et le col de la vessie. "

La canneberge en prévention

Boire du jus de canneberge (cranberry) pour éviter les cystites ? Ce n'est pas qu'un remède de grand-mère. " Les tanins de la canneberge, éliminés en grande quantité dans les urines, empêchent les bactéries d'adhérer à la paroi de la vessie, explique le Dr Coppens. Cet effet préventif a fait l'objet d'études probantes. On trouve du jus de canneberge dans les grandes surfaces. Il faut en boire 300 ou 400 ml/jour. Mais ce jus est sucré : à prendre en compte par les diabétiques". On trouve aussi de la canneberge en gélules, en pharmacie.

Un coup de pouce à l'immunité

Un vaccin oral a été développé à partir d'extraits d'antigènes de souches d'Escherichia Coli (microbe le plus souvent impliqué), et proposé avec un succès variable en cures de 3 mois, à répéter si le bénéfice est démontré.


Nos partenaires