Contenu :
- La difficile épreuve du choix
- Valeur affective et valeur marchande
Ce n'était pas grand-chose, juste un petit coeur en or de rien du tout. Mais Agnès le portait au cou non-stop, ne s'en séparait jamais. C'était un cadeau de son époux, une façon de l'avoir toujours auprès d'elle. Elle aurait bien aimé le laisser à sa fille. La chaîne s'est cassée, le coeur est tombé, a sans doute fait le bonheur de l'aspirateur. Aujourd'hui, Agnès se sent comme vidée, à nouveau veuve...
Depuis la nuit des temps, le bijou revêt toute une symbolique où se mêlent sentiments, pouvoir, histoire. Source de joies ou de conflits, il peut alimenter les plus grandes passions lorsqu'il est transmis. Car transmettre un bijou de famille n'est pas un acte innocent. « Le bijou de famille transporte toute une histoire, explique Jacques Van Wijnsberghe, psychothérapeute. En fonction des relations qui règnent au sein d'une famille, il peut être perçu comme un gage d'amour, un support ou comme une entrave. Certains peuvent se sentir prisonniers d'un bijou, ne s'autorisant pas à le vendre par exemple.
Une personne névrosée pourra ressentir l'héritage d'un bijou comme un poids important et développer un sentiment de gêne ou de culpabilité. Une autre n'y attachera aucune importance particulière, n'y voyant que sa véritable valeur financière. Enfin, une personne très narcissique y accordera une importance démesurée. Les bijoux de famille peuvent cristalliser bien des passions, accentuer des haines fratricides. Car la transmission du bijou est au centre de nombreuses crises ou interrogations ».
La difficile épreuve du choix
C'est le propre du bijou de famille : passer d'une main à l'autre, d'un coeur à l'autre, avec pour celle ou celui qui lègue, des choix souvent difficiles. A qui la montre ? A qui le collier ? Dois-je donner plus ou différemment à ma fille et à ma belle-fille ? « J'ai eu le cas d'une dame désolée de ne pas pouvoir donner à une belle-fille un collier auquel elle tenait beaucoup, son fils étant homosexuel !, poursuit Jacques Van Wijnsberghe. On voit là toute la problématique de la transmission. Comment donner et à qui ?
Il y a également la symbolique des bijoux lors d'une séparation. Selon les circonstances, certaines femmes resteront fidèles aux bijoux offerts par leur ex compagnon, d'autres voudront accentuer cette rupture en s'en défaisant. » Angèle a eu un époux généreux. Peut-être trop. La couvrant de bijoux à la moindre occasion, il employait ce geste non pas comme un gage d'amour mais plutôt comme une preuve de puissance. Divorcée, Angèle s'est fait plaisir... et n'a gardé que les bijoux qui lui plaisaient. Offrir une bague coûteuse ou un collier rutilant flatte l'ego... de celui qui offre ?
« Il ne faut pas perdre de vue que le bijou a également une connotation sexuelle et le bijou de famille parle aussi de cela, de sexualité, affirme Jacques Van Wijnsberghe. Dans le mot joyau vous avez les racines de jouir et de joie ! Le bijou est aussi un appel à l'amour et le porter n'est pas innocent. C'est un élément de séduction. Tout est fonction de ce qu'on y projette... Par exemple, la bague de fiançailles est synonyme de pureté. L'alliance, de fidélité. En Inde, au Rajasthan, les femmes partent travailler avec tous leurs bijoux sur elles car il faut porter sa fortune sur soi. Beaucoup d'hommes se sentent valorisés en offrant de beaux bijoux, y voient une forme de pouvoir. »
Amour, pouvoir, séduction, tendresse sont donc les mots significatifs de la première vie d'un bijou. Ensuite, légué, donné, il sera synonyme de fidélité, de souvenir, d'hommage ou au contraire de blessure ou de frustration. Le bijou s'habille des couleurs de notre existence.
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La vraie valeur des bijoux de famille
Petite pierre de pacotille ou or 18 carats, parure imposante ou chaîne discrète, un bijou est cher à nos cours selon ce qu'il symbolise. Compagnons d'une ou plusieurs vies, les bijoux de famille sont lourds de sens et d'émotion.
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- La difficile épreuve du choix
- Valeur affective et valeur marchande
Ce n'était pas grand-chose, juste un petit coeur en or de rien du tout. Mais Agnès le portait au cou non-stop, ne s'en séparait jamais. C'était un cadeau de son époux, une façon de l'avoir toujours auprès d'elle. Elle aurait bien aimé le laisser à sa fille. La chaîne s'est cassée, le coeur est tombé, a sans doute fait le bonheur de l'aspirateur. Aujourd'hui, Agnès se sent comme vidée, à nouveau veuve...
Depuis la nuit des temps, le bijou revêt toute une symbolique où se mêlent sentiments, pouvoir, histoire. Source de joies ou de conflits, il peut alimenter les plus grandes passions lorsqu'il est transmis. Car transmettre un bijou de famille n'est pas un acte innocent. « Le bijou de famille transporte toute une histoire, explique Jacques Van Wijnsberghe, psychothérapeute. En fonction des relations qui règnent au sein d'une famille, il peut être perçu comme un gage d'amour, un support ou comme une entrave. Certains peuvent se sentir prisonniers d'un bijou, ne s'autorisant pas à le vendre par exemple.
Une personne névrosée pourra ressentir l'héritage d'un bijou comme un poids important et développer un sentiment de gêne ou de culpabilité. Une autre n'y attachera aucune importance particulière, n'y voyant que sa véritable valeur financière. Enfin, une personne très narcissique y accordera une importance démesurée. Les bijoux de famille peuvent cristalliser bien des passions, accentuer des haines fratricides. Car la transmission du bijou est au centre de nombreuses crises ou interrogations ».
La difficile épreuve du choix
C'est le propre du bijou de famille : passer d'une main à l'autre, d'un coeur à l'autre, avec pour celle ou celui qui lègue, des choix souvent difficiles. A qui la montre ? A qui le collier ? Dois-je donner plus ou différemment à ma fille et à ma belle-fille ? « J'ai eu le cas d'une dame désolée de ne pas pouvoir donner à une belle-fille un collier auquel elle tenait beaucoup, son fils étant homosexuel !, poursuit Jacques Van Wijnsberghe. On voit là toute la problématique de la transmission. Comment donner et à qui ?
Il y a également la symbolique des bijoux lors d'une séparation. Selon les circonstances, certaines femmes resteront fidèles aux bijoux offerts par leur ex compagnon, d'autres voudront accentuer cette rupture en s'en défaisant. » Angèle a eu un époux généreux. Peut-être trop. La couvrant de bijoux à la moindre occasion, il employait ce geste non pas comme un gage d'amour mais plutôt comme une preuve de puissance. Divorcée, Angèle s'est fait plaisir... et n'a gardé que les bijoux qui lui plaisaient. Offrir une bague coûteuse ou un collier rutilant flatte l'ego... de celui qui offre ?
« Il ne faut pas perdre de vue que le bijou a également une connotation sexuelle et le bijou de famille parle aussi de cela, de sexualité, affirme Jacques Van Wijnsberghe. Dans le mot joyau vous avez les racines de jouir et de joie ! Le bijou est aussi un appel à l'amour et le porter n'est pas innocent. C'est un élément de séduction. Tout est fonction de ce qu'on y projette... Par exemple, la bague de fiançailles est synonyme de pureté. L'alliance, de fidélité. En Inde, au Rajasthan, les femmes partent travailler avec tous leurs bijoux sur elles car il faut porter sa fortune sur soi. Beaucoup d'hommes se sentent valorisés en offrant de beaux bijoux, y voient une forme de pouvoir. »
Amour, pouvoir, séduction, tendresse sont donc les mots significatifs de la première vie d'un bijou. Ensuite, légué, donné, il sera synonyme de fidélité, de souvenir, d'hommage ou au contraire de blessure ou de frustration. Le bijou s'habille des couleurs de notre existence.
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Valeur affective et valeur marchande
Souvent, de gaieté de coeur ou non, les gens sont amenés à vendre leurs bijoux de famille. La bijouterie de Christian Lanckvrind est spécialisée dans l'expertise et le rachat de bijoux anciens. C'est dire s'il voit défiler quantité de bijoux... et leur famille !
« Quand les gens se défont de leurs bijoux, c'est que, dans la plupart des cas, il n'y a pas de valeur affective marquée, explique-t-il. On se défait d'un bijou désuet ou qui ne correspond pas au style de ceux qui en héritent. Mais ce qui arrive le plus souvent ce sont les partages. Certains préfèrent tout vendre et partager les sous, d'autres organisent un partage selon la valeur des bijoux. Cela arrive très souvent qu'après une expertise, les gens fassent un tirage au sort, selon les valeurs, pour ne pas faire de jaloux. En général, la pièce représentative de la famille n'est pas vendue, comme la bague de fiançailles de la maman. Quand on vend des bijoux de famille par besoin d'argent, ça ne se fera pas tout de suite après une succession mais plus tard, justement parce qu'il y a une valeur affective. Il y a aussi des bijoux passés de mode. Si valeur affective il y a, la personne choisira de les transformer plutôt que de les vendre. Enfin, il y a les déceptions sur la valeur réelle de l'objet. On vient avec la bague de la tante Olga, persuadé qu'elle vaut cher, et on se rend compte qu'il s'agit d'une pierre synthétique ! Ça arrive encore... mais c'est exceptionnel. Ce qui arrive également, lors d'un divorce ou d'une séparation, c'est le désir de se défaire très rapidement des bijoux, quelle que soit leur valeur d'ailleurs ! Il y a le désir d'effacer certains souvenirs car les bijoux ont ceci de particulier, ils sont liés aux moments forts de notre vie. C'est le seul moment où les gens se montrent loquaces : Je ne veux plus entendre parler de ces bijoux, je veux m'en débarrasser ! »
Si les gens cachent leurs émotions dans la bijouterie, ce n'est pas le cas lors d'expertises de vols. « Là, c'est le côté affectif qui prime, poursuit Christian Lanckvrind. Mais, lorsqu'il s'agit d'assurance-vol, c'est la valeur réelle du bijou qui sera prise en compte et jamais tout ce qu'il représente aux yeux de la personne volée. J'ai vu des gens dépossédés des alliances de leurs grands-parents, la dame était en pleurs car c'est tout ce qui lui restait d'eux.
Les bijoux ont une histoire et c'est ce qui me plaît dans mon métier. Et les gens qui achètent un bijou ancien achètent aussi un peu de son histoire. Par exemple, je ne porte pas ma montre de fiançailles car elle n'est plus à la mode mais j'y tiens. Je pourrais la vendre mais je ne veux pas. » Confronté jour après jour à des histoires de succession difficiles, avec des héritiers qui se disputent des bijoux, Christian Lanckvrind conseille d'ailleurs de s'occuper de léguer ses bijoux de son vivant, pour éviter les conflits et créer des ranc£urs qui durent des années. «J'ai des mamans qui viennent avec leurs enfants, pour éviter les conflits et leur permettre de choisir selon la valeur des bijoux. Mais parfois, tout le monde veut le même ! D'où la pratique du tirage au sort ! »
Dans son ouvrage Comment l'esprit vient aux objets, le psychanalyste français Serge Tisseron étudie le rôle des objets sur notre comportement. Si les bijoux ont un esprit, ils ont sans nul doute, aussi, une âme...
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Auteur: Gilda Banjamin |
Mise en ligne: 18-12-2007 |
Mise à jour: 04-07-2008