L'illusion est étonnante. Un drapé, une manchette de dentelle, le cambré d'une chaussure, le scintillement d'une bague... On se croirait devant une garde-robe d'un luxe inouï, mais tout ici est en papier ! Dans l'atelier, de jeunes stylistes imaginent le dessin d'un « tissu », tordent le fil de fer d'un jupon ou d'un bijou, cherchent de nouvelles teintes, sous les exclamations enthousiastes d'Isabelle de Borchgrave. L'oeil sur tout, entre dessins, chevalets, pots de peinture et rouleaux de papier, elle s'émerveille de ses propres créations.
Vous avez créé l'exposition au Palais Medici, à Florence. Une expérience fabuleuse ?
J'ai adoré m'imprégner de ce palais incroyable, surtout de sa chapelle qui m'a provoqué une sorte de révélation. L'inspiration vient toujours de la compréhension du lieu. Je me rends à Florence depuis trente-cinq ans, et chaque fois je retourne visiter la chapelle des Rois Mages. Jusqu'au jour où je me suis décidée à raconter l'histoire des Medicis. Avoir accès au Palais Medici m'a permis de m'approcher au plus près de la vérité. A Bruxelles, au Cinquantenaire, nous nous installons dans les sous-sols. Il nous faut donc imaginer une mise en scène à même de faire rêver le public. J'ai voulu que le visiteur pénètre d'abord par un atelier. Il découvre des feuilles de papier blanches, puis plus dessinées, peintes, travaillées, jusqu'à arriver dans une reconstitution de la chapelle des Medicis. Tout se termine par une pièce où se trouvent, dans l'ordre chronologique, 30 costumes.
Vous avez la faculté de vous enthousiasmer pour votre travail comme pour celui des autres...
J'ai la chance de travailler avec des jeunes qui ont fait l'école de stylisme d'Anvers ou de Gand. Ils ont acquis un talent de la coupe, primordial pour créer à partir de tableaux et avec peu de renseignements. Cet atelier, c'est tout ce que j'aime. Il me permet de créer selon mon coeur et mon âme, de raconter des histoires en papier.
Isabelle de Borchgrave, la styliste de papier
Elle le coupe, le peint, jusqu'à lui donner l'apparence de la soie, du velours ou de la dentelle. Isabelle de Borchgrave, magicienne du papier, présente au Cinquantenaire « La splendeur des Medicis », une exposition de ses robes et accessoires.L'illusion est étonnante. Un drapé, une manchette de dentelle, le cambré d'une chaussure, le scintillement d'une bague... On se croirait devant une garde-robe d'un luxe inouï, mais tout ici est en papier ! Dans l'atelier, de jeunes stylistes imaginent le dessin d'un « tissu », tordent le fil de fer d'un jupon ou d'un bijou, cherchent de nouvelles teintes, sous les exclamations enthousiastes d'Isabelle de Borchgrave. L'oeil sur tout, entre dessins, chevalets, pots de peinture et rouleaux de papier, elle s'émerveille de ses propres créations.
Vous avez créé l'exposition au Palais Medici, à Florence. Une expérience fabuleuse ?
J'ai adoré m'imprégner de ce palais incroyable, surtout de sa chapelle qui m'a provoqué une sorte de révélation. L'inspiration vient toujours de la compréhension du lieu. Je me rends à Florence depuis trente-cinq ans, et chaque fois je retourne visiter la chapelle des Rois Mages. Jusqu'au jour où je me suis décidée à raconter l'histoire des Medicis. Avoir accès au Palais Medici m'a permis de m'approcher au plus près de la vérité. A Bruxelles, au Cinquantenaire, nous nous installons dans les sous-sols. Il nous faut donc imaginer une mise en scène à même de faire rêver le public. J'ai voulu que le visiteur pénètre d'abord par un atelier. Il découvre des feuilles de papier blanches, puis plus dessinées, peintes, travaillées, jusqu'à arriver dans une reconstitution de la chapelle des Medicis. Tout se termine par une pièce où se trouvent, dans l'ordre chronologique, 30 costumes.
Vous avez la faculté de vous enthousiasmer pour votre travail comme pour celui des autres...
J'ai la chance de travailler avec des jeunes qui ont fait l'école de stylisme d'Anvers ou de Gand. Ils ont acquis un talent de la coupe, primordial pour créer à partir de tableaux et avec peu de renseignements. Cet atelier, c'est tout ce que j'aime. Il me permet de créer selon mon coeur et mon âme, de raconter des histoires en papier.
Pourquoi avez-vous choisi de travailler le papier ?
Tout est arrivé presque par hasard, grâce à mes enfants. Un jour, en fabriquant des cartes de Noël avec eux, je les ai habillés de papier afin de les déguiser. J'ai adoré travailler ce matériau. Il s'agit d'un produit pauvre qu'on arrive, à force de travail et d'amour, à faire exploser en une matière d'un luxe infini. Je travaille un simple papier de coupe. Pour obtenir ce que je désire, il faut énormément d'essais, de ratages, de hasard aussi. Travailler un matériel aussi peu onéreux atténue les peurs, si on rate ça se termine en boulette dans la poubelle ! Au début de ma carrière, je peignais sur tissu et j'étais terrorisée à l'idée de gaspiller.
Le costume figure au centre de vos oeuvres...
J'adore la mode, les bijoux, les tissus, les accessoires... Je reviendrai sans doute un jour au tissu. Si demain on me demande de dessiner une collection, je fonce. Pour le moment, je me consacre au papier. D'autant qu'il n'y a pas de dimension commerciale dans mes créations actuelles, juste le plaisir de créer, de vivre l'art pour l'art. J'aime découvrir le regard émerveillé des visiteurs. Après avoir vu l'expo, ils sont d'ailleurs nombreux à avoir envie de créer eux aussi, de s'exprimer avec leurs mains, de concrétiser une aptitude, une habileté. Je le sais car je reçois beaucoup de courrier.
Qu'est-ce qui vous fait vivre ?
Je travaille pour une société américaine et je crée des articles de fête en papier. J'ai aussi créé des foulards, toujours en papier, qui seront vendus dans les boutiques de musées. Je travaille des bijoux, de la faïence... J'avoue, je suis boulimique. Du moment que je dessine, je suis heureuse. Cependant, l'avis des autres m'importe beaucoup car j'ai besoin d'un regard critique sur ce que je fais.
Quelle est, selon vous, la qualité principale qui vous a permis de vous exprimer ?
J'ai l'oeil ! Il m'arrive d'aimer tellement un tableau que j'ai envie de l'avoir rien que pour moi. Alors, je le vole avec les yeux, je le digère et le reproduis en trois dimensions. Pour m'approprier une oeuvre, la comprendre, je dois la recréer. J'ai des tiroirs remplis de photos souvenirs et de dessins qui attendent que je les retravaille.
Vous êtes une touche-à-tout... Est-ce qu'on vous le reproche ?
Bien sûr, on m'a souvent dit que je n'ai pas de style reconnaissable. A présent, j'ai le papier et je m'y tiens. Mais je me suis toujours intéressée à tout. Que voulez-vous ? Je ne suis pas quelqu'un de triste, je ne suis pas douée pour le malheur. Je ne me vois pas, tel un artiste torturé, créer dans une cave froide et dans l'indifférence. J'ai besoin de joie, de musique, de lumière, de couleurs, de fleurs, de nature... Il y aura tout ça dans mon prochain atelier, que j'ouvrirai l'année prochaine. J'imagine d'ailleurs ne plus en sortir s'il me plaît vraiment ! Je déménage dans un endroit plus grand qui servira aussi de lieu d'exposition. Et je prépare une série de créations sur le thème des ballets russes.
Ne plus sortir de votre atelier alors que vous aimez tant voyager pour vous inspirer d'images et de couleurs ?
Evidemment, il me reste des images inoubliables de mes voyages : des champs de riz en Asie, des saris aux couleurs éclatantes, des paysages d'Egypte, d'Inde... De Turquie aussi récemment, un pays sur lequel je suis en train de travailler pour une prochaine collection.
La couleur est-elle si importante dans votre vie parce qu'elle a toujours été présente ou, au contraire, parce que vous en avez manqué ?
C'est mon côté jouette ! Quand j'étais enfant, un pot de peinture rouge et un de peinture bleue faisaient mon bonheur et suffisaient à mes jeux. Ma première émotion en peinture ? Sans doute Matisse. Quand j'avais un bon bulletin, je recevais un petit livre sur un peintre. Je suis aussi très sensible au toucher. C'est sans doute la raison pour laquelle j'aime écrire une lettre et que je déteste l'ordinateur. J'adore toucher le papier, entendre le bruit de la plume qui court. Ecrire, couper des papiers, ce sont des gestes qui font qu'on se sent vivant.
Regardez-vous parfois le chemin parcouru et cette exposition vous en donne-t-elle l'occasion ?
Pas du tout. Je vis dans le présent et un peu dans le futur, jamais dans le passé. Sans pour autant renier quoi que ce soit. Au contraire, je suis à même d'apprécier le travail réalisé, d'en être fière. Je suis plutôt entière ! Quand je suis contente, je le dis et je le montre. Le premier talent à avoir, c'est l'enthousiasme. J'aime ce que je fais et je le partage avec mon équipe.
Avez-vous le trac ?
Enormément. Je n'ai jamais l'impression d'avoir créé une merveille. Quand je me rends à une Biennale à Venise ou dans une exposition d'art contemporain, je me demande s'il est nécessaire de montrer un vieux matelas avec une ampoule allumée au-dessus pour avoir l'air dans le coup ! On me prend pour une artiste passéiste parce que je m'inspire beaucoup du passé. C'est difficile de convaincre et on ne peut pas plaire à tout le monde. J'ai envie de procurer du plaisir et du rêve. Plus j'avance dans la vie, plus j'ai envie de raconter des histoires colorées. La couleur, c'est une forme de tendresse. Quand je trace une ligne de couleur, c'est comme si j'écrivais une phrase.
Votre rêve aujourd'hui ?
J'aimerais que mes robes en papier soient portables. Je réalise déjà quelques robes de mariée mais ce serait bien que mes vêtements soient accessibles à tout le monde et adaptés à la vie de tous les jours.
La Splendeur des Medicis, Robes d'Isabelle de Borchgrave, du 20/11 au 18/4 au Musée du Cinquantenaire à 1000 Bruxelles. 02 741 72 11
http://www.isabelledeborchgrave.com/new_site/fr/index.cfm
http://www.imedici.net/
Auteur: Gilda Benjamin |
Mise en ligne: 05-01-2010 |
Mise à jour: 01-02-2010