10 questions sur la tendinite

01/07/15 à 07:16 - Mise à jour à 07:16

Une tendinite est une inflammation douloureuse d'un tendon. Le professeur Franky Steenbrugge répond à nos questions sur ce problème parfois bien persistant.

1. Qu'est-ce qu'une tendinite ?

10 questions sur la tendinite

© Getty Images/iStockphoto

Pr Franky Steenbrugge, chirurgien orthopédiste : Une tendinite ou inflammation du tendon est une réaction chimique due à l'irritation ou à l'endommagement d'un tendon. L'altération cellulaire suscite des réactions en chaîne qui finissent par causer la formation de prostaglandines. Ceci s'accompagne d'un afflux sanguin (hyperhémie) à l'intérieur du tendon et la quantité d'eau présente dans les tissus augmente aussi (exsudation). Les globules blancs interviennent (infiltrations via les leucocytes) pour tenter de pousser les tissus à se régénérer (prolifération de fibroblastes).

L'oedème qui caractérise la tendinite et la présence de prostaglandines peuvent causer de fortes douleurs, tout simplement parce qu'ils stimulent les récepteurs locaux de la douleur.

La majorité des tendinites concernent les mains et les coudes, le fameux 'tennis ou golf elbow' mais aussi les épaules, les genoux (tendinite patellaire) et les talons (tendinite du tendon d'achille).

2. Quels sont les symptômes ?

Pr F.S. : Les différentes phases que je viens d'évoquer conduisent à un gonflement, un échauffement, une rougeur locale et à de la douleur. Lorsque les lésions sont irréversibles, on parle de tendinite chronique. L'afflux sanguin et la poche d'eau provoquent un oedème, mais bien souvent aussi une rougeur locale et un échauffement. L'augmentation de l'activité cellulaire chauffe également les tissus. La douleur pousse à moins utiliser son coude ou son poignet.

3. Quelle est la cause d'une tendinite ?

Pr F.S. : Des mouvements répétés, pas forcément intensifs, sont en général à l'origine de la tendinite. Un employé de bureau, par exemple, qui se met à bricoler avec un peu trop d'enthousiasme est le candidat idéal. La tendinite survient parce que les tendons n'ont pas eu le temps de s'habituer à des mouvements nouveaux pour eux. Elle peut aussi être causée par le frottement d'un tendon contre une structure osseuse, ce qui endommage les tissus. Une excroissance osseuse, ou ostéophyte, due à l'arthrose peut aussi expliquer le problème, par exemple dans le cas d'une épine calcanéenne.

4. Comment le médecin pose-t-il son diagnostic ?

Pr F.S.: Il écoute la description que lui fait le patient de ses douleurs. Il passe ensuite à l'examen clinique et à des tests spécifiques pour les divers tendons. On peut y ajouter d'autres examens, plus techniques, tels qu'une radiographie ou une échographie. Plus rarement, on prescrit une IRM (imagerie par résonance magnétique), une prise de sang ou un scanner des os, afin d'affiner le diagnostic, d'exclure une série d'autres problèmes ou de déterminer l'étendue de la lésion.

5. Comment prévenir la tendinite ?

Pr F.S. : Je conseille de ménager ses tendons, de limiter les mouvements intenses ou répétitifs auxquels on n'est pas accoutumé. Il ne faut pas s'adonner sans modération à un travail manuel ou un sport qui exige des mouvements inhabituels. Mieux vaut s'y habituer progressivement. On peut aussi utiliser des accessoires ergonomiques, comme un coussinet spécial pour les poignets. Une attelle, qui immobilise le tendon, peut être utile. Il existe des bandages qui soulagent les tendons (en particulier ceux du genou et du coude) en réduisant la pression ou la charge, mais il faut les serrer fort, ce qui peut être inconfortable.

6. Que peut-on faire pour limiter la douleur ?

Pr F.S. : Dès que vous soupçonnez une tendinite, cessez tout mouvement répétitif et réduisez la pression exercée sur le tendon. Laissez le membre douloureux au repos, réduisez le gonflement et la sensation de chaleur en appliquant de la glace et surélevez légèrement le bras ou la jambe concernée. Prenez du paracétamol, un antidouleur efficace et en vente libre. Il existe des médicaments plus puissants ' anti-inflammatoires ' mais ils ne sont délivrés que sur ordonnance.

7. Comment le médecin généraliste traite-t-il une tendinite ?

Pr F.S. : Une fois le diagnostic posé, le médecin s'efforce de freiner le processus d'inflammation en prescrivant des anti-inflammatoires. Ce sont des médicaments qui agissent sur la chaîne de symptômes et tentent de ralentir la formation des prostaglandines, afin de permettre aux tissus de se régénérer. Le médecin prescrit parfois aussi une injection locale à base de cortisone, connue pour son action anti-inflammatoire. Un traitement qui n'est pas anodin et doit être suivi de très près. A noter que le tendon d'achille supporte difficilement ce genre d'infiltration.

Quelques séances de kinésithérapie peuvent aider. Les massages réduisent l'oedème et conservent sa souplesse à l'articulation. D'une manière générale, l'association de plusieurs traitements donnera les meilleurs résultats. Mais il faut parfois attendre plusieurs semaines avant de constater une réelle amélioration...

8. Quels sont les traitements que le spécialiste peut envisager ?

Pr F.S. : Il doit tout d'abord poser, lui aussi, un diagnostic, vérifier ce qui a déjà été fait et ce qui reste à tenter. Par exemple, des infiltrations à la cortisone. On prescrit parfois un traitement par ondes de choc : les tissus du tendon sont soumis à des ultrasons au cours de trois séances, généralement réparties sur quelques semaines. Cela provoque une réaction des tissus et le tendon se renforce. Cette technique non invasive se révèle efficace dans la grande majorité des cas. Certains patients sont néanmoins déçus des résultats... Attention, les médicaments, la kinésithérapie et les ondes de choc ont également un prix !

9. Et si rien de tout cela n'apporte un soulagement ?

Pr F.S. : Si on n'enregistre aucun résultat suffisant, on peut envisager une intervention chirurgicale. La localisation du tendon détermine le type d'opération. Nous essayons avant tout de régénérer les tissus : autrement dit, de pousser l'organisme à fabriquer des tissus neufs et sains. Cette technique porte le nom de scarification. On en profite aussi pour éliminer toute éventuelle excroissance osseuse.

10. L'opération chirurgicale est-elle lourde ?

Pr F.S. : Non, elle se pratique en ambulatoire. Après l'opération, je conseille de ne pas trop immobiliser le membre. Personnellement, j'évite de plâtrer (risque de rigidification). Certains médecins conseillent une attelle, pourquoi pas ? Le processus de guérison dure environ six semaines. Le patient pourra en profiter pour suivre une revalidation (bien encadrée) et retrouver le plein usage de son tendon.

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