Société
Chanteuse lyrique, comédienne, ex-jurée de La Nouvelle Star, styliste pour La Redoute, Marianne James croque la vie avec gourmandise, l'oil malicieux, les formes généreuses et le verbe haut !
Elle en est déjà à sa troisième collection pour La Redoute. Et à l'écouter parler tissus, coloris et motifs, on pourrait croire qu'elle a fait ça toute sa vie. C'est que Marianne James s'investit totalement dans tous ses projets, sur scène comme à la télévision ou dans un studio de stylisme. Nouvelle égérie sexy et piquante des femmes rondes, voire très rondes, elle casse les préjugés et les diktats de la mode avec un bel enthousiasme.
Qu'est ce qui vous anime quand vous créez des vêtements ?
J'ai créé cette collection d'un jet. Je revenais du Brésil, complètement transformée par ma rencontre avec ce pays et ce peuple, d'où ces vêtements légers que les femmes peuvent rouler dans leur valise ou dans leur sac. Les modèles sont vraiment pensés pour les rondes. J'avais envie de vêtements simples et de chaussures confortables qui permettent de courir les soldes avec des dizaines d'hystériques autour de soi, sans avoir mal aux pieds !
Maintien et confort sont des notions primordiales pour nous, les rondes. Je déteste être une grosse fagottée ! Ce n'est pas parce qu'on a des formes à cacher qu'il faut s'emmaillotter. Les gens qui croient que je fais de la fringue comme ça, parce que je suis un peu connue, ont tout faux. Dès mon premier rendez-vous avec la chef styliste de La Redoute, nous rendions visite aux fabricants de tissu dans le Sentier à Paris.
D'où vous vient cette aisance à parler tissus et mode ?
Tout d'abord, de mon spectacle l'Ultima Recital où j'incarnais la fameuse Ulrika Von Glott. Un styliste m'a emmené avec lui voir les tissus, toucher les matières, comprendre les assemblages. On peut marier une dentelle originale avec le skaï le plus hideux pour obtenir un costume qui appartiendra plus à l'univers d'Almodovar qu'à la fête de la bière bavaroise ! Ce qui m'a ensuite beaucoup éclairée sur les codes de la mode et sur mes envies vestimentaires, c'est ma participation en tant que jurée à La Nouvelle star. Les jeunes et jolies animatrices de télé ont des stylistes pour les habiller. Et moi ? J'avais quoi moi ? En taille 52, rien ! Il a fallu innover et confectionner des vêtements qui me permettaient de m'amuser, d'être parfois femme fatale, parfois rock.
Vous vous réalisez pleinement dans le domaine de la mode. Faites-vous toujours tout avec passion ?
Oui, je vis les choses à fond : la mode, le music-hall, la télévision. Je suis réputée pour être une femme passionnée ! Cependant, je fais les choses les unes après les autres, et non pas en même temps, pour pouvoir m'y consacrer pleinement. Il n'y a rien que je ne rejette d'un revers de la main en disant « Ce n'est pas pour moi ». Je réfléchis, je pèse le pour et le contre, je me montre à la fois prudente et décidée. Si le c£ur et l'esprit ne suivent pas, ce n'est pas la peine de me lancer dans une nouvelle aventure. Mais une fois que je me suis décidée, rien ne me fera descendre du bateau avant destination !
Défendre la beauté des femmes rondes, c'est devenu un combat ?
Il y a dans ma démarche autant l'idée superficielle et légère de jouer avec la mode que de mener profondément un combat. Il existe un vrai déni de la femme ronde, surtout en France. Quand je vais à Londres ou à New York, je ne sens pas ce regard de mépris. Je ne suis pas en train de clamer aux gens « Soyez rond » ! Je ne suis pas non plus anti-maigres ! Mais j'estime que les gens corpulents doivent aussi se sentir accueillis. Je reçois énormément de courrier, de femmes mais également d'hommes qui ne savent plus quoi faire. Chez la femme, les rondeurs peuvent être liées à la sensualité, à la maternité, avec un côté Botticelli qui plaît. Mais dans l'esprit des gens, un homme rond est un homme qui se laisse aller. Les gens gros mènent un combat de tous les jours, ils faut qu'ils fassent la paix avec eux-mêmes.
Vous avez posé nue pour le magazine Gala. Une initiative qui ne vous a valu que des compliments !
J'ai eu très peur mais je suis fière de l'avoir fait. J'étais terrorisée le jour des photos mais encore plus la veille de la parution, je n'en ai pas dormi de la nuit. Je craignais d'avoir été trop loin. Et puis non, pari réussi, les réactions ont été dythirambiques. Les minces comme les gros ont semblé heureux de ces photos, je leur ai fait du bien.
Avez-vous la nostalgie de La nouvelle star ?
Non, même si je me suis amusée comme une folle. Le jury d'origine, les « quatre magnifiques » comme je nous appelais (avec André Manoukian, Manu Katché et Dov Attia) était formidable. Il y avait dans notre équipe de l'humour, de l'émotion, de l'autodérision et du métier. D'ailleurs, on se revoit tous les ans ! Lors de cette émission, j'ai été maintes fois bouleversée par ces gamins qui chantent merveilleusement. Je remercie le ciel d'être tombée sur des jeunes comme Christophe Willem et Julien Doré. J'ai quitté au bon moment, pour passer à autre chose et revenir à ma vraie place, sur scène.
Vous êtes ce qu'on appelle « une nature », prompte à exprimer vos émotions. Depuis toujours ?
Assez tôt, en effet. Au lycée à Montélimar, j'étais déléguée de classe. Très engagée auprès de mon école, très engagée auprès de ma paroisse, j'organisais des concerts pour construire des puits en Afrique ou aider les femmes en difficulté. J'ai pensé devenir bonne s£ur ! Sincèrement, si je n'étais pas devenue artiste, j'aurais sans doute fait de la politique. J'ai vécu et vu des injustices étant petite, qui m'ont profondément chamboulée. C'est bien simple, si je suis témoin, j'interviens. Quand les choses se passent sous nos yeux, on ne peut pas dire qu'on ne savait pas.
Etes-vous totalement tournée vers l'autre ?
Non, je ne suis pas Mère Thérésa. Je m'aime beaucoup et je fais en sorte que des choses bien m'arrivent. J'ai fait la paix avec moi-même. Et c'est pour cette raison que je peux aller vers l'autre. Un raciste, j'ai envie de lui parler, comme j'ai envie de parler à celui qui se renferme. Je suis quelqu'un de turbulent et de tenace. Pour me calmer, je médite, je prie, je me pose, je m'isole. De quoi avoir envie de redémarrer. Et de donner envie. J'aime l'envie dans le regard de l'autre. Il n'y a rien de plus triste que quelqu'un qui n'y croit plus.
Vous trouvez-vous belle ?
Il y a deux moments dans ma vie où je suis très jolie : l'été, quand je suis bien reposée et bronzée. Et quand je fais mes séances photo pour le catalogue La Redoute, pomponnée, maquillée. En fait, si je suis bien, à ma place, légitime, je suis belle. En revanche, si j'ai le sentiment de m'être trompée, je suis en colère, et je porte mon poids et mon âge. Mais ça m'arrive de plus en plus rarement. C'est mon luxe, être une femme libre. Il y a plein de pays où les femmes ne le sont pas.
Osez-vous avouer votre gourmandise ?
Mes grands-parents produisaient du vin, en Italie et en France. Après, ils sont devenus pâtissiers-chocolatiers-nougatiers, mes parents ont suivi ! Ne vous demandez plus d'où vient ma gourmandise. Je suis une vertueuse très épicurienne ! Mes 100 kilos, je les assume et je ne m'en prends qu'à moi si je force sur le chocolat. Quand c'est le cas, j'arrête le taxi, je marche, je fais un peu de danse, je bouge, et voilà. Mon poids, c'est à moi de le porter, pas aux autres. Je revendique mes formes en faisant ce qu'il faut pour les améliorer et proposer une image en harmonie avec ce que suis.
BIO EXPRESS 1962 : naissance le 18 février à Montélimar. 1980 : monte à Paris. 1981 : première partie de William Sheller à l'Olympia. 1989 : création de l'Ultima Recital, avec Véronique Vola, et de son célèbre personnage Ulrika Von Glott. 1999 : Molière du meilleur spectacle musical. 2004 : jurée à La nouvelle star. 2006 : premier album Marianne James. 2008 : comédie musicale Rabbi Jacob. Création de collections pour La Redoute. « J'estime que les gens corpulents doivent aussi se sentir accueillis. » |
Auteur: Gilda Benjamin |
Mise en ligne: 12-04-2010 |
Mise à jour: 12-04-2010Marianne James: Styliste à la voix de diva !
Chanteuse lyrique, comédienne, ex-jurée de La Nouvelle Star, styliste pour La Redoute, Marianne James croque la vie avec gourmandise, l'oil malicieux, les formes généreuses et le verbe haut ! Elle en est déjà à sa troisième collection pour La Redoute. Et à l'écouter parler tissus, coloris et motifs, on pourrait croire qu'elle a fait ça toute sa vie. C'est que Marianne James s'investit totalement dans tous ses projets, sur scène comme à la télévision ou dans un studio de stylisme. Nouvelle égérie sexy et piquante des femmes rondes, voire très rondes, elle casse les préjugés et les diktats de la mode avec un bel enthousiasme.
Qu'est ce qui vous anime quand vous créez des vêtements ?
J'ai créé cette collection d'un jet. Je revenais du Brésil, complètement transformée par ma rencontre avec ce pays et ce peuple, d'où ces vêtements légers que les femmes peuvent rouler dans leur valise ou dans leur sac. Les modèles sont vraiment pensés pour les rondes. J'avais envie de vêtements simples et de chaussures confortables qui permettent de courir les soldes avec des dizaines d'hystériques autour de soi, sans avoir mal aux pieds !
Maintien et confort sont des notions primordiales pour nous, les rondes. Je déteste être une grosse fagottée ! Ce n'est pas parce qu'on a des formes à cacher qu'il faut s'emmaillotter. Les gens qui croient que je fais de la fringue comme ça, parce que je suis un peu connue, ont tout faux. Dès mon premier rendez-vous avec la chef styliste de La Redoute, nous rendions visite aux fabricants de tissu dans le Sentier à Paris.
D'où vous vient cette aisance à parler tissus et mode ?
Tout d'abord, de mon spectacle l'Ultima Recital où j'incarnais la fameuse Ulrika Von Glott. Un styliste m'a emmené avec lui voir les tissus, toucher les matières, comprendre les assemblages. On peut marier une dentelle originale avec le skaï le plus hideux pour obtenir un costume qui appartiendra plus à l'univers d'Almodovar qu'à la fête de la bière bavaroise ! Ce qui m'a ensuite beaucoup éclairée sur les codes de la mode et sur mes envies vestimentaires, c'est ma participation en tant que jurée à La Nouvelle star. Les jeunes et jolies animatrices de télé ont des stylistes pour les habiller. Et moi ? J'avais quoi moi ? En taille 52, rien ! Il a fallu innover et confectionner des vêtements qui me permettaient de m'amuser, d'être parfois femme fatale, parfois rock.
Vous vous réalisez pleinement dans le domaine de la mode. Faites-vous toujours tout avec passion ?
Oui, je vis les choses à fond : la mode, le music-hall, la télévision. Je suis réputée pour être une femme passionnée ! Cependant, je fais les choses les unes après les autres, et non pas en même temps, pour pouvoir m'y consacrer pleinement. Il n'y a rien que je ne rejette d'un revers de la main en disant « Ce n'est pas pour moi ». Je réfléchis, je pèse le pour et le contre, je me montre à la fois prudente et décidée. Si le c£ur et l'esprit ne suivent pas, ce n'est pas la peine de me lancer dans une nouvelle aventure. Mais une fois que je me suis décidée, rien ne me fera descendre du bateau avant destination !
Défendre la beauté des femmes rondes, c'est devenu un combat ?
Il y a dans ma démarche autant l'idée superficielle et légère de jouer avec la mode que de mener profondément un combat. Il existe un vrai déni de la femme ronde, surtout en France. Quand je vais à Londres ou à New York, je ne sens pas ce regard de mépris. Je ne suis pas en train de clamer aux gens « Soyez rond » ! Je ne suis pas non plus anti-maigres ! Mais j'estime que les gens corpulents doivent aussi se sentir accueillis. Je reçois énormément de courrier, de femmes mais également d'hommes qui ne savent plus quoi faire. Chez la femme, les rondeurs peuvent être liées à la sensualité, à la maternité, avec un côté Botticelli qui plaît. Mais dans l'esprit des gens, un homme rond est un homme qui se laisse aller. Les gens gros mènent un combat de tous les jours, ils faut qu'ils fassent la paix avec eux-mêmes.
Vous avez posé nue pour le magazine Gala. Une initiative qui ne vous a valu que des compliments !
J'ai eu très peur mais je suis fière de l'avoir fait. J'étais terrorisée le jour des photos mais encore plus la veille de la parution, je n'en ai pas dormi de la nuit. Je craignais d'avoir été trop loin. Et puis non, pari réussi, les réactions ont été dythirambiques. Les minces comme les gros ont semblé heureux de ces photos, je leur ai fait du bien.
Avez-vous la nostalgie de La nouvelle star ?
Non, même si je me suis amusée comme une folle. Le jury d'origine, les « quatre magnifiques » comme je nous appelais (avec André Manoukian, Manu Katché et Dov Attia) était formidable. Il y avait dans notre équipe de l'humour, de l'émotion, de l'autodérision et du métier. D'ailleurs, on se revoit tous les ans ! Lors de cette émission, j'ai été maintes fois bouleversée par ces gamins qui chantent merveilleusement. Je remercie le ciel d'être tombée sur des jeunes comme Christophe Willem et Julien Doré. J'ai quitté au bon moment, pour passer à autre chose et revenir à ma vraie place, sur scène.
Vous êtes ce qu'on appelle « une nature », prompte à exprimer vos émotions. Depuis toujours ?
Assez tôt, en effet. Au lycée à Montélimar, j'étais déléguée de classe. Très engagée auprès de mon école, très engagée auprès de ma paroisse, j'organisais des concerts pour construire des puits en Afrique ou aider les femmes en difficulté. J'ai pensé devenir bonne s£ur ! Sincèrement, si je n'étais pas devenue artiste, j'aurais sans doute fait de la politique. J'ai vécu et vu des injustices étant petite, qui m'ont profondément chamboulée. C'est bien simple, si je suis témoin, j'interviens. Quand les choses se passent sous nos yeux, on ne peut pas dire qu'on ne savait pas.
Etes-vous totalement tournée vers l'autre ?
Non, je ne suis pas Mère Thérésa. Je m'aime beaucoup et je fais en sorte que des choses bien m'arrivent. J'ai fait la paix avec moi-même. Et c'est pour cette raison que je peux aller vers l'autre. Un raciste, j'ai envie de lui parler, comme j'ai envie de parler à celui qui se renferme. Je suis quelqu'un de turbulent et de tenace. Pour me calmer, je médite, je prie, je me pose, je m'isole. De quoi avoir envie de redémarrer. Et de donner envie. J'aime l'envie dans le regard de l'autre. Il n'y a rien de plus triste que quelqu'un qui n'y croit plus.
Vous trouvez-vous belle ?
Il y a deux moments dans ma vie où je suis très jolie : l'été, quand je suis bien reposée et bronzée. Et quand je fais mes séances photo pour le catalogue La Redoute, pomponnée, maquillée. En fait, si je suis bien, à ma place, légitime, je suis belle. En revanche, si j'ai le sentiment de m'être trompée, je suis en colère, et je porte mon poids et mon âge. Mais ça m'arrive de plus en plus rarement. C'est mon luxe, être une femme libre. Il y a plein de pays où les femmes ne le sont pas.
Osez-vous avouer votre gourmandise ?
Mes grands-parents produisaient du vin, en Italie et en France. Après, ils sont devenus pâtissiers-chocolatiers-nougatiers, mes parents ont suivi ! Ne vous demandez plus d'où vient ma gourmandise. Je suis une vertueuse très épicurienne ! Mes 100 kilos, je les assume et je ne m'en prends qu'à moi si je force sur le chocolat. Quand c'est le cas, j'arrête le taxi, je marche, je fais un peu de danse, je bouge, et voilà. Mon poids, c'est à moi de le porter, pas aux autres. Je revendique mes formes en faisant ce qu'il faut pour les améliorer et proposer une image en harmonie avec ce que suis.
BIO EXPRESS 1962 : naissance le 18 février à Montélimar. 1980 : monte à Paris. 1981 : première partie de William Sheller à l'Olympia. 1989 : création de l'Ultima Recital, avec Véronique Vola, et de son célèbre personnage Ulrika Von Glott. 1999 : Molière du meilleur spectacle musical. 2004 : jurée à La nouvelle star. 2006 : premier album Marianne James. 2008 : comédie musicale Rabbi Jacob. Création de collections pour La Redoute. « J'estime que les gens corpulents doivent aussi se sentir accueillis. » |
Auteur: Gilda Benjamin |
Mise en ligne: 12-04-2010 |
Mise à jour: 12-04-2010