Contenu :
- Une façon d'éterniser l'instant
- Comme une carte d'identité
- Montrer son petit univers personnel
- On ne photographie que des moments heureux
- Notre image nous échappe
- Des albums virtuels
- Des photos pour réveiller les souvenirs
- Vous avez dit scrapbooking ?
La plupart des gens s'entourent de photos sans se demander pourquoi. Ils font agrandir et encadrer celles qui les mettent particulièrement en valeur ou qui marquent une étape importante de leur histoire (mariage, communion...); ils épinglent des clichés de vacances sur la porte de leur frigo; ils emmènent dans leur portefeuille le visage de leurs parents, de leurs enfants et/ou de l'être aimé; ils déposent sur un coin de leur bureau des cadres représentant des scènes de la vie familiale ou, tendance plus récente, tapissent le fond d'écran de leur ordinateur de ces mêmes visages familiers.
Une façon d'éterniser l'instant
Invention fabuleuse, la photo fait tellement partie de nos habitudes qu'elle s'impose à nous dès les premières heures de la vie. Quand un bébé naît, par exemple, le premier réflexe des parents et de l'entourage est de dégainer l'appareil photo pour immortaliser le visage de l'enfant. Plus tard, chacune des évolutions de ce dernier - ses premières dents, ses premiers pas, son premier jour d'école - sera encore captée par l'appareil photo. Anniversaires, barbecues, mariages, soirées dansantes, voyages, retrouvailles entre anciens de classe... la plupart des événements heureux ou des réunions festives sont des occasions de brandir le flash. En fixant sur la pellicule ces petites tranches de vie, nous cherchons à en garder la trace, l'essentiel étant de capter le plaisir du moment même si nous savons que beaucoup des photos accumulées au cours de notre vie finiront par jaunir au fond d'une boîte à chaussures.
«La photo est une forme de matérialisation du souvenir, observe Christian Mormont, professeur de psychologie clinique à l'ULg (Université de Liège). Elle permet de donner une pérennité et une stabilité à un moment de notre existence dont on veut garder la trace. Quand on prend la photo d'un nouveau-né, par exemple, on arrête un instant par nature fragile et transitoire, car demain déjà, l'enfant ne sera plus le même. La fonction principale de la photographie est d'éterniser l'instant. »
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Ce que vos photos disent de vous
Soigneusement rangées dans des albums ou simplement compilées dans des boîtes, nos photos parlent de nous. Des instants que nous souhaitons pérenniser et de l'image que nous acceptons de montrer aux autres. Mais avec la photo digitale, notre rapport à l'image est déjà en train de changer...
Contenu :
- Une façon d'éterniser l'instant
- Comme une carte d'identité
- Montrer son petit univers personnel
- On ne photographie que des moments heureux
- Notre image nous échappe
- Des albums virtuels
- Des photos pour réveiller les souvenirs
- Vous avez dit scrapbooking ?
La plupart des gens s'entourent de photos sans se demander pourquoi. Ils font agrandir et encadrer celles qui les mettent particulièrement en valeur ou qui marquent une étape importante de leur histoire (mariage, communion...); ils épinglent des clichés de vacances sur la porte de leur frigo; ils emmènent dans leur portefeuille le visage de leurs parents, de leurs enfants et/ou de l'être aimé; ils déposent sur un coin de leur bureau des cadres représentant des scènes de la vie familiale ou, tendance plus récente, tapissent le fond d'écran de leur ordinateur de ces mêmes visages familiers.
Une façon d'éterniser l'instant
Invention fabuleuse, la photo fait tellement partie de nos habitudes qu'elle s'impose à nous dès les premières heures de la vie. Quand un bébé naît, par exemple, le premier réflexe des parents et de l'entourage est de dégainer l'appareil photo pour immortaliser le visage de l'enfant. Plus tard, chacune des évolutions de ce dernier - ses premières dents, ses premiers pas, son premier jour d'école - sera encore captée par l'appareil photo. Anniversaires, barbecues, mariages, soirées dansantes, voyages, retrouvailles entre anciens de classe... la plupart des événements heureux ou des réunions festives sont des occasions de brandir le flash. En fixant sur la pellicule ces petites tranches de vie, nous cherchons à en garder la trace, l'essentiel étant de capter le plaisir du moment même si nous savons que beaucoup des photos accumulées au cours de notre vie finiront par jaunir au fond d'une boîte à chaussures.
«La photo est une forme de matérialisation du souvenir, observe Christian Mormont, professeur de psychologie clinique à l'ULg (Université de Liège). Elle permet de donner une pérennité et une stabilité à un moment de notre existence dont on veut garder la trace. Quand on prend la photo d'un nouveau-né, par exemple, on arrête un instant par nature fragile et transitoire, car demain déjà, l'enfant ne sera plus le même. La fonction principale de la photographie est d'éterniser l'instant. »
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Comme une carte d'identité
Outre fixer l'instant, la photo permet aussi de transporter partout son petit univers personnel. C'est ce que font sans le savoir tous ceux et celles qui gardent dans leur portefeuille ou dans leur sac des photos d'êtres chers. « Certains ont besoin d'un support symbolique, commente Christian Mormont. Ils se promènent avec des photos de leurs proches comme ils se promènent avec leur carte d'identité (je suis l'épouse de x, la mère de y, la fille de z...). Et c'est compréhensible puisque ceux qui comptent pour nous font aussi partie de notre identité. »
La photo a aussi la faculté de tisser un lien personnel entre le « photographe » et la chose photographiée. Ainsi, par exemple, à l'occasion d'un premier voyage à Paris, la plupart des touristes ont spontanément envie de photographier la Tour Eiffel. Mais quel peut bien être l'intérêt de prendre une telle photo sachant que des milliers de quidams le font chaque jour et qu'il existe de splendides photos professionnelles de la plus célèbre curiosité de Paris ? « Cette photo, c'est la trace qu'on est allé à Paris, qu'on a vu la Tour Eiffel, explique Christian Mormont. C'est le fameux phénomène « j'y étais », dont on a pu voir l'apogée à l'occasion du tsunami en Asie. Ça crée un rapport entre la chose photographiée et nous. »
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Montrer son petit univers personnel
L'attachement que nous avons pour nos photos est tel que certains n'hésitent pas à passer des heures à composer de magnifiques albums. Depuis une dizaine d'années, ce qui n'était qu'un simple hobby est même devenu un art grâce au scrapbooking, une mode venue des Etats-Unis, qui permet de réaliser des oeuvres étonnantes de créativité (cadres, albums) à partir de banales photos de la vie quotidienne (lire encadré). Le fait de composer patiemment des albums photos n'est d'ailleurs pas sans signification car au contraire des photos jetées en vrac dans une boîte, les albums sont faits pour être montrés, palpés, admirés, commentés... Ces dernières années, les fameuses projections de dias de vacances que nos amis nous infligeaient chaque été ont disparu des habitudes mais nous montrons encore volontiers nos albums à un cercle de privilégiés. Pourquoi ? « Pour faire partager aux autres notre admiration pour un objet ou une personne, observe Christian Mormont. Les photos sont l'empreinte d'une expérience réelle, en les montrant, on dit : je suis allé dans tel pays, à tel endroit, c'était gai, je me suis bien amusé(e). Il y a toujours un peu d'exhibition dans cette démarche et aussi de volonté de susciter l'envie ou l'admiration chez les autres. »
Et quand on montre ses photos personnelles à ses enfants ou petits-enfants ? « Là, on raconte l'histoire familiale et on perpétue le mythe, précise Christian Mormont. Car comme tout le monde le sait, il y a dans toutes les familles des photos qu'on supprime, qu'on ne montre pas, qui ne figurent pas dans les albums parce qu'elles sont tabous. L'histoire familiale que l'on transmet est toujours édulcorée. »
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On ne photographie que des moments heureux
Parce qu'elles enregistrent de façon permanente des moments de notre existence, les photos charrient leur lot d'émotions et de souvenirs. Pas toujours agréables d'ailleurs. En effet, au moment où on prend des photos, on se constitue une espèce de musée personnel, de trésor que l'on pourra contempler « plus tard », mais il y a parfois des visages et des lieux qu'on ne veut plus voir ! C'est ce qui explique cette curieuse pratique qui consiste, pour certains, à découper de leurs photos le visage de quelqu'un qui a déçu ou déplu : un mari, une amie, un enfant... «Par ce geste hostile, on laisse une souffrance s'exprimer, note Christian Mormont. On efface, on biffe, on rature le souvenir douloureux ou honteux.» Le paradoxe étant bien sûr qu'en éliminant de la photo quelqu'un qui nous a fait souffrir, on rend sa présence encore plus tangible !
Cette réflexion nous amène au constat que l'on photographie essentiellement des moments heureux. En acceptant de se laisser photographier détendu, en vacances, ou en robe de soirée pour un mariage, on « choisit » d'une certaine manière l'image de soi que l'on voudrait perpétuer. On se met en scène comme on met en scène la réalité. Ceci permet d'ailleurs de mieux comprendre la réaction souvent outrée des vedettes du show biz quand elles sont « mitraillées » par des paparazzi dans des moments de souffrance ou de colère. Personne n'a envie d'être photographié en larmes !
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Notre image nous échappe
En larmes ou tout sourire, nombreux sont ceux qui détestent se voir en photo, se trouvant toujours mille défauts sur papier glacé : laid(e), gros(se), maigre, rigide, ridé(e)... D'où vient cette répugnance à contempler son image en photo ? Christian Mormont a une explication : « Se voir en photo, c'est comme entendre sa propre voix enregistrée. C'est toujours surprenant, on ne se reconnaît pas. Sur la photo, on sait que c'est nous, mais ce n'est pas comme ça que l'on se voit. Parce que l'image que l'on se fait de soi-même est construite de l'intérieur, et les photos nous montrent sous un aspect étranger. »
De ce point de vue, la popularisation de la photo digitale est en train de bouleverser notre rapport à l'image. « Avec la multiplication des gsm permettant de prendre des photos, on risque de ne plus pouvoir choisir ce qu'on veut éterniser, prévient Christian Mormont. Aujourd'hui, quelqu'un peut vous photographier n'importe où, n'importe quand, dans des situations et des mimiques pas toujours à votre avantage. La conséquence de cette intrusion ? Notre image nous échappe car ceux qui nous photographient ont le pouvoir de saisir quelque chose de nous à un moment où nous n'étions pas en représentation. »
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Des albums virtuels
Mais ce n'est pas la seule révolution amenée par la photo numérique. Ce qu'apprécient les amoureux de la photo traditionnelle, c'est l'objet photo, qu'ils peuvent toucher, retourner, accrocher au mur. La photo digitale, elle, n'a pas de matérialité, elle est purement virtuelle. Certes, les photos numériques peuvent toujours être développées et devenir des photos classiques, mais ce n'est pas la tendance. Aujourd'hui, les photos - et donc les souvenirs - restent stockés dans la mémoire de l'ordinateur : on peut les regarder, les envoyer par e-mail à des amis ou les publier sur un site web personnel. La Toile compte aujourd'hui des millions de sites où Monsieur et Madame Tout-le-monde exposent leurs photos de voyages, de mariage ou du petit dernier.
Grâce à ce progrès technique, un journaliste de Plus Magazine dont le fils habite en Finlande a reçu dès le lendemain de la naissance de son petit-fils toutes les photos du bambin par e-mail ! Le mariage du numérique et d'internet a apporté une toute nouvelle façon de nouer la trame familiale.
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Des photos pour réveiller les souvenirs
Révolution technologique ou pas, transmettre des photos à ses proches reste une pratique bien ancrée. Pendant la Première Guerre mondiale, la société Kodak soulignait dans ses publicités l'importance d'envoyer des photos de famille aux militaires : ces petits instantanés de leur vie « normale » apportait un réel réconfort aux troupes. Aujourd'hui, cela continue : beaucoup de familles sont dispersées aux quatre coins de la planète et les photos qu'elles s'échangent par internet ou par courrier permettent, souvent bien plus que les mots, de transmettre de l'amour et de consolider les liens filiaux. C'est là tout le pouvoir des photos !
Depuis quelques années, la force d'évocation des photos est aussi utilisée en thérapie. Une psychothérapeute britannique, Pamela Schweitzer, a ainsi eu l'idée de recourir à des photos pour réveiller la mémoire de ceux qui souffrent de la maladie d'Alzheimer. Sabine Henry, présidente de la Ligue Alzheimer, confirme l'utilisation de cette technique en Belgique : «Nous montrons des photos, personnelles ou générales, aux patients et ça réveille pratiquement toujours des souvenirs en eux. Quand il s'agit de photos personnelles anciennes comme des photos de mariage ou de communion, le souvenir est souvent même très précis car la mémoire ancienne est plus présente que la mémoire récente.
En demandant à ces patients de réagir à des photos, nous cherchons à leur offrir la possibilité de se valoriser, de redevenir quelqu'un d'actif, qui sait des choses, et qui n'est plus considéré comme un être de déficits, d'incapacités et d'incompétences.» Que de vertus insoupçonnées pour de « simples » photos !
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Vous avez dit scrapbooking ?
Apparu aux Etats-Unis il y une dizaine d'années, le scrapbooking est en train de prendre ses marques en Belgique. Il s'agit d'un loisir qui permet de créer des albums, des cadres, des boîtes, des cartes de voeux, mettant en scène l'héritage photographique familial. Marie Dusart, passionnée de photos et de loisirs créatifs en général, anime des stages de scrapbooking à Bruxelles : « Le scrapbooking est une activité manuelle qui s'inspire du patchwork. Le but est de retracer une histoire ou de recréer des atmosphères précises autour d'un mariage, d'un anniversaire, d'une naissance, de vacances... On demande d'abord aux participants de trier leurs photos, ce qui constitue un gros et parfois difficile travail. Divers outils de découpe sont utilisés pour mettre les photos en valeur et éliminer les personnages ou les éléments qui n'ont rien à faire dans l'histoire ou l'atmosphère que l'on veut créer. Comme les albums sont faits pour durer, nous n'utilisons pas de produits qui risqueraient de décolorer ou d'abîmer les photos. Pour beaucoup, l'album est une tranche de vie qu'on garde précieusement mais qu'on transmet aussi en héritage à ses enfants ou petits-enfants. » Voilà une façon bien amusante de préserver la mémoire familiale !
Plus d'info :
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Auteur: Karima Amrous |
Mise en ligne: 18-12-2007 |
Mise à jour: 04-07-2008