Mons, la capitale du Hainaut, serait-elle une vaste zone rurale? Mais oui! Début 2010, les habitants des neufs entités communales ont reçu dans leur boîte aux lettres un calendrier intitulé «12 conseils pour une cohabitation harmonieuse avec le monde rural». Chaque mois est illustré par un dessin humoristique reprenant des conseils pratiques pour se fondre dans son environnement en tant que nouvel habitant de la campagne.
A Sint-Lodewijk (Flandre Occidentale), le dernier week-end de mai, nouveaux venus et habitants de toujours campent ensemble sous tente ou en caravane sur un terrain villageois. Et cela fait trois ans que ça dure. Le but: apprendre à se connaître de manière informelle. Les activités sont aussi ouvertes à ceux qui ne campent pas et tout le monde partage un petit déjeuner gratuit le dimanche matin!
Ces deux exemples prouvent, si besoin était, que nos villages résonnent aussi d'autres échos que ceux des plaintes, hélas trop fréquentes. Pensez aux protestations des voisins à l'encontre des odeurs de porcherie ou de fermiers désireux d'investir dans une installation bio. Songez aux querelles de voisinage suscitées par le chant d'un coq, aux plaintes portant sur des voies boueuses...
12 clés pour les citadins qui vivent à la campagne
Eh oui, les coqs, ça chante tôt le matin, très tôt ! Au grand dam de ceux qui ont fui la ville pour la campagne. Les frictions entre ruraux et nouveaux venus ont conduit à un nombre croissant d'initiatives pour harmoniser la cohabitation. Et parfois, cela réussit à tel point que ce sont les néo-ruraux qui boostent l'avenir des villages. Mons, la capitale du Hainaut, serait-elle une vaste zone rurale? Mais oui! Début 2010, les habitants des neufs entités communales ont reçu dans leur boîte aux lettres un calendrier intitulé «12 conseils pour une cohabitation harmonieuse avec le monde rural». Chaque mois est illustré par un dessin humoristique reprenant des conseils pratiques pour se fondre dans son environnement en tant que nouvel habitant de la campagne.
A Sint-Lodewijk (Flandre Occidentale), le dernier week-end de mai, nouveaux venus et habitants de toujours campent ensemble sous tente ou en caravane sur un terrain villageois. Et cela fait trois ans que ça dure. Le but: apprendre à se connaître de manière informelle. Les activités sont aussi ouvertes à ceux qui ne campent pas et tout le monde partage un petit déjeuner gratuit le dimanche matin!
Ces deux exemples prouvent, si besoin était, que nos villages résonnent aussi d'autres échos que ceux des plaintes, hélas trop fréquentes. Pensez aux protestations des voisins à l'encontre des odeurs de porcherie ou de fermiers désireux d'investir dans une installation bio. Songez aux querelles de voisinage suscitées par le chant d'un coq, aux plaintes portant sur des voies boueuses...
Excès de nostalgie
«Dans les communes encore très rurales, il subsiste en effet des frictions entre deux groupes d'habitants», reconnaissent Hannes Hollebecq et Koen Van den Broeck, actifs tous deux au sein de Landelijke Gilden, une organisation oeuvrant pour la cohabitation harmonieuse dans nos campagnes (2). «D'un côté, vous avez des habitants qui vivent là depuis des générations. Tous ne sont pas (restés) agriculteurs, mais ils se battent pour que survivent les valeurs rurales d'antan. Comprenez: des soirées paisibles, une atmosphère bon enfant, un lien fort avec la nature et les saisons, une entraide et une solidarité intergénérationnelle au sein de la famille, une certaine autarcie alimentaire... Et, de l'autre côté, vous avez les nouveaux venus, qui viennent chercher calme et tranquillité à la campagne. Les deux groupes commettent la même erreur: nourrir une image trop romantique de leur environnement. Les villages de jadis n'existent plus.»
Solidarité
Portés par la nostalgie, les vieux habitants oublient que la campagne d'antan n'était pas sans défauts: contrôle social, pauvreté cachée, méfiance à l'égard de la nouveauté, tendance au repli sur soi, manque de confort et d'hygiène. Les néo-ruraux sont pour leur part déçus en constatant que la vie rurale et agricole d'aujourd'hui est devenue une activité dynamique, loin des clichés romantiques. Cela fait beau temps que le calme et la bonhomie ne règnent plus en maîtres! Les jours d'été, les machines agricoles travaillent aux champs, parfois tard dans la nuit. Les nouvelles techniques (ex. installations de gazéification des engrais) se heurtent à la méfiance des gens.
«Mon grand rêve - quitter la ville pour vivre à la campagne - est devenu une grande déception», écrit une lectrice, Marianne, sur le site internet de Plus Magazine. «Je m'étais imaginé une vie sociale nettement plus chaleureuse. Au début, les gens étaient fermés et je sentais leurs reproches muets: Ces bourgeois de la ville ont le gros cou et deux mains gauches.»
«Malgré tout, il existe encore une forme de solidarité, nous écrit Nicole, une de nos lectrices. Pour le travail de mon mari, nous avons quitté Anvers et sommes venus vivre dans un hameau de Campine. Nous y vivions depuis peu lorsque nous avons perdu notre aîné. Le jour de l'enterrement, nous avons eu la surprise de voir que toute la rue s'était déplacée en bus jusqu'à Anvers pour nous soutenir.»
Exigeants et revendicateurs
Aujourd'hui, nombre de néo-villageois viennent d'une grande ville ou d'une région à forte densité. On distingue deux générations. D'une part, les jeunes ménages à deux salaires qui désirent voir leurs enfants grandir dans un cadre de verdure. D'un autre côté, on voit beaucoup de personnes de 50 ans et plus qui ont toujours vécu en ville. Une fois (pré)pensionnés, elles veulent fuir le trafic, l'insécurité ou le sentiment d'insécurité. Elles vendent leur habitation en ville et achètent une maison confortable, souvent neuve mais dans un environnement très campagnard, où vivre au calme mais pas isolé non loin d'un centre villageois.
«Ces néo-ruraux, comme on les appelle, ont deux traits en commun: ils sont relativement à l'aise financièrement et sont des habitants exigeants vis-à-vis des autorités communales et de leur nouvel environnement, constate Nicolas Martin, échevin de la ville de Mons, en charge notamment de l'agriculture. Ils veulent les avantages de la campagne, mais sans les inconvénients. Lorsque je suis devenu échevin, j'ai été très étonné de découvrir qu'il restait encore 150 entreprises agricoles actives dans l'entité de Mons. Si la grande majorité des habitants de nos entités communales rurales ne sont plus agriculteurs, les villages ont conservé leur âme rurale. Chose que les nouveaux arrivants doivent respecter. C'est la raison pour laquelle j'ai pris l'initiative de ce calendrier(1).»
Du sang neuf pour l'âme rurale
Le mot est lâché: l'âme rurale. Pour la sauvegarder, l'apport de sang neuf est indispensable. Anciens et néo-ruraux ont tout autant intérêt à ce que perdurent des valeurs immémoriales comme le calme, l'absence de stress, la préservation de la nature et la solidarité, face aux promoteurs et aux zones industrielles.
A Assesse et à Gesves, deux villages du Condroz namurois, chacun est invité à signer une charte de cohabitation à la maison communale. Les anciens et les nouveaux habitants, ainsi que les touristes, s'engagent à respecter un certain nombre de règles. Dans le village de Reppel, au nord du Limbourg, les habitants, anciens et nouveaux, joignent leurs efforts afin de faire classer le presbytère de 1600 aux monuments publics. Ensemble, ils ont déjà restauré le bâtiment et réaménagé le jardin des simples. Plusieurs promoteurs s'étaient fait connaître auprès de la commune dans l'espoir d'acheter le site.
«Nous avons collaboré à l'action Dorp met toekomst (Village d'avenir), explique Koen Van den Broeck (Landelijke Gilden). J'avais remarqué que ce sont souvent les nouveaux habitants qui investissent le plus d'énergie dans ce type de projets. Ils incitent les anciens à les rejoindre pour préserver le caractère rural et sympathique des villages. En ce sens, on peut dire que les néo-ruraux représentent l'espoir et l'avenir de nos villages. Ils instillent une nouvelle dynamique, ressuscitent des associations et assurent le maintien des écoles de village. Les agriculteurs eux-mêmes commencent à comprendre que collaborer rapporte plus que la confrontation. A ce titre, je trouve extrêmement symbolique l'accord conclu entre les organismes agricoles et l'association Trage Wegen (Voies lentes). Il y peu de temps encore, de nombreux agriculteurs voulaient voir disparaître les vieux sentiers, les chemins à travers champs... aujourd'hui, ils participent à leur entretien. Ces réseaux de voies lentes sont peut-être la plus belle expression de l'âme rurale.»
Les 12 règles d'or1 Achetez des produits frais aux fermiers des environs pratiquant la vente directe. 2 Profitez de toutes les occasions pour vous familiariser avec l'agriculture et l'horticulture locales: portes ouvertes dans les fermes, balades gourmandes, randonnées à pied et à vélo, fête des moissons, concours de chevaux de trait... 3 Devenez membre actif d'une association locale. Montrez-vous aux fêtes de village et aux kermesses, aidez à l'organisation, etc. 4 Fleurissez, vous aussi, votre façade ou votre jardinet. 5 Soyez patient si vous êtes ralenti derrière un tracteur ou autre machine agricole. Pendant les récoltes, ce type d'embarras est inévitable. Levez le pied sur les routes secondaires (le danger est réel de renverser un cycliste ou des enfants qui jouent). 6 Montrez-vous tolérant à l'égard des odeurs en période de traitement aux engrais (printemps et automne). L'usage d'engrais organique est à privilégier par rapport aux engrais chimiques. 7 Respectez les fruits et légumes cultivés dans les champs, les prés et les vergers. Il s'agit de la principale source de revenus du fermier. 8 Respectez les délimitations des champs et des prés, et tenez toujours votre chien en laisse. 9 Si vous habitez à côté d'une exploitation agricole, évitez de faire du bruit le soir et la nuit. Vos voisins se lèvent certainement aux aurores. 10 Ne plantez pas de haies élevées à l'angle d'une route: cela gêne la visibilité. Taillez vos haies assez bas. 11 Ne jetez pas vos déchets de tonte dans des fossés ou sur un pré voisin. 12 Participez aux éventuelles actions de nettoyage. Les déchets risquent d'endommager les machines agricoles et peuvent polluer les engrais alimentaires. |
Le calendrier de la ville de Mons est disponible au Service du Développement économique et de l'Agriculture, Hôtel de Ville, Grand'Place 22, 7000 Mons, tel. 065 40 56 65
En juin, Landelijke Gilden éditera la brochure «Buitentips» (randonnées, balades à vélo, fêtes des moissons, etc.) Infos: tel. 016 28 60 23
Auteur: Ludo Hugaerts |
Mise en ligne: 26-05-2010 |
Mise à jour: 26-05-2010