Société
Les programmes télé qui cartonnent ? Les émissions de cuisine. Jamais on n'a vu autant de programmes télévisés consacrés à la gastronomie. Comment expliquer un tel engouement ?
Je suis un maximum d'émissions de cuisine pour me perfectionner », raconte Rosette Ghyselinck, une lectrice, sur notre forum. «Assez, supplie en revanche Emma Donni. Ceux qui ne savent pas cuisiner n'y arriveront pas plus avec toutes ces émissions... »
Les avis concernant les émissions de cuisine sont assez contrastés (*), mais la vague gastromique qui déferle sur les écrans est impressionnante. Début octobre, on comptait sur les seules chaînes francophones pas moins de 42 diffusions d'émissions spécialisées sur une semaine. Sans parler des best-sellers en librairie, au premier rang desquels Macaron de Pierre Hermé, Scook, cuisine pour recevoir et Scook n°2, cuisine pour tous les jours (source Fnac).
Nous sommes de plus en plus nombreux à nous passionner pour la gastronomie, un hobby pour lequel nous sommes prêts à donner temps et argent. « L'explication est presque freudienne, assure Paul De Boeck, professeur de psychologie et lui-même grand amateur de cuisine. Cuisiner, c'est associer l' Arbeiten (le travail) et le Lieben (l'amour) de Sigmund Freud. On crée pour offrir à l'autre. Un échange chargé de lien social (manger est un acte qu'on fait à plusieurs) et de processus conscients et inconscients. La cuisine exige organisation, concentration, discipline et patience. C'est aussi une occupation créative. »
Une explication qui s'applique sans doute à nombre de nos hobbys... Mais alors pourquoi les programmes télé consacrés à la sculpture ou à la photo sont-ils nettement moins nombreux ? « Parce que la cuisine va plus loin, répond le psychologue. Aujourd'hui, on ne cuisine plus pour répondre à un besoin fondamental mais pour apporter du plaisir. »
FILIP DE MAN, 57 ANS, CUISINIER AMATEUR, ACHèVE SA FORMATION  « Mon projet ? Ouvrir un restaurant privé sur une péniche »Je n'aurais jamais pensé me lancer dans une nouvelle carrière... C'est pourtant sur le point de se réaliser, raconte Filip Deman, 57 ans. Je suis analyste des marchés chez C&A et, dans notre entreprise, les cadres prennent leur pension à 60 ans. Je projette donc de déménager et d'habiter sur une péniche. Je pourrai associer mes deux passions : la navigation et la gastronomie. Je compte accueillir, sur rendez-vous, des clients qui goûteront ma cuisine. Mais je veux que cela reste un plaisir et ce sera donc un projet à petite échelle. Après mon divorce, j'ai dû cuisiner pour mes deux filles et mon fils. J'ai commencé avec un livre de recettes basique. J'y ai pris beaucoup de plaisir et je me suis lancé dans des plats plus élaborés. Finalement, je me suis inscrit, avec mon fils, au cours d'Elishout à Anderlecht. En février, je serai diplômé. Je suis le seul étudiant à suivre un stage. Le samedi, je travaille dans un restaurant du Marché aux Poissons, à Bruxelles. Le dimanche, je cuisine pour ma famille et mes amis, soit 8 à 10 convives. Mon plus grand progrès ? Etre capable d'anticiper la saveur de mes plats : je sais à l'avance quelles associations seront réussies ou pas. |
Je cuisine, et les gens m'apprécient !
« Quand Kim Clijsters remporte un match de tennis, on l'admire et on la félicite mais elle ne nous donne rien de tangible, explique Paul De Boeck. Tandis que celui qui mitonne un bon plat offre une part de lui-même, ce qui lui vaut louanges et admiration. C'est une façon d'acheter l'amour et le respect des autres. Qui n'aime pas être apprécié ? C'est le but de chaque être humain...
En outre, en temps de crise, nous voulons de la chaleur et du lien social. La cuisine permet mieux que tout autre hobby d'échapper à l'isolement. Je conseille d'ailleurs aux personnes seules de s'inscrire dans un club de cuisine. D'autant que cette formule est en général moins chère qu'une sortie au restaurant. Quand, en plus d'avoir de l'expérience dans son domaine professionnel, on se révèle habile aux fourneaux, on prouve sa valeur ! Et c'est encore plus important pour les hommes que pour les femmes. Je suis convaincu que la majorité des élèves de cours de cuisine y va autant pour s'attirer des éloges que par plaisir. »
PETER GEENS, 45 ANS, EST FOU DE CUISINE  « C'est une véritable détente »La cuisine a changé ma vie, reconnaît Peter Geens, 45 ans, secrétaire de rédaction au magazine Je vais construire. Mes week-ends sont placés sous le signe de la gastronomie. J'écume les marchés pour faire mes courses, je prépare les repas de la semaine, je fais mijoter mes fonds de sauce, je teste de nouvelles recettes. Et je m'active dans mon potager, où je cultive des herbes aromatiques, des légumes et des végétaux oubliés. Quand j'étais étudiant, dans mon kot, je cuisinais italien et au wok. Puis, il y a environ quatre ans, je me suis rendu compte que je n'avais jamais appris les bases de la cuisine franco-belge. Je me suis inscrit à la formation culinaire d'Elishout. Cette année, j'entame mon 3e module. J'ai économisé pour acheter des couteaux professionnels, des poêles et des casseroles Le Creuset, un fourneau avec deux fours et six becs de cuisson... Cuisiner est une véritable détente. Emincer des légumes, rouler des boulettes... cela me procure un plaisir physique évident. La cuisson elle-même - voir les ingrédients se fondre en un seul plat - me fascine. Et les compliments de mes invités me ravissent.... Je suis d'ailleurs devenu un peu snob : je vais moins souvent qu'avant au restaurant, parce que chez moi, c'est meilleur et moins cher ! |
« Nous rêvons tous d'avoir notre restaurant »
Selon Paul De Boeck, il n'y a rien d'anormal à ce que les cuisiniers du dimanche placent les grands chefs étoilés sur un piédestal. « L'être humain a toujours vénéré des idoles. Que ce soit en matière de sport, de mode, de musique et, désormais, de gastronomie, nous avons besoin de modèles. Un ado qui arbore un T-shirt imprimé Ronaldo sait qu'il ne deviendra jamais une star du foot, mais cela ne l'empêche pas d'en rêver.
De même, nombreux sont les cuisiniers amateurs qui rêvent d'ouvrir leur restaurant ou leur bed & breakfast. Ils sont prêts investir un temps fou, de l'argent et du travail pour arriver à un niveau presque professionnel. Mais au fond d'eux-mêmes, ils sont bien conscients qu'ils ne deviendront jamais de véritables pros.
Les amateurs sont pourtant sans cesse plus nombreux à s'inscrire à des cours de cuisine, le soir, par exemple. Il serait peut-être judicieux de créer des émissions télévisées consacrées à la plomberie, à la maçonnerie, à l'accompagnement des personnes âgées, etc. Qui sait, cela permettrait peut-être de répondre à la demande de main d'£uvre dans ces domaines ! »
Un nouvel objectif dans la vie... ou une soupape?
Si vous souhaitez approfondir la dimension psychologique de la cuisine, ne manquez pas de découvrir Julie & Julia, le nouveau film de Nora Ephron au cinéma. Le film raconte l'histoire de Julia Child et Julie Powell. Julia Child, interprétée par Meryl Streep, est la première Américaine diplômée de la prestigieuse école culinaire Le cordon bleu à Paris, en 1951. Elle a raconté sa passion pour la cuisine française dans My Life in France, un livre devenu culte aux USA.
Personnage haut en couleurs, elle n'avait pas son pareil pour communiquer son enthousiasme dans des émissions télé suivies par des millions d'Américains ! En 2002, Julie Powell, interprétée par Amy Adams, une jeune femme heureuse en ménage mais malheureuse au niveau professionnel décide de se lancer un défi : réussir, en 365 jours, les 524 recettes du livre de Julia Child et raconter son expérience, au jour le jour, sur un blog. Contre toute attente, sa démarche a séduit des milliers d'internautes et elle a fini, elle aussi, par publier un livre. La passion culinaire de Julia Child revêt également une dimension psychologique. Elle aimait son mari mais ne pouvait pas avoir d'enfants. Mitonner des petits plats était pour elle une soupape à son trop-plein d'émotions.
Tous aux cours !
Autre tendance qui a le vent en poupe : les cours donnés en ateliers ou magasins d'accessoires de cuisine. « L'univers de la gastronomie séduit de plus en plus de monde, constate Carlo de Pascale, co-fondateur de l'espace Mmmmh à Bruxelles. Nous organisons des cours de cuisine depuis 2004, nous avons ouvert notre magasin en 2007, et l'espace n'a cessé de s'agrandir. Nos clients sont des connaisseurs mais aussi des découvreurs. »
Pour Alexandre Lerouge, co-directeur des concepts-stores Les secrets du chef qui ont pour objectif de démythifier la gastronomie, la cuisine permet de se détendre, d'échapper au stress... « C'est un loisir de partage, analyse-t-il. Déguster un plat qu'on a mitonné en compagnie de sa famille ou de ses amis, c'est un pur bonheur. Et préparer un excellent repas n'exige pas forcément beaucoup de temps ou de moyens : un plat thaïlandais sauté au wok ou un tajine mijoté au four peuvent être aussi aussi savoureux qu'un mille-feuilles de homard au caviar. »
Auteur: Ludo Hugaerts |
Mise en ligne: 26-11-2009 |
Mise à jour: 25-11-2009La cuisine a changé ma vie !
Les programmes télé qui cartonnent ? Les émissions de cuisine. Jamais on n'a vu autant de programmes télévisés consacrés à la gastronomie. Comment expliquer un tel engouement ? Je suis un maximum d'émissions de cuisine pour me perfectionner », raconte Rosette Ghyselinck, une lectrice, sur notre forum. «Assez, supplie en revanche Emma Donni. Ceux qui ne savent pas cuisiner n'y arriveront pas plus avec toutes ces émissions... »
Les avis concernant les émissions de cuisine sont assez contrastés (*), mais la vague gastromique qui déferle sur les écrans est impressionnante. Début octobre, on comptait sur les seules chaînes francophones pas moins de 42 diffusions d'émissions spécialisées sur une semaine. Sans parler des best-sellers en librairie, au premier rang desquels Macaron de Pierre Hermé, Scook, cuisine pour recevoir et Scook n°2, cuisine pour tous les jours (source Fnac).
Nous sommes de plus en plus nombreux à nous passionner pour la gastronomie, un hobby pour lequel nous sommes prêts à donner temps et argent. « L'explication est presque freudienne, assure Paul De Boeck, professeur de psychologie et lui-même grand amateur de cuisine. Cuisiner, c'est associer l' Arbeiten (le travail) et le Lieben (l'amour) de Sigmund Freud. On crée pour offrir à l'autre. Un échange chargé de lien social (manger est un acte qu'on fait à plusieurs) et de processus conscients et inconscients. La cuisine exige organisation, concentration, discipline et patience. C'est aussi une occupation créative. »
Une explication qui s'applique sans doute à nombre de nos hobbys... Mais alors pourquoi les programmes télé consacrés à la sculpture ou à la photo sont-ils nettement moins nombreux ? « Parce que la cuisine va plus loin, répond le psychologue. Aujourd'hui, on ne cuisine plus pour répondre à un besoin fondamental mais pour apporter du plaisir. »
FILIP DE MAN, 57 ANS, CUISINIER AMATEUR, ACHèVE SA FORMATION  « Mon projet ? Ouvrir un restaurant privé sur une péniche »Je n'aurais jamais pensé me lancer dans une nouvelle carrière... C'est pourtant sur le point de se réaliser, raconte Filip Deman, 57 ans. Je suis analyste des marchés chez C&A et, dans notre entreprise, les cadres prennent leur pension à 60 ans. Je projette donc de déménager et d'habiter sur une péniche. Je pourrai associer mes deux passions : la navigation et la gastronomie. Je compte accueillir, sur rendez-vous, des clients qui goûteront ma cuisine. Mais je veux que cela reste un plaisir et ce sera donc un projet à petite échelle. Après mon divorce, j'ai dû cuisiner pour mes deux filles et mon fils. J'ai commencé avec un livre de recettes basique. J'y ai pris beaucoup de plaisir et je me suis lancé dans des plats plus élaborés. Finalement, je me suis inscrit, avec mon fils, au cours d'Elishout à Anderlecht. En février, je serai diplômé. Je suis le seul étudiant à suivre un stage. Le samedi, je travaille dans un restaurant du Marché aux Poissons, à Bruxelles. Le dimanche, je cuisine pour ma famille et mes amis, soit 8 à 10 convives. Mon plus grand progrès ? Etre capable d'anticiper la saveur de mes plats : je sais à l'avance quelles associations seront réussies ou pas. |
Je cuisine, et les gens m'apprécient !
« Quand Kim Clijsters remporte un match de tennis, on l'admire et on la félicite mais elle ne nous donne rien de tangible, explique Paul De Boeck. Tandis que celui qui mitonne un bon plat offre une part de lui-même, ce qui lui vaut louanges et admiration. C'est une façon d'acheter l'amour et le respect des autres. Qui n'aime pas être apprécié ? C'est le but de chaque être humain...
En outre, en temps de crise, nous voulons de la chaleur et du lien social. La cuisine permet mieux que tout autre hobby d'échapper à l'isolement. Je conseille d'ailleurs aux personnes seules de s'inscrire dans un club de cuisine. D'autant que cette formule est en général moins chère qu'une sortie au restaurant. Quand, en plus d'avoir de l'expérience dans son domaine professionnel, on se révèle habile aux fourneaux, on prouve sa valeur ! Et c'est encore plus important pour les hommes que pour les femmes. Je suis convaincu que la majorité des élèves de cours de cuisine y va autant pour s'attirer des éloges que par plaisir. »
PETER GEENS, 45 ANS, EST FOU DE CUISINE  « C'est une véritable détente »La cuisine a changé ma vie, reconnaît Peter Geens, 45 ans, secrétaire de rédaction au magazine Je vais construire. Mes week-ends sont placés sous le signe de la gastronomie. J'écume les marchés pour faire mes courses, je prépare les repas de la semaine, je fais mijoter mes fonds de sauce, je teste de nouvelles recettes. Et je m'active dans mon potager, où je cultive des herbes aromatiques, des légumes et des végétaux oubliés. Quand j'étais étudiant, dans mon kot, je cuisinais italien et au wok. Puis, il y a environ quatre ans, je me suis rendu compte que je n'avais jamais appris les bases de la cuisine franco-belge. Je me suis inscrit à la formation culinaire d'Elishout. Cette année, j'entame mon 3e module. J'ai économisé pour acheter des couteaux professionnels, des poêles et des casseroles Le Creuset, un fourneau avec deux fours et six becs de cuisson... Cuisiner est une véritable détente. Emincer des légumes, rouler des boulettes... cela me procure un plaisir physique évident. La cuisson elle-même - voir les ingrédients se fondre en un seul plat - me fascine. Et les compliments de mes invités me ravissent.... Je suis d'ailleurs devenu un peu snob : je vais moins souvent qu'avant au restaurant, parce que chez moi, c'est meilleur et moins cher ! |
« Nous rêvons tous d'avoir notre restaurant »
Selon Paul De Boeck, il n'y a rien d'anormal à ce que les cuisiniers du dimanche placent les grands chefs étoilés sur un piédestal. « L'être humain a toujours vénéré des idoles. Que ce soit en matière de sport, de mode, de musique et, désormais, de gastronomie, nous avons besoin de modèles. Un ado qui arbore un T-shirt imprimé Ronaldo sait qu'il ne deviendra jamais une star du foot, mais cela ne l'empêche pas d'en rêver.
De même, nombreux sont les cuisiniers amateurs qui rêvent d'ouvrir leur restaurant ou leur bed & breakfast. Ils sont prêts investir un temps fou, de l'argent et du travail pour arriver à un niveau presque professionnel. Mais au fond d'eux-mêmes, ils sont bien conscients qu'ils ne deviendront jamais de véritables pros.
Les amateurs sont pourtant sans cesse plus nombreux à s'inscrire à des cours de cuisine, le soir, par exemple. Il serait peut-être judicieux de créer des émissions télévisées consacrées à la plomberie, à la maçonnerie, à l'accompagnement des personnes âgées, etc. Qui sait, cela permettrait peut-être de répondre à la demande de main d'£uvre dans ces domaines ! »
Un nouvel objectif dans la vie... ou une soupape?
Si vous souhaitez approfondir la dimension psychologique de la cuisine, ne manquez pas de découvrir Julie & Julia, le nouveau film de Nora Ephron au cinéma. Le film raconte l'histoire de Julia Child et Julie Powell. Julia Child, interprétée par Meryl Streep, est la première Américaine diplômée de la prestigieuse école culinaire Le cordon bleu à Paris, en 1951. Elle a raconté sa passion pour la cuisine française dans My Life in France, un livre devenu culte aux USA.
Personnage haut en couleurs, elle n'avait pas son pareil pour communiquer son enthousiasme dans des émissions télé suivies par des millions d'Américains ! En 2002, Julie Powell, interprétée par Amy Adams, une jeune femme heureuse en ménage mais malheureuse au niveau professionnel décide de se lancer un défi : réussir, en 365 jours, les 524 recettes du livre de Julia Child et raconter son expérience, au jour le jour, sur un blog. Contre toute attente, sa démarche a séduit des milliers d'internautes et elle a fini, elle aussi, par publier un livre. La passion culinaire de Julia Child revêt également une dimension psychologique. Elle aimait son mari mais ne pouvait pas avoir d'enfants. Mitonner des petits plats était pour elle une soupape à son trop-plein d'émotions.
Tous aux cours !
Autre tendance qui a le vent en poupe : les cours donnés en ateliers ou magasins d'accessoires de cuisine. « L'univers de la gastronomie séduit de plus en plus de monde, constate Carlo de Pascale, co-fondateur de l'espace Mmmmh à Bruxelles. Nous organisons des cours de cuisine depuis 2004, nous avons ouvert notre magasin en 2007, et l'espace n'a cessé de s'agrandir. Nos clients sont des connaisseurs mais aussi des découvreurs. »
Pour Alexandre Lerouge, co-directeur des concepts-stores Les secrets du chef qui ont pour objectif de démythifier la gastronomie, la cuisine permet de se détendre, d'échapper au stress... « C'est un loisir de partage, analyse-t-il. Déguster un plat qu'on a mitonné en compagnie de sa famille ou de ses amis, c'est un pur bonheur. Et préparer un excellent repas n'exige pas forcément beaucoup de temps ou de moyens : un plat thaïlandais sauté au wok ou un tajine mijoté au four peuvent être aussi aussi savoureux qu'un mille-feuilles de homard au caviar. »
Auteur: Ludo Hugaerts |
Mise en ligne: 26-11-2009 |
Mise à jour: 25-11-2009