Société
Dans le film “L’exercice de l’Etat” de Pierre Schoeller, Olivier Gourmet incarne un ministre confronté à toute la complexité de sa tâche : le pouvoir, le stress, le doute, l’ambition… Une interprétation magistrale pour le comédien belge, homme et citoyen passionné.
Le pouvoir transforme les hommes. Dans le monde du cinéma, aussi, le pouvoir règne.
C’est vrai, surtout en France où les chaînes de tv sont tenues par les actionnaires et la pub. Je déplore une aliénation du spectateur par la télévision. La téléréalité participe grandement à la débilisation du citoyen. Comme le politique écarte le citoyen du débat, la tv écarte le citoyen de la culture et du savoir. Heureusement, en Belgique, une chaîne comme la RTBF peut soutenir des films d’auteur et n’est pas soumise aux exigences publicitaires. Ici on sait encore privilégier la singularité et la qualité. C’est pour cette raison que les Belges sont si appréciés à l’étranger. Mais il y a des talents dans chaque pays sauf qu’ils sont souvent étouffés ou méprisés.
Comment votre désir de jouer et de faire du cinéma a-t-il évolué ?
Plus jeune, j’étais ouvert à tout, à la célébrité, aux films très populaires… Mais avec le temps, je me suis rendu compte que ça ne m’intéressait pas du tout de devenir une star. Je ne fais plus que les films qui m’amusent et m’interpellent vraiment, et je ne parle pas seulement de films sérieux ou d’auteur. J’ai envie d’être complètement conquis par un projet. Je ne cherche pas qu’un film soit à la hauteur de mes espérances, s’il est raté tant pis, l’important est que j’aie eu du plaisir à incarner tel ou tel personnage.
Les gens continuent à vous parler de « La Promesse » et du « Fils », deux films essentiels réalisés par les frères Dardenne.
C’est vrai, mais avec le temps, on commence aussi à me citer d’autres films. En France, on me parle régulièrement du film de Costa-Gavras « Le Couperet ». Un film dont on me parle énormément c’est « Nationale 7 » où je joue un handicapé, un film tourné avant « Le Fils ». Et également « Sur mes lèvres » de Jacques Audiard. Cependant, les films des Dardenne restent des jalons dans ma carrière et c’est très bien comme ça.
Vous dites que vous sortez très facilement d’un rôle.
J’ai fait beaucoup de théâtre avant de faire du cinéma, je jouais 3 à 4 spectacles par an, ça m’a sans doute appris à passer sans difficulté d’un personnage à l’autre. Quand vous jouez une pièce en Belgique francophone, vous jouez seulement une ou deux semaines car le potentiel de spectateurs n’est pas aussi élevé qu’en France. Mais vous répétez trois mois ! Vous avez donc intérêt à sortir très rapidement de votre personnage.
Quel serait le maître-mot de votre existence ?
Passion ! J’ai besoin de me passionner, pour un scénario ou pour du bois à poser dans ma cuisine. Mais cette passion se transforme souvent en stress. Ma femme me le rappelle sans cesse, même en vacances j’ai besoin de me créer un stress le matin, en me levant. Nous sommes partis en Irlande en bateau et je me faisais déjà des histoires dans ma tête : si on accoste ici, on va se faire attaquer ou on va manquer d’huile ou la pompe d’évacuation ne fonctionne plus assez bien. Et oui, je suis comme ça…
Mais vous décompressez quand ?
Quand je tourne ! Sur un plateau, je suis détendu, totalement concentré pour me mettre au service d’un réalisateur et d’un personnage. D’où une certaine difficulté à reprendre sur mon épaule le sac de la vie que j’avais déposé avant le tournage.
Le succès et la reconnaissance vous rassurent-ils ?
Quand j’étais jeune, j’avais envie d’être, non pas aimé ou connu, mais reconnu. Aujourd’hui encore, je cherche à ce que mon travail soit reconnu, à l’heure où des gens deviennent célèbres simplement en passant à la tv. Il n’y a plus beaucoup de métiers où les gens sont vraiment reconnus pour la qualité de leurs actes. Les chirurgiens, les chercheurs peut-être. A part le médecin de Michaël Jackson !
Retrouvez la suite de cette rencontre avec Olivier Gourmet, réalisée chez lui, dans son hôtel à Mirwart, dans le Plus Magazine de novembre.
Auteur: Gilda Benjamin |
Mise en ligne: 08-11-2011 |
Mise à jour: 08-11-2011Olivier Gourmet, acteur citoyen
Dans le film “L’exercice de l’Etat” de Pierre Schoeller, Olivier Gourmet incarne un ministre confronté à toute la complexité de sa tâche : le pouvoir, le stress, le doute, l’ambition… Une interprétation magistrale pour le comédien belge, homme et citoyen passionné.Le pouvoir transforme les hommes. Dans le monde du cinéma, aussi, le pouvoir règne.
C’est vrai, surtout en France où les chaînes de tv sont tenues par les actionnaires et la pub. Je déplore une aliénation du spectateur par la télévision. La téléréalité participe grandement à la débilisation du citoyen. Comme le politique écarte le citoyen du débat, la tv écarte le citoyen de la culture et du savoir. Heureusement, en Belgique, une chaîne comme la RTBF peut soutenir des films d’auteur et n’est pas soumise aux exigences publicitaires. Ici on sait encore privilégier la singularité et la qualité. C’est pour cette raison que les Belges sont si appréciés à l’étranger. Mais il y a des talents dans chaque pays sauf qu’ils sont souvent étouffés ou méprisés.
Comment votre désir de jouer et de faire du cinéma a-t-il évolué ?
Plus jeune, j’étais ouvert à tout, à la célébrité, aux films très populaires… Mais avec le temps, je me suis rendu compte que ça ne m’intéressait pas du tout de devenir une star. Je ne fais plus que les films qui m’amusent et m’interpellent vraiment, et je ne parle pas seulement de films sérieux ou d’auteur. J’ai envie d’être complètement conquis par un projet. Je ne cherche pas qu’un film soit à la hauteur de mes espérances, s’il est raté tant pis, l’important est que j’aie eu du plaisir à incarner tel ou tel personnage.
Les gens continuent à vous parler de « La Promesse » et du « Fils », deux films essentiels réalisés par les frères Dardenne.
C’est vrai, mais avec le temps, on commence aussi à me citer d’autres films. En France, on me parle régulièrement du film de Costa-Gavras « Le Couperet ». Un film dont on me parle énormément c’est « Nationale 7 » où je joue un handicapé, un film tourné avant « Le Fils ». Et également « Sur mes lèvres » de Jacques Audiard. Cependant, les films des Dardenne restent des jalons dans ma carrière et c’est très bien comme ça.
Vous dites que vous sortez très facilement d’un rôle.
J’ai fait beaucoup de théâtre avant de faire du cinéma, je jouais 3 à 4 spectacles par an, ça m’a sans doute appris à passer sans difficulté d’un personnage à l’autre. Quand vous jouez une pièce en Belgique francophone, vous jouez seulement une ou deux semaines car le potentiel de spectateurs n’est pas aussi élevé qu’en France. Mais vous répétez trois mois ! Vous avez donc intérêt à sortir très rapidement de votre personnage.
Quel serait le maître-mot de votre existence ?
Passion ! J’ai besoin de me passionner, pour un scénario ou pour du bois à poser dans ma cuisine. Mais cette passion se transforme souvent en stress. Ma femme me le rappelle sans cesse, même en vacances j’ai besoin de me créer un stress le matin, en me levant. Nous sommes partis en Irlande en bateau et je me faisais déjà des histoires dans ma tête : si on accoste ici, on va se faire attaquer ou on va manquer d’huile ou la pompe d’évacuation ne fonctionne plus assez bien. Et oui, je suis comme ça…
Mais vous décompressez quand ?
Quand je tourne ! Sur un plateau, je suis détendu, totalement concentré pour me mettre au service d’un réalisateur et d’un personnage. D’où une certaine difficulté à reprendre sur mon épaule le sac de la vie que j’avais déposé avant le tournage.
Le succès et la reconnaissance vous rassurent-ils ?
Quand j’étais jeune, j’avais envie d’être, non pas aimé ou connu, mais reconnu. Aujourd’hui encore, je cherche à ce que mon travail soit reconnu, à l’heure où des gens deviennent célèbres simplement en passant à la tv. Il n’y a plus beaucoup de métiers où les gens sont vraiment reconnus pour la qualité de leurs actes. Les chirurgiens, les chercheurs peut-être. A part le médecin de Michaël Jackson !
Retrouvez la suite de cette rencontre avec Olivier Gourmet, réalisée chez lui, dans son hôtel à Mirwart, dans le Plus Magazine de novembre.
Auteur: Gilda Benjamin |
Mise en ligne: 08-11-2011 |
Mise à jour: 08-11-2011