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Frédéric Jannin: Le rire qui sauve

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Auteur de BD, scénariste, musicien, commissaire d'expositions.... Frédéric Jannin, génial touche-à-tout au cerveau en perpétuelle ébullition, insuffle son humour dans tout ce qu'il imagine. Il rit et nous fait rire, pour mieux oublier les angoisses de la vie

Avec la fille d'André Franquin, Frédéric Jannin a mis au point l'exposition L'Atelier de Franquin, Jijé, Morris et Will, un hommage aux fameux dessinateurs de l'ère Spirou, au Centre belge de la bande dessinée. Et qui dit Franquin, dit Gaston Lagaffe, héros chéri de l'imaginaire de Jannin, chargé aujourd'hui de remasteriser (recoloriser) toute la collection du jovial gaffeur ! Ce qui n'empêche aucunement notre as du crayon de penser à son prochain album Froud & Stouf avec son ami des Snuls, Stefan Liberski. Et de participer à La semaine infernale en radio. Et... Pause. Rencontre, au milieu des ordinateurs, des albums de Gaston et des jouets de bébé, avec l'heureux papa qui pouponne depuis 18 mois.

Vous voilà donc commissaire d'exposition !

Je l'avais déjà été, il y a quelques années, pour une exposition sur Gotlib. Ici, c'est Isabelle Franquin l'instigatrice du projet. Elle savait à quel point son père détestait qu'on parle de lui, elle l'a donc placé en compagnie de ses amis, la fameuse bande des quatre. Il a connu une enfance solitaire. En rencontrant Jijé, il s'est découvert une autre famille de c£ur, vivant avec bonheur les repas de famille et les échanges d'idées. Par la suite, il a toujours aimé travailler avec les autres.

Vous adorez aussi travailler avec vos amis...

C'est vrai. Adolescent, j'admirais beaucoup l'esprit de la bande de Marcinelle (Spirou). Personne ne voulait avoir les projecteurs braqués sur lui. Alors que dans les autres disciplines artistiques, comme la musique ou le cinéma, les ego étaient surdimensionnés. Attention, dans le monde de la BD d'aujourd'hui, il y a aussi quelques auteurs qui se la jouent ! Moi, je trouve ça nul. Nous sommes bien peu de choses et nous allons tous mourir un jour... Et puis, mon sens de la dérision est totalement incompatible avec une prétention ridicule. Comment observer l'absurdité totale de l'existence et du monde qui continue à tourner tant bien que mal en se sentant important ? Enfant, j'ai un jour demandé à Hergé de me dessiner un Schtroumpf. Un peu outré, il a refusé. Du coup je me suis tourné vers les zygotos de Marcinelle, je les trouvais plus rigolos.

Vous êtes un gros bosseur mais vous travaillez avec plaisir...

C'est essentiel. Il faut garder le goût des choses. Avec Catheline, la femme de ma vie, nous nous sommes offert une alliance dans laquelle nous avons fait graver « Goûtons, doutons ! » pour nous souvenir d'apprécier la saveur des choses et de ne pas sombrer dans l'indifférence. Mais chuuut, c'est un secret.

N'y a-t-il pas un grand angoissé derrière votre grand sourire ?

Bien sûr ! Récemment, je me suis d'ailleurs dit que la peur a été le moteur de ma vie. A 6 ans, tout le monde voyait déjà un dessinateur en moi et je crevais de trouille de ne pas pouvoir gagner ma vie en dessinant. Sans doute y avait-il aussi la peur de ne pas être à la hauteur de mon père qui était peintre. C'est pour cela que j'ai choisi le dessin humoristique. En fait, j'avais peur de tout, tout le temps. Heureusement, mes peurs ne m'ont jamais paralysé mais ont plutôt été le déclencheur de plein d'envies. Je crois que tout le monde a peur, mais certains friment...

La reconnaissance est venue très tôt, à 21 ans, avec la BD Germain et Nous. Comment avez-vous évité de vous laisser enfermer dans un seul registre ?

En essayant de réaliser des projets multiples. Je n'ai jamais vraiment eu de plan de carrière. Ma rencontre avec Thierry Culliford (co-auteur de Germain et Nous et fils de Peyo) a été déterminante. Il a su éveiller mon sens de l'observation et ma curiosité. J'ai toujours envie de connaître les auteurs que j'apprécie. Je pourrais me contenter d'aimer un livre ou un tableau pour ce qu'il est. Mais cela ne me suffit pas, j'éprouve le besoin viscéral de rencontrer, d'échanger.... Et j'avoue que j'ai été gâté puisque j'ai connu Peyo bien sûr, mais aussi André Franquin, Yvan Delporte, mon vrai père spirituel, Stefan Liberski... Communiquer, c'est tout simplement le sel de la vie !

Sous le biais de l'humour, vous vous livrez à une analyse de notre société.

J'aime avoir la sensation de partager, de transmettre, d'attirer l'attention sur une situation à travers mon travail. C'est d'ailleurs pour cela qu'une de mes séries télé s'appelait J'aime autant de t'ouvrir les yeux !

Quels étaient les héros de BD de votre enfance ?

Gaston Lagaffe et moi avons le même âge. J'ai grandi avec le magazine Spirou et cet anti-héros m'a profondément marqué. C'était un personnage révolutionnaire parce que le jeune lecteur n'était absolument pas censé s'identifier à lui. Il devait se contenter de rire de ses bêtises. Mais, petit à petit, presque insidieusement, Gaston est devenu un modèle, et donc mon héros. Sous ses dehors de gaffeur et de paresseux, il remet en question tout le système et bouscule les gens dits sérieux. D'ailleurs, des sociologues n'ont pas hésité à se pencher sur le cas Gaston, afin d'analyser son style et son influence depuis la fin des années 1950.

Le couple, le divorce, les relations inter-générationnelles, les familles recomposées... Autant de sujets abordés dans vos ouvrages. Votre vie vous inspire-t-elle ?

A l'époque de Germain et nous, j'avais déjà voulu aborder le thème du divorce. On m'a dit que ça n'intéresserait personne. Après la longue parenthèse des Snuls, j'ai écrit les albums Que du bonheur ! où j'ai enfin pu parler de sujets qui concernent des milliers de familles. Moi aussi j'ai divorcé, j'ai de grands enfants et je suis à nouveau en couple. J'observe tout simplement ce que tout le monde vit.

Que du bonheur, la période des Snuls ?

Oui, c'était le bonheur au quotidien de travailler en équipe. Qu'est-ce qu'on a ri ! C'est dingue... On échangeait nos idées sans que personne n'essaie de se mettre en avant. L'important, c'était de rigoler ensemble. Et tant mieux si ça faisait rire le public. Qu'aujourd'hui encore, il y ait des jeunes pour me parler des Snuls ou pour poster des sketches sur Facebook, ça me fait plaisir. J'aime à penser que les personnages humoristiques sont un miroir pour le public. Chez Franquin, les Monthy Python, Claire Brétécher... et les Snuls, on peut se reconnaître derrière l'absurde.

L'humour est-il la valeur essentielle à transmettre à ses enfants ?

Doit-on leur transmettre quelque chose ? Pour moi, l'humour est une question de survie. Mais je n'ai pas à imposer cette vision des choses à mes enfants. En même temps, l'humour est un état d'esprit omniprésent à la maison, ils ont donc développé un second degré par habitude... Si je pouvais immuniser mes enfants contre quelque chose, ce serait les regrets. Il ne faut jamais rien regretter. L'humour et la dérision permettent peut-être d'y arriver... Il faut profiter de tous les bonheurs que la vie nous offre. Et des malheurs aussi.

Après Alice, Léo et Jules, vous voilà à nouveau papa d'une petite Lucie...

C'est gai d'être un vieux papa. J'ai toujours été proche de mes enfants mais j'étais fort occupé. Là, à mon âge, je suis bien décidé à m'occuper un maximum de ma fille.

Expo : L'atelier de Franquin, Jijé, Morris et Will. Jusqu'au 30/1 au Centre belge de la BD, 20 rue des Sables, 1000 Bruxelles. tel. 02 219 19 80

 

 


Auteur: Gilda Benjamin | Mise en ligne: 03-12-2010 | Mise à jour: 03-12-2010



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